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AGOA : Washington veut pousser l’Afrique à assouplir ses règles sur les OGM

Des organisations agricoles américaines demandent à l’administration Trump de faire de l’AGOA un instrument de pression commerciale afin d’encourager les pays africains à ouvrir davantage leurs marchés aux produits issus des biotechnologies agricoles. Une démarche qui ravive le débat entre impératifs économiques, souveraineté alimentaire et précautions sanitaires sur le continent.

Aux États-Unis, plusieurs organisations représentant les producteurs agricoles souhaitent voir les pays africains adopter des réglementations plus favorables aux organismes génétiquement modifiés (OGM). Dans une correspondance adressée au Bureau du Représentant américain au Commerce, une coalition regroupant notamment des associations de producteurs de maïs et des fédérations agricoles appelle Washington à utiliser l’AGOA comme levier diplomatique et commercial.

Selon ces organisations, les restrictions imposées par de nombreux États africains sur les produits issus des biotechnologies limitent fortement les exportations agricoles américaines vers le continent. Elles estiment que ces barrières non tarifaires freinent l’accès à un marché considéré comme stratégique pour l’agriculture américaine, dans un contexte de recherche de nouveaux débouchés à l’international. Mis en place en 2000, l’African Growth and Opportunity Act permet aux pays africains éligibles d’exporter des milliers de produits vers les États-Unis sans droits de douane. Ce mécanisme constitue depuis plus de deux décennies un pilier des relations commerciales entre Washington et l’Afrique subsaharienne.

Après l’expiration temporaire du programme en octobre 2025, le président Donald Trump a signé en février 2026 une loi prolongeant l’AGOA jusqu’à la fin de l’année. Cette extension de courte durée est présentée par la Maison-Blanche comme une phase de transition destinée à redéfinir les conditions d’accès au programme.

L’administration américaine souhaite désormais que les pays africains ouvrent davantage leurs marchés aux produits américains afin de conserver les avantages commerciaux accordés dans le cadre de l’AGOA. Pour les groupes agricoles américains, cette réforme représente une occasion de promouvoir les biotechnologies agricoles sur le continent africain. Les défenseurs de cette approche considèrent que les réglementations africaines actuelles s’inspirent davantage de modèles prudents adoptés ailleurs dans le monde plutôt que des standards scientifiques soutenus par Washington. Ils plaident ainsi pour des règles harmonisées favorisant les échanges commerciaux.

La question des OGM intervient alors que les échanges agroalimentaires entre les États-Unis et l’Afrique connaissent une hausse notable. Les données du département américain de l’Agriculture montrent que le commerce agricole bilatéral a fortement progressé en 2025 pour dépasser les 11 milliards de dollars. Fait marquant, les pays africains ont enregistré pour la première fois depuis plusieurs années un léger excédent commercial dans leurs échanges agroalimentaires avec les États-Unis. Cette évolution renforce l’importance stratégique du continent dans les discussions commerciales engagées par Washington.

Malgré les pressions croissantes, les cultures OGM restent peu développées en Afrique. Seuls quelques pays, comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya ou encore le Soudan, autorisent certaines cultures génétiquement modifiées, souvent dans le cadre de programmes ciblés. Les gouvernements favorables aux biotechnologies mettent en avant l’amélioration des rendements agricoles, la résistance accrue aux ravageurs ou encore l’adaptation au changement climatique. Les principales cultures concernées sont le coton Bt, le maïs génétiquement modifié et le niébé Bt.

Toutefois, une majorité d’États africains continuent d’adopter une posture prudente. Les préoccupations liées à la biosécurité, à la protection des semences locales et à la préservation de certains marchés d’exportation demeurent au cœur des débats. Dans ce contexte, la volonté américaine d’associer avantages commerciaux et ouverture aux OGM pourrait raviver les tensions entre intérêts économiques et souveraineté alimentaire. Reste désormais à savoir si les gouvernements africains accepteront d’assouplir leurs réglementations sous l’effet des enjeux commerciaux liés à l’AGOA.

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