Projets financés par la BAD : Yaoundé face au défi de transformer les milliards en routes
Avec près de 888 milliards de FCFA engagés par la Banque africaine de développement dans le secteur des transports, le Cameroun dispose d’un levier financier majeur pour désenclaver ses régions et renforcer les corridors sous-régionaux. Mais l’exécution reste poussive. Réunis à Yaoundé, les responsables camerounais et les représentants de la BAD ont arrêté une série de mesures pour accélérer des chantiers jugés stratégiques.

Le ministère des Travaux publics et la Banque africaine de développement ont passé au crible, le 22 janvier 2026, l’état des projets routiers cofinancés. Le constat est contrasté : les conventions signées atteignent 887,6 milliards de FCFA, mais les décaissements effectifs restent autour de 30 %. Cette situation alimente l’inquiétude sur la capacité du pays à transformer des engagements financiers en infrastructures livrées dans les délais. Selon les chiffres présentés lors de la rencontre, plus de la moitié des financements sont déjà engagés, mais l’exécution pâtit de blocages récurrents. Les échanges ont mis en avant trois freins principaux : les retards dans le paiement des entreprises, la longueur des procédures administratives — notamment les avis techniques exigés par la BAD — et les insuffisances observées dans certaines unités de gestion de projet.
Plusieurs chantiers ont été classés comme prioritaires. L’axe Edéa–Kribi, attendu pour fluidifier l’accès au port en eau profonde, reste suspendu à des validations techniques. Dans le Nord-Ouest, la Ring Road, censée désenclaver Bamenda et ses environs, pose toujours des défis de contractualisation. Le corridor Ngaoundéré–Garoua, notamment son lot reliant les ponts de Kéroua et de Salah, est également scruté, après des retards liés à des procédures et à des contestations. Autre dossier sensible : les travaux complémentaires du pont sur le fleuve Logone, essentiels pour rendre pleinement opérationnelle cette liaison transfrontalière avec le Tchad.
Derrière ces chantiers se dessine un enjeu plus large : la connectivité régionale. Les projets vers le Nigeria (Bamenda–Enugu), le Congo (Ketta–Djoum) et le Tchad (pont sur le Logone) figurent parmi les piliers de l’intégration économique voulue par la BAD. Ils doivent faciliter les échanges commerciaux et réduire les coûts de transport. Mais ces ambitions se heurtent à un passif de lenteurs. Dès 2021, l’institution financière avait évoqué la possibilité de revoir certains financements si les performances ne s’amélioraient pas. La réunion de janvier 2026 marque donc une tentative de remise à niveau, avec la perspective, pour certains projets, de rouvrir des accords déjà clôturés afin d’en assurer la pleine mise en œuvre.
Face à l’augmentation rapide du portefeuille sur la période 2021–2025, la pression s’intensifie sur les autorités camerounaises. Le défi est clair : passer d’une logique d’annonces à une dynamique de chantiers livrés. Les engagements pris avec la BAD visent désormais à raccourcir les délais de procédure, sécuriser les paiements et renforcer le pilotage des projets. Reste à savoir si ces promesses se traduiront par une accélération tangible sur le terrain. Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse la simple exécution budgétaire : il s’agit de crédibilité vis-à-vis des bailleurs et de retombées concrètes pour les populations, toujours en attente de routes capables de relier durablement les territoires.



