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Cacao : Le nouvel accord international face aux limites persistantes de la rémunération des producteurs

Entré en vigueur début octobre 2026, le nouvel Accord international sur le cacao place le revenu décent des planteurs et la transformation dans les pays d’origine parmi les priorités de la coopération mondiale. Mais, contrairement aux premiers accords des années 1970 et 1980, le texte ne prévoit aucun mécanisme contraignant de régulation des cours. Sa mise en œuvre dépendra donc largement des politiques nationales et de la capacité des pays producteurs à peser davantage dans la chaîne de valeur.

Plus de 50 ans après la création de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), la filière cherche toujours à résoudre une équation fondamentale : comment garantir une rémunération suffisante aux producteurs dans un marché dont ils assurent l’approvisionnement, sans en maîtriser les principaux leviers commerciaux ? L’Accord international sur le cacao de 2026 apporte une nouvelle réponse politique en faisant du revenu décent des planteurs, des prix rémunérateurs et de la transformation locale des objectifs explicites. Le texte définit le revenu décent comme un revenu net du ménage suffisant pour garantir à tous ses membres un niveau de vie conforme aux critères nationaux. Il engage les pays signataires à élaborer des politiques en ce sens. Toutefois, il ne fixe ni prix minimum international ni dispositif contraignant permettant d’imposer ces objectifs aux différents acteurs du marché. L’ambition est donc clairement affichée, mais les moyens de sa concrétisation restent à construire.

De la régulation des cours à la coopération internationale

Cette limite renvoie aux premières expériences de l’ICCO. Les accords de 1972 et de 1975 prévoyaient des quotas d’exportation et la constitution d’un stock régulateur pouvant atteindre 250 000 tonnes. Le principe consistait à acheter des fèves lorsque les prix baissaient, afin de réduire l’offre disponible, puis à les remettre sur le marché lorsque les cours remontaient. Le mécanisme devait amortir les fluctuations d’un produit dont la production réagit lentement aux variations des prix. Les cacaoyers plantés pendant une période favorable n’entrent en production que plusieurs années plus tard, ce qui peut prolonger les excédents lorsque la demande ralentit.

Dans la pratique, le dispositif s’est heurté à des contraintes financières, logistiques et politiques. L’achat et le stockage des fèves mobilisaient des capitaux importants, tandis que les États producteurs avaient besoin de recettes d’exportation. La connaissance imparfaite des stocks détenus par les négociants et les industriels compliquait également les interventions. L’accord de 1980 a supprimé les quotas d’exportation, en faisant du stock régulateur le principal instrument de stabilisation. Celui de 1986 a introduit des mesures complémentaires de retrait des volumes. Ces ajustements n’ont cependant pas permis de maintenir durablement les cours dans la fourchette recherchée.

Avec l’accord de 1993, l’ICCO a finalement abandonné la régulation directe des prix au profit de la coopération entre États, de l’analyse des marchés et de politiques visant à mieux équilibrer production et consommation. La réserve a été progressivement liquidée entre 1993 et 1998. Le nouvel accord prolonge cette orientation, en élargissant les objectifs sociaux et économiques sans rétablir les anciens instruments de stabilisation.

La transformation locale ne garantit pas le partage de la valeur

L’autre défi tient à l’organisation de la chaîne de valeur. Au fil des décennies, la concentration du négoce et l’intégration des activités de collecte, de broyage, de fabrication d’ingrédients et de commercialisation ont renforcé la position des groupes internationaux. Selon les données du Cirad, moins de dix négociants internationaux étaient encore actifs dans le cacao à la fin des années 1990, contre près de 200 au début des années 1970.

Face à cette concentration, la transformation locale apparaît comme un levier de création de valeur ajoutée pour les pays producteurs. Le broyage des fèves en pâte, beurre ou poudre peut favoriser l’industrialisation, créer des emplois et développer des compétences techniques. Mais l’implantation d’une usine sur le territoire national ne garantit pas que les bénéfices économiques y soient intégralement captés.

Depuis les années 1990, des multinationales ont ainsi développé des unités de broyage dans plusieurs pays producteurs, notamment en Côte d’Ivoire, au Brésil et en Équateur, entre autres pour sécuriser leurs approvisionnements. Pour les États, l’enjeu dépasse donc les volumes transformés localement. Il concerne également la propriété des installations, le financement, les services logistiques, la localisation des décisions commerciales et la répartition des revenus entre industriels, entreprises nationales et producteurs.

Des engagements qui dépendent des politiques nationales

La transparence constitue un autre chantier majeur. L’ICCO conserve un rôle essentiel dans la collecte et la diffusion des données relatives à la production, aux broyages, aux stocks, aux prix et aux échanges. Pourtant, disposer d’informations suffisamment précises sur les volumes réellement disponibles demeure indispensable pour comprendre les évolutions du marché et anticiper les déséquilibres.

Au-delà de ces enjeux, les pays producteurs doivent composer avec des contraintes structurelles : vieillissement des vergers, maladies, faibles rendements, besoins de financement, exigences de traçabilité et risques de déforestation. La modernisation des exploitations et l’amélioration de la productivité doivent ainsi aller de pair avec la préservation des ressources forestières et une meilleure rémunération des planteurs.

Le nouvel accord international fournit un cadre de dialogue et reconnaît plus explicitement la dimension sociale de la filière. Il ne constitue toutefois pas, à lui seul, une garantie de revenus décents. Sa portée dépendra de la traduction de ses objectifs en mesures concrètes, mais aussi de la capacité des pays producteurs à coordonner leurs politiques et à négocier une répartition plus équilibrée de la valeur créée par le cacao.

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