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Industrie agroalimentaire : Le Cameroun accélère les investissements alors que le savon s’impose à l’export

Deux nouveaux projets industriels annoncés à Douala viennent renforcer les capacités de production de savon de ménage au Cameroun. Avec un investissement d’au moins 1,3 milliard de FCFA pour l’un d’eux et une capacité cumulée qui devrait accroître l’offre locale, ces initiatives interviennent alors que les exportations camerounaises de savon ont fortement progressé en 2025. La disponibilité de l’huile de palme brute reste toutefois le principal facteur susceptible de limiter cette dynamique.

La filière camerounaise du savon de ménage attire de nouveaux capitaux au moment où elle commence à se distinguer dans les échanges extérieurs du pays. À Douala, deux projets de savonneries ont été annoncés coup sur coup au début du mois d’octobre 2025, témoignant de l’intérêt croissant des investisseurs pour cette activité industrielle. Le premier projet résulte d’un accord de financement conclu le 1er octobre 2025 entre BGFI Cameroun et l’homme d’affaires camerounais Francis Nana Djomou. L’initiative porte sur la construction d’une unité industrielle capable de produire 31 millions de savons par an. Les modalités financières de l’opération ainsi que le montant global de l’investissement n’ont pas été rendus publics.

Le lendemain, un second projet a été formalisé avec Sapou Industries Sarl. La société prévoit de mobiliser 1,3 milliard de FCFA pour installer à Douala une savonnerie dotée d’une capacité de production de 500 kg par heure. La convention d’investissement signée avec l’Agence de promotion des PME (APME) devrait permettre au promoteur de bénéficier du régime fiscal et douanier incitatif instauré par l’ordonnance présidentielle du 18 juillet 2025.

Le savon gagne du terrain dans les exportations

L’attractivité du secteur s’explique notamment par la progression spectaculaire des expéditions de savon camerounais vers les marchés étrangers. En 2025, le produit a intégré le top 10 des principaux produits d’exportation du pays, occupant la neuvième position, selon le Rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise publié par le Comité de compétitivité. Les statistiques de l’Institut national de la statistique (INS) permettent de mesurer l’ampleur du mouvement. Le Cameroun a exporté 74 208 tonnes de savon en 2025, contre 56 624 tonnes un an auparavant. En volume, la progression atteint ainsi 17 584 tonnes, soit une croissance de 31,1%.

La performance est encore plus marquée en valeur. Les recettes tirées de ces exportations sont passées de 34,3 milliards de FCFA en 2024 à 52,9 milliards de FCFA en 2025. Il s’agit d’une augmentation de 18,6 milliards de FCFA, correspondant à une hausse de 54,4%. Cette progression est particulièrement significative dans une économie camerounaise qui cherche à accroître la transformation locale des matières premières et à diversifier ses sources de recettes en devises. Le savon présente en effet une caractéristique intéressante : il permet de transformer une matière première agricole en produit manufacturé avant son exportation, augmentant ainsi potentiellement la valeur captée localement.

Le Nigeria, un débouché stratégique

Le marché régional joue un rôle déterminant dans cette dynamique. Les dernières données détaillées disponibles sur les destinations du savon camerounais remontent à 2023 et montrent déjà le poids considérable du Nigeria. Cette année-là, les exportations camerounaises de savon vers le marché nigérian ont atteint 27 milliards de FCFA, sur un total de 39,5 milliards de FCFA d’exportations camerounaises vers ce pays. Le savon représentait ainsi 68% des ventes camerounaises destinées au Nigeria. À l’échelle mondiale, les exportations de savon du Cameroun avaient généré 51,57 milliards de FCFA en 2023. Le marché nigérian concentrait donc à lui seul environ 52% des recettes d’exportation de la filière cette année-là.

Même si les données disponibles ne permettent pas de mesurer précisément la part du Nigeria dans les exportations de 2025, ces chiffres illustrent le potentiel du marché régional. La proximité géographique, la taille de la population nigériane et les besoins importants en produits de consommation courante offrent aux fabricants camerounais un débouché naturel.

L’huile de palme, le maillon faible

Cette ambition se heurte toutefois à une contrainte structurelle : la disponibilité de l’huile de palme brute, élément essentiel dans la fabrication du savon. Fin 2025, Tarek Daoud, directeur général d’Opalm, estimait à environ 300 000 tonnes le déficit de production d’huile de palme du Cameroun. Cette insuffisance intervient alors même que le pays dispose d’importantes capacités industrielles de transformation des oléagineux.

Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, évaluait pour sa part à 1,2 million de tonnes les capacités de raffinage installées dans le pays. Mais ces équipements ne fonctionneraient généralement qu’à 40 à 50% de leur potentiel, faute d’un approvisionnement domestique suffisant en matière première. Le paradoxe est donc celui d’une industrie qui dispose de débouchés commerciaux et de capacités de transformation, mais dont l’expansion peut être freinée en amont par l’offre agricole. Les importations d’huile de palme autorisées périodiquement par les pouvoirs publics constituent déjà un mécanisme de compensation pour éviter les ruptures d’approvisionnement.

La croissance de la savonnerie dépendra de l’amont agricole

L’arrivée de nouvelles unités pourrait accentuer cette tension. Une hausse des capacités de production de savon implique mécaniquement une demande supplémentaire en huiles végétales. Sans progression parallèle de la production locale de palme, le développement industriel risque donc de renforcer la dépendance aux importations de matière première. Dans cette perspective, les nouveaux investissements peuvent constituer un signal positif pour l’industrie camerounaise, à condition qu’ils s’accompagnent d’un effort comparable sur la production agricole, la logistique et la transformation des matières premières.

La progression de 54,4% des recettes d’exportation du savon en 2025 montre que le marché existe déjà. Le défi pour le Cameroun consiste désormais à disposer de suffisamment de matière première pour transformer cette croissance commerciale en véritable avantage industriel régional.

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