Appels et Internet : Orange Cameroun, le hold-up parfait du réseau télécom
Ça sonne, Allô, Oui puis silence radio. Il vous reste 50 mo. Le quotidien des consommateurs camerounais semble s'être accommodé à ce vocabulaire et ces sons. Pendant que les caisses de l’opérateur débordent grâce à une rentabilité insolente, les millions d’abonnés eux, se murent dans une frustration face à un réseau en décrépitude. Une situation qui illustre un paradoxe économique inacceptable où le consommateur paie le prix fort pour un service fantôme.

Des milliards engrangés, des services dégradés. C’est l’épopée d’un contraste saisissant qui frise le cynisme commercial. Les rapports financiers d’Orange Cameroun affichent une santé de fer, alignant des chiffres d’affaires vertigineux et des bénéfices nets à faire pâlir d’envie n’importe quelle multinationale. En 2024 par exemple, le marché camerounais de la téléphonie mobile a généré 630,9 milliards FCFA de revenus. À lui seul, l’opérateur français a capté 316 milliards FCFA de revenus.
Mais derrière les chiffres, la réalité du terrain offre le spectacle désolant d’une infrastructure à bout de souffle. À date, acheter du crédit ou un forfait internet s’apparente à une loterie. La couverture réseau s’effiloche même au cœur des métropoles comme Douala et Yaoundé, et la 4G promise à grand renfort de campagnes publicitaires agressives ressemble de plus en plus à un mirage technologique.
L’agonie quotidien d’un réseau
Pour l’abonné, l’expérience utilisateur est devenue un parcours du combattant. Des communications qui coupent brusquement au bout de quelques secondes, obligeant à recomposer le numéro et à vider son crédit de communication. Des téléchargements interminables, des pages web qui ne s’affichent jamais et une latence qui paralyse les professionnels et les étudiants. Des transactions financières qui restent suspendues pendant des heures, bloquant l’économie informelle et créant des situations d’urgence inextricables pour les usagers. Des forfaits qui expirent à la seconde près, de l’argent débité instantanément. Le constat est sans appel, le réseau agonise sous le poids d’un sous-investissement chronique dans la maintenance et la modernisation des infrastructures, alors même que le volume d’utilisateurs ne cesse de croître.
La colère sourde des consommateurs
Face à ce mépris caractérisé, l’exaspération des clients a atteint un point de non-retour. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans les causeries quotidiennes, des appels au boycott et des plaintes fusent par milliers. Contactez, les associations de défense des droits des consommateurs assurent avoir saisi à tour de dénonciations et de correspondances les acteurs concernés mais rien n’y fait. Conséquence : les consommateurs ont le sentiment légitime d’être pris en otage par un duopole qui dicte ses règles sans rendre de comptes. Les campagnes marketing moralisatrices ou de responsabilité sociétale de l’entreprise ne suffisent plus à masquer le grand vide technique.



