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Paiements transfrontaliers : L’Afrique doit mobiliser 120 millions de dollars pour harmoniser les paiements entre pays

L’harmonisation des paiements transfrontaliers en Afrique nécessitera au moins 120 millions de dollars de financements garantis, un accord contraignant de l’Union africaine (UA) et la création d’un organe continental de supervision. Dans une étude de faisabilité publiée récemment, la fondation AfricaNenda estime que ces réformes permettraient de réduire les coûts des transferts, de fluidifier les transactions numériques et de renforcer l’intégration économique du continent. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), dont fait partie le Cameroun, figure toutefois parmi les blocs régionaux qui devront encore remplir certaines conditions avant de s’engager pleinement dans le processus.

L’Afrique devra franchir plusieurs étapes institutionnelles et financières pour parvenir à un cadre commun de réglementation des paiements transfrontaliers. Intitulée « Cadre d’harmonisation réglementaire africain pour les services de paiement transfrontaliers », l’étude de faisabilité d’AfricaNenda identifie trois préalables à la mise en œuvre de cette réforme : la mobilisation de financements, l’adoption d’un instrument juridique contraignant et la mise en place d’un mécanisme continental de supervision.

Selon les recommandations du document, au moins 120 millions de dollars devront être mobilisés avant la fin de la première année de mise en œuvre. Ces ressources serviraient notamment à accompagner les pays dans l’adoption de normes communes, à renforcer les capacités techniques des institutions de régulation et à soutenir l’alignement progressif des législations nationales.

Sur le plan juridique, l’Union africaine devrait adopter, dans un délai de deux ans, un protocole ou une convention contraignante afin de donner une portée continentale aux nouvelles règles. Le dispositif serait complété par la création, dans les 36 mois suivant l’approbation de l’étude, d’un organisme chargé de superviser leur application. Cette structure serait hébergée au sein de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), en collaboration avec l’UA.

L’objectif est de dépasser la juxtaposition des cadres réglementaires nationaux, qui constitue aujourd’hui un frein à la circulation des paiements numériques entre les pays africains.

Des réglementations divergentes qui alourdissent les coûts

Les obstacles à l’interopérabilité des paiements ne sont pas uniquement technologiques. Ils sont également liés aux différences dans l’application des règles de conformité, notamment celles relatives à l’identification des clients et à la lutte contre le blanchiment de capitaux. Lors d’une réunion de haut niveau organisée le 5 octobre à Nairobi, au Kenya, Sabine F. Mensah, directrice générale adjointe de la fondation AfricaNenda, a souligné que ces divergences compliquent les transferts d’argent entre pays, même lorsque les États concernés appliquent des normes internationales similaires.

Les exigences de vérification de l’identité et de contrôle des transactions peuvent, en effet, varier d’une juridiction à l’autre, entraînant des procédures supplémentaires, des retards de traitement et des coûts plus élevés pour les prestataires comme pour les utilisateurs. « Si les exigences applicables à l’envoi et à la réception sont harmonisées, les transferts d’argent en sont facilités », a expliqué la responsable. Elle a rappelé que, malgré leur référence commune aux standards du Groupe d’action financière (GAFI), les pays africains appliquent ces exigences de manière inégale.

Pour remédier à cette situation, AfricaNenda préconise une coopération accrue entre les régulateurs nationaux et l’adoption de règles communes. L’organisation recommande également de privilégier les infrastructures déjà opérationnelles, notamment le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) et les plateformes régionales telles que GIMACPAY, plutôt que de multiplier les systèmes concurrents.

Un marché de 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2035

L’enjeu dépasse la seule modernisation des infrastructures financières. Selon les estimations d’AfricaNenda, les paiements transfrontaliers en Afrique représentaient 329 milliards de dollars en 2025 et pourraient atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici à 2035.

Dans le même temps, le recours à des devises étrangères pour traiter les paiements entre pays africains coûterait environ 5 milliards de dollars par an au continent. La réduction de ces dépenses pourrait contribuer à améliorer l’efficacité des échanges commerciaux, à faciliter les transferts de fonds et à renforcer les transactions entre entreprises africaines.

L’harmonisation réglementaire apparaît ainsi comme un levier complémentaire au développement des systèmes de paiement instantané. Elle pourrait faciliter l’utilisation de ces infrastructures au-delà des frontières nationales, à condition que les règles applicables aux prestataires, aux banques et aux autres acteurs financiers soient suffisamment compatibles.

La CEMAC devra satisfaire des conditions préalables

Tous les blocs régionaux africains ne présentent pas le même niveau de préparation face à cette réforme. L’étude classe l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) parmi les ensembles prêts à participer à la première phase du processus. La CEMAC, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sont, pour leur part, considérées comme prêtes sous certaines conditions. Pour la sous-région d’Afrique centrale, cette appréciation signifie que des ajustements réglementaires et institutionnels restent nécessaires avant une participation complète au dispositif proposé.

Cette situation concerne directement le Cameroun, membre de la CEMAC, où l’intégration des paiements s’inscrit déjà dans une dynamique régionale portée notamment par les infrastructures interopérables et les services de paiement numérique. Afin de tenir compte de ces écarts, AfricaNenda propose un déploiement progressif sur dix ans. Chaque bloc régional pourrait rejoindre le dispositif à mesure qu’il satisfait aux exigences réglementaires et institutionnelles fixées.

AfricaNenda veut mesurer l’impact sur les populations et les entreprises

En parallèle de ce chantier réglementaire, la fondation prépare la cinquième édition de son rapport sur l’état des systèmes de paiement instantané inclusifs en Afrique (SIIPS), dont la publication est annoncée le 19 novembre 2026 à Balaclava, à Maurice. L’événement, prévu du 18 au 20 novembre, réunira des décideurs publics, des régulateurs et des opérateurs de systèmes de paiement. Publié pour la première fois en 2022, le rapport SIIPS suit notamment le développement des infrastructures de paiement instantané, leur accessibilité et leur interopérabilité. La nouvelle édition entend accorder davantage de place aux effets concrets de ces systèmes sur les ménages, les entreprises et les économies.

Selon Sabine F. Mensah, les cinq années de recherche ont permis de recueillir davantage de données sur l’adoption et l’utilisation de ces moyens de paiement. La prochaine édition intégrera également un plus grand nombre d’enquêtes auprès des consommateurs, afin de déterminer si l’amélioration des infrastructures s’accompagne effectivement d’un accès élargi aux services financiers. Au-delà du nombre de systèmes déployés, AfricaNenda souhaite ainsi évaluer leur contribution à l’inclusion financière, à la concurrence et à la participation des particuliers et des entreprises à l’activité économique. Une orientation qui replace l’efficacité des paiements au cœur des enjeux d’intégration économique africaine.

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