Eau potable en Afrique : Les investissements confrontés au déficit de compétences
Alors que les financements se multiplient pour étendre l’accès à l’eau potable sur le continent, la disponibilité de professionnels qualifiés demeure un enjeu pour la pérennité des infrastructures. Le rapport mondial GLAAS 2024-2025 de l’OMS et d’ONU-Eau met en évidence les difficultés de recrutement et de formation dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement. Un défi qui interpelle les politiques publiques, au moment où de nouveaux programmes d’investissement visent des millions de bénéficiaires en Afrique.

L’extension des réseaux d’eau potable en Afrique ne repose pas uniquement sur la mobilisation des financements et la construction de nouvelles infrastructures. Elle dépend également de la capacité des pays à disposer de techniciens, d’ingénieurs et d’agents d’exploitation capables d’assurer le fonctionnement continu des installations. Maintenance des équipements, gestion des réseaux, détection des fuites et contrôle de la qualité de l’eau constituent autant de fonctions indispensables pour transformer les investissements en services durables.
Cette problématique a notamment été abordée lors de la 4ᵉ Biennale de Luanda, ouverte le 22 octobre 2026 en Angola. Consacrée au rôle de la gouvernance de l’eau dans la prévention et la résolution des conflits en Afrique, la rencontre a réuni des responsables publics, des institutions régionales et des experts autour de plusieurs enjeux, dont les investissements, la participation des communautés et la formation des jeunes et des femmes. Au-delà des engagements financiers, ces échanges soulignent une question centrale pour les politiques d’accès à l’eau : comment garantir que les infrastructures construites puissent être exploitées et entretenues dans la durée, notamment dans les zones où les capacités techniques restent limitées ?
Des effectifs insuffisants pour répondre aux besoins du secteur
Les difficultés liées aux ressources humaines sont documentées par le rapport mondial GLAAS 2024-2025, publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ONU-Eau. Selon cette étude, seuls 26 % des pays répondants estiment disposer d’effectifs suffisants dans le domaine de l’eau potable. Dans l’assainissement, cette proportion tombe à 15 %.
Ces résultats concernent les pays interrogés à l’échelle mondiale et ne permettent pas de mesurer spécifiquement l’ampleur du déficit de compétences en Afrique. Ils mettent néanmoins en évidence une contrainte structurelle pour les services publics et les opérateurs chargés de fournir de l’eau potable et d’assurer l’assainissement.
En pratique, l’insuffisance de personnel qualifié peut compliquer l’exploitation des installations, retarder les interventions de maintenance et fragiliser la continuité du service. Les investissements réalisés risquent alors de ne pas produire tous les effets attendus si les structures chargées de gérer les équipements ne disposent pas des ressources humaines nécessaires.
La formation technique reste un maillon à renforcer
La disponibilité des établissements d’enseignement ne garantit pas, à elle seule, l’adéquation entre les compétences proposées et les besoins du secteur. Toujours selon le rapport GLAAS 2024-2025, plus de 70 % des pays interrogés déclarent disposer de centres de formation technique ou d’universités proposant des enseignements liés à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Pourtant, moins de 20 % estiment que ces établissements peuvent former suffisamment de professionnels pour répondre aux besoins des sous-secteurs concernés.
Cet écart pose la question de la capacité des systèmes de formation à accompagner le développement des infrastructures. Les besoins ne se limitent pas aux ingénieurs chargés de concevoir les réseaux. Ils concernent également les techniciens de maintenance, les agents de traitement, les spécialistes du contrôle sanitaire et les personnels capables d’assurer la gestion quotidienne des installations. Le renforcement des formations techniques, l’adaptation des programmes aux réalités opérationnelles et le développement de la formation continue apparaissent ainsi comme des leviers pour améliorer les performances des services d’eau potable.
Des financements importants, mais des exigences de durabilité
L’ampleur des besoins justifie l’accélération des investissements. Selon la Banque mondiale, seul un tiers des habitants des villes africaines dispose d’un raccordement à l’eau courante à domicile. L’amélioration de cette couverture nécessite de nouvelles infrastructures, mais également des moyens humains et financiers pour les exploiter durablement. En septembre 2025, la Banque mondiale a annoncé une enveloppe pouvant atteindre 1,58 milliard de dollars pour accélérer l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène dans douze pays d’Afrique orientale et australe. Le programme ambitionne de toucher au moins 30 millions de bénéficiaires.
Toutefois, le montant global annoncé ne permet pas, à lui seul, d’établir la part réservée à la formation et au renforcement des compétences. Or, la capacité à exploiter les équipements après leur mise en service constitue un enjeu déterminant pour la pérennité des projets.



