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Minim-Martap : Canyon Resources doit encore trouver des financements pour sécuriser le démarrage de Minim-Martap

Le développement du projet de bauxite de Minim-Martap entre dans une phase financièrement délicate. Malgré une facilité de crédit de 140 millions de dollars mise à disposition par AFG Bank Cameroon, dont une partie reste disponible, Canyon Resources cherche de nouvelles sources de capitaux. Le groupe australien a mandaté la banque d’affaires Jefferies pour mobiliser des financements complémentaires, alors que son auditeur Ernst & Young (EY) estime que les conditions actuelles font peser une incertitude significative sur sa continuité d’exploitation.

Le projet de Minim-Martap n’est pas encore au bout de son parcours financier. Dans ses derniers comptes, arrêtés au 30 juin 2026, Canyon Resources reconnaît que ses ressources actuelles ne suffisent pas à garantir la poursuite de ses activités jusqu’à la prochaine étape du projet. Le groupe devra donc obtenir de nouveaux financements au plus tard en décembre 2026. Cette situation explique le recours à Jefferies, banque d’affaires internationale chargée d’explorer différentes options de financement. Canyon envisage aussi bien de nouvelles dettes que des apports en fonds propres, ou une combinaison des deux. Selon la société, plusieurs investisseurs potentiels ont déjà manifesté un intérêt.

L’alerte d’EY met en évidence le risque de liquidité

L’intervention de Jefferies prend une dimension particulière à la lumière de la réserve formulée par EY. Dans son rapport, l’auditeur estime que les conditions financières du groupe créent une incertitude susceptible de remettre en question sa capacité à poursuivre normalement ses activités. Cette observation ne constitue toutefois pas un rejet des comptes de Canyon. EY précise que son opinion n’est pas modifiée par cette incertitude. La nuance est importante : l’auditeur ne conteste pas la régularité des états financiers, mais attire l’attention des investisseurs sur la dépendance du groupe à la mobilisation rapide de nouvelles ressources.

36,5 milliards de FCFA encore disponibles chez AFG

La situation est d’autant plus paradoxale que la facilité accordée par AFG Bank Cameroon n’est pas entièrement consommée. D’un montant d’environ 140 millions de dollars, soit près de 82 milliards de FCFA, cette ligne avait vocation à accompagner le développement du projet. Au 30 juin 2026, Canyon avait déjà tiré 45,448 milliards de FCFA. Il restait ainsi environ 36,551 milliards de FCFA disponibles. Mais le 24 août, AFG Bank a suspendu les nouveaux décaissements.

La banque a demandé des éléments complémentaires concernant notamment le calendrier de réalisation du projet, le modèle financier ainsi que différents paramètres techniques. Une visite du site a également été sollicitée. Canyon assure qu’aucun défaut n’a été constaté et que les discussions avec l’établissement bancaire se poursuivent. Cette suspension constitue néanmoins un facteur de pression sur la trésorerie du groupe. Elle oblige le promoteur à revoir ses priorités d’investissement et à rechercher d’autres sources de liquidités alors même que plusieurs infrastructures indispensables à la mise en production doivent encore être financées.

L’accélération des investissements a consommé la trésorerie

La tension financière s’explique aussi par l’ampleur des dépenses engagées au cours du dernier exercice. Entre juillet 2025 et juin 2026, Canyon Resources a consacré 120,77 millions de dollars australiens à ses investissements, soit environ 48,5 milliards de FCFA. L’effort est considérable par rapport à l’exercice précédent, au cours duquel les investissements n’avaient représenté que 11,08 millions AUD, environ 4,4 milliards de FCFA. Cette accélération traduit le passage progressif du projet d’une phase essentiellement préparatoire vers une phase de construction et d’équipement.

Sur les 120,77 millions AUD investis, environ 67 millions AUD ont été affectés aux équipements, 27,1 millions AUD au développement minier et aux avances, tandis que 25,2 millions AUD correspondent à des investissements financiers. Au 30 juin, la trésorerie disponible s’établissait à 45,84 millions AUD, soit près de 18,4 milliards de FCFA. Dans le même temps, Canyon a enregistré une perte nette de 9,48 millions AUD, contre 20,18 millions AUD un an plus tôt.

Le calendrier de production sous pression

L’enjeu du financement est directement lié au calendrier de mise en production. La suspension des tirages bancaires a contraint Canyon à réduire certaines dépenses liées au démarrage de l’exploitation. Cette situation a retardé le calendrier initial et repoussé la perspective des premières recettes issues des ventes de bauxite. En août 2026, le groupe a d’ailleurs renoncé à son objectif d’expédier une première cargaison au quatrième trimestre. Cette décision résulte de plusieurs incertitudes combinées : financement, solutions de transbordement et évolution du marché du fret maritime.

Les investissements critiques restent à finaliser

Canyon indique néanmoins qu’une partie substantielle des dépenses de la première phase du projet est déjà engagée ou contractualisée. Les locomotives, les wagons, certaines infrastructures ferroviaires internes, les travaux portuaires et la liaison routière entre la mine et le réseau ferroviaire figurent parmi les composantes déjà avancées. Les prochains besoins concernent notamment le dragage portuaire et les infrastructures de transbordement. Ces équipements sont stratégiques puisqu’ils conditionnent la capacité du projet à transformer sa production minière en flux commerciaux effectivement exportables. La mission confiée à Jefferies apparaît ainsi comme une opération de sécurisation du dernier kilomètre financier. Canyon doit désormais convaincre les prêteurs et investisseurs que le projet peut franchir cette période de forte intensité capitalistique jusqu’à la génération des premiers revenus.

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