Coopération FMI : Le Cameroun éternel malade et son thérapeute de Bretton Woods
Des purges austères des Programmes d’ajustement structurel (PAS) des années 1990 au mirage de l’effacement de la dette via l’Initiative PPTE en 2006. Sous perfusion constante des Facilités de crédit, Yaoundé n’a jamais vraiment quitté la salle d’attente de l’institution de Bretton Woods. Le pays ne cesse de naviguer entre souveraineté économique bridée et réformes structurelles inachevées. En 40 ans de thérapie de chocs, le diagnostic reste inchangé. En filigrane, un compagnonnage tumultueux où les remèdes d’urgence peinent à guérir les maux profonds d’une économie en quête éternelle de résilience.

« Le Cameroun n’ira plus au FMI », assurait Paul Biya, le 22 mars 1986. Un an après, la posture souverainiste voulue à l’époque avait finalement été contredite par la réalité économique. Ce qui laissait place à une relation de longue date rythmée par des programmes d’ajustement structurel successifs. Entre dépendance financière, réformes imposées et souveraineté économique, le partenariat n’a cessé d’interroger sur l’efficacité des thérapies administrées par l’institution de Bretton Woods.
Une radiographie de la coopération entre le Cameroun et le Fonds monétaire international révèle que depuis la crise économique des années 1980, le pays a régulièrement sollicité l’assistance de l’institution pour redresser ses comptes publics. Alors qu’une mission de l’institution séjourne Yaoundé depuis le 17 septembre 2026. Pour de nombreux analystes, le FMI n’octroie pas ses fonds sans contreparties.
Un fait que semble confirmer un rapport publié en juin 2026 par les ONG ActionAid, Education International and the Tax and Education Alliance et intitulé « Still Cooking With a Failed Recipe : A review of IMF country advice on social spending, public services, debt, tax and gender equality ».
Des Programmes d’Ajustement Structurel à la Facilité Élargie de Crédit
Dans les années 1988-1997, le Cameroun doit faire face à la chute des cours des matières premières (café, cacao, pétrole). Le malade camerounais fait appel au FMI et signe ses premiers Programmes d’Ajustement Structurel (PAS). Comme un couperet, la période est marquée par une baisse drastique des salaires des fonctionnaires (-30% à -50% en 1993), la dévaluation du franc CFA en 1994, et des privatisations massives.
Après une accalmie marquée par l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) en 2006, le pays replonge dès 2017. Le choc d’une double crise (baisse des prix du pétrole en 2014 et crise sécuritaire dans le NoSo et l’Extrême-Nord) contraint Yaoundé à signer un accord triennal au titre de la Facilité Élargie de Crédit (FEC). Ce programme renouvelé et complété en juillet 2021 (FEC/MEDC) puis étendu jusqu’en 2025 va selon Yaoundé, aider à faire face aux impacts de la Covid-19 et de la guerre en Ukraine. Suivra en 2024, un accord complémentaire au titre de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) est signé pour soutenir les réformes climatiques.
Remèdes amers contre réformes structurelles imposées
Si le volume global des engagements du FMI envers le Cameroun a dépassé la barre des 1 milliard de dollars (environ 600 milliards de FCFA) sur la période 2021-2026. L’aide du FMI n’est pas un cadeau, c’est un crédit conditionné à des réformes structurelles profondes qui touchent le quotidien des Camerounais.
Dernier épisode en date, le gouvernement camerounais a procédé à plusieurs augmentations successives des prix à la pompe. Déjà en février 2023 où les autorités ont acté une hausse de 15,8 % sur le super et de 25,2 % sur le gasoil. Puis une nouvelle hausse de 15 % sur le super et le gasoil en 2024. Ce qui a entraîné une inflation généralisée des prix des transports et des produits de grande consommation.
Au plus près de la suppression des subventions aux carburants. Et sous la pression de l’institution, les lois de finances successives se sont traduites par l’instauration de taxes sur les transferts d’argent mobiles (Mobile Money) ; rationalisation des exonérations fiscales accordées aux entreprises et l’’obligation d’immatriculation fiscale pour l’accès à certains services publics.
Dans un contexte où Yaoundé espère capter 300 milliards de FCFA via un nouveau programme. Le diagnostic de la relation Cameroun-FMI met en lumière des résultats mitigés et des logiques divergentes.
Pour bon nombre d’observateurs, le FMI soigne les symptômes financiers (déficit budgétaire, balance des paiements) par l’austérité et la fiscalité, mais peine à guérir les causes structurelles du mal : corruption, manque de diversification économique, faible transformation locale des matières premières et déficit d’infrastructures.
Conclusion, le Cameroun se retrouve ainsi sous perfusion financière permanente. Dès qu’un programme s’achève, les déséquilibres macroéconomiques réapparaissent, forçant le pays à tendre de nouveau la main au médecin de Washington. Ce qui créé un cycle infini d’ajustements et de réformes.



