A la UneAgribusiness

Dattes : L’Afrique du Nord concentre l’essentiel des exportations, l’Éthiopie veut bousculer le marché

L’Algérie domine les exportations africaines de dattes en volume, devant la Tunisie et l’Égypte. Mais les performances commerciales révèlent une réalité moins linéaire : les pays qui exportent le plus ne sont pas nécessairement ceux qui tirent les meilleures recettes de leurs ventes. Une situation qui offre des enseignements à l’Éthiopie, décidée à développer sa filière et à conquérir les marchés internationaux.

La carte africaine du commerce des dattes reste largement dessinée par les pays du Maghreb et d’Afrique du Nord. En 2025, cinq pays ont concentré les principaux volumes exportés sur le continent, selon les données compilées par la plateforme Trade Map. L’Algérie arrive nettement en tête, suivie de la Tunisie, de l’Égypte et de la Libye. L’Afrique du Sud ferme ce classement et constitue le seul représentant de l’Afrique subsaharienne. Cette configuration pourrait toutefois évoluer dans les prochaines années. Le 18 septembre 2026, l’Éthiopie a annoncé une stratégie décennale destinée à structurer et développer sa production de dattes. Addis-Abeba ambitionne notamment de porter les superficies consacrées au palmier dattier d’environ 6 000 à 25 000 hectares. L’objectif affiché est de transformer progressivement le pays en exportateur net.

L’Algérie mise sur les volumes

Avec près de 185 000 tonnes exportées en 2025, pour environ 184 millions de dollars, l’Algérie occupe la première place du classement continental en volume. Sa filière repose sur une importante base productive installée dans les régions sahariennes. Les bassins de Biskra, El Oued et Ouargla constituent les principaux pôles de production et de commercialisation. La variété Deglet Nour, particulièrement recherchée sur les marchés internationaux, y occupe une place importante. La puissance productive algérienne dépasse toutefois largement ses exportations. Le pays aurait récolté environ 1,34 million de tonnes en 2024, sur près de 176 000 hectares, selon les données de la FAO. Cette différence entre production et volumes exportés traduit le poids du marché intérieur, mais aussi un potentiel d’exportation encore considérable.

La Tunisie transforme mieux ses volumes en recettes

La Tunisie occupe la deuxième position avec environ 147 000 tonnes exportées en 2025. Pourtant, elle dépasse largement l’Algérie en valeur, avec quelque 347 millions de dollars de recettes. Cette différence est particulièrement révélatrice. La valeur moyenne des exportations tunisiennes ressort à environ 2 400 dollars par tonne, contre moins de 1 000 dollars pour l’Algérie. La Tunisie parvient ainsi à tirer davantage de revenus de chaque tonne commercialisée à l’étranger. Le pays bénéficie notamment de la réputation internationale de ses dattes, avec une forte présence de la variété Deglet Nour. La production, estimée à environ 400 000 tonnes en 2024, est concentrée principalement dans le sud, notamment à Kébili et Tozeur.

L’Égypte, géant producteur mais exportateur secondaire

L’Égypte présente un profil encore différent. Avec près de 1,75 million de tonnes produites en 2024, elle est le premier producteur africain de dattes. Pourtant, ses exportations n’ont atteint qu’environ 39 000 tonnes en 2025, pour une valeur de 147 millions de dollars. L’écart entre la production et les exportations souligne l’importance du marché intérieur égyptien. Il révèle également une marge de progression potentielle sur le commerce international, à condition de renforcer les chaînes de valeur destinées à l’export. La production s’appuie notamment sur les oasis de la Nouvelle-Vallée, de Siwa et de Bahariya ainsi que sur différentes zones irriguées.

La Libye et l’Afrique du Sud complètent le Top 5

La Libye arrive quatrième avec environ 16 000 tonnes exportées en 2025, représentant quelque 25 millions de dollars. Sa présence confirme le poids des espaces arides et oasiens dans la production africaine de dattes. L’Afrique du Sud se distingue davantage par sa stratégie de valorisation. Avec seulement 6 200 tonnes exportées, elle se classe cinquième en volume, mais ses recettes atteignent environ 26 millions de dollars. Sa valeur moyenne à l’export, estimée à près de 4 100 dollars par tonne, est la plus élevée des cinq pays. Cette performance souligne l’importance d’un autre indicateur : la valeur générée par tonne exportée. En d’autres termes, un pays disposant d’une production relativement modeste peut améliorer sa position commerciale en ciblant des segments plus rémunérateurs.

L’Éthiopie veut construire une nouvelle filière exportatrice

C’est précisément sur cette équation entre production et valorisation que l’Éthiopie devra travailler. En visant 25 000 hectares de plantations à terme, contre environ 6 000 actuellement, Addis-Abeba cherche d’abord à créer une masse productive suffisante. Mais l’augmentation des superficies ne garantira pas à elle seule une percée sur le marché mondial. La filière devra également investir dans l’irrigation, les plants adaptés, la transformation, le stockage, le calibrage, le conditionnement et la certification. L’expérience africaine fournit ainsi un véritable laboratoire économique. L’Algérie démontre l’intérêt d’une puissante base productive, la Tunisie celui de la valorisation commerciale, tandis que l’Afrique du Sud illustre le potentiel d’un positionnement sur des produits à forte valeur unitaire.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 - 2 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page