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Finance climatique : La CAA veut ouvrir au Cameroun la voie de l’accès direct aux ressources du Fonds vert pour le climat

La Caisse autonome d’amortissement (CAA) franchit une nouvelle étape dans la stratégie camerounaise de financement de la transition climatique. En engageant un processus d’accréditation auprès du Fonds vert pour le climat (FVC), l’établissement ambitionne de devenir une entité nationale habilitée à mobiliser et administrer directement les ressources internationales destinées aux projets climatiques. Une évolution qui pourrait renforcer la souveraineté financière du pays, tout en imposant un profond renforcement des mécanismes de gouvernance et de contrôle.

Longtemps identifiée comme l’institution chargée de la gestion de la dette publique et de la mobilisation des financements de l’État, la Caisse autonome d’amortissement souhaite désormais élargir son champ d’intervention. Son objectif est d’obtenir l’accréditation du Fonds vert pour le climat, principal mécanisme multilatéral de financement des politiques d’adaptation et d’atténuation face aux changements climatiques. Pour préparer cette candidature, la CAA a lancé une procédure de recrutement de consultants chargés d’adapter son organisation aux standards internationaux exigés par le FVC. Financées sur son budget 2026, ces prestations doivent permettre à l’établissement de démontrer sa capacité à gérer des financements internationaux selon des critères stricts de transparence, de gouvernance, de responsabilité environnementale et de protection des populations concernées. Au-delà d’une simple réforme administrative, cette démarche traduit la volonté des autorités camerounaises de disposer d’un acteur national capable de piloter les financements climatiques sans dépendre systématiquement d’institutions internationales déjà accréditées.

Quatre piliers pour répondre aux standards internationaux

Le programme de mise à niveau repose sur quatre grands axes. Le premier concerne la mise en place d’un cadre environnemental et social complet intégrant une stratégie climat, des procédures de gestion des risques ainsi que des mécanismes spécifiques de protection des communautés, notamment des peuples autochtones. Le deuxième volet porte sur les politiques de genre et la prévention des violences, de l’exploitation et du harcèlement sexuels. Il prévoit notamment un diagnostic des pratiques actuelles, l’élaboration de nouveaux référentiels internes ainsi que l’intégration systématique de ces dimensions dans la conception des projets financés.

Le troisième chantier vise le renforcement de l’intégrité institutionnelle. Il comprend la création de mécanismes de gestion des plaintes, de dispositifs destinés à protéger les lanceurs d’alerte ainsi que de procédures spécifiques pour le traitement des dossiers sensibles. Enfin, un cabinet juridique devra évaluer si le cadre légal actuel permet effectivement à la CAA d’assumer toutes les responsabilités fiduciaires qu’impose une accréditation auprès du Fonds vert pour le climat, notamment la signature d’accords internationaux et la gestion directe des ressources financières.

Un enjeu stratégique pour les finances publiques

Sur le plan économique, cette initiative pourrait modifier la manière dont le Cameroun finance une partie de ses investissements publics. Jusqu’à présent, de nombreux projets climatiques transitent par des agences internationales de développement qui assurent leur préparation, leur supervision et parfois leur gestion financière. Une accréditation de la CAA offrirait au pays un accès plus direct aux ressources du Fonds vert pour le climat, réduisant ainsi les délais administratifs et les coûts liés aux intermédiaires. Elle renforcerait également la capacité des institutions nationales à concevoir des projets répondant aux priorités de développement définies par les pouvoirs publics. Dans un contexte marqué par des besoins croissants d’investissements dans les infrastructures résilientes, l’agriculture durable, la gestion de l’eau, les énergies renouvelables ou encore la prévention des catastrophes naturelles, cette évolution pourrait diversifier les sources de financement de l’État sans accroître nécessairement son endettement classique. Elle s’inscrit également dans la recherche de financements concessionnels alors que les contraintes budgétaires demeurent fortes et que les exigences liées à la soutenabilité de la dette occupent une place centrale dans la politique économique du Cameroun.

Une crédibilité à construire avant l’évaluation du Fonds

L’obtention de l’accréditation reste toutefois conditionnée à une évaluation particulièrement rigoureuse. Les consultants disposeront de 90 jours pour élaborer les différentes politiques institutionnelles, tandis que l’avis juridique devra être produit en deux semaines. Les experts recherchés devront maîtriser les référentiels du Fonds vert pour le climat mais également ceux d’autres bailleurs internationaux tels que la Banque mondiale ou la Société financière internationale, dont les exigences en matière de gouvernance, de conformité et de sauvegardes environnementales font aujourd’hui référence.

La prolongation du délai de dépôt des candidatures jusqu’au 21 juillet 2026 illustre la volonté de la CAA d’attirer des profils suffisamment expérimentés pour conduire cette transformation. Si le processus aboutit, le Cameroun disposerait d’un levier supplémentaire pour accélérer la mobilisation de ressources destinées à financer sa transition climatique. La réussite de cette démarche dépendra toutefois de la capacité de la CAA à convaincre le Fonds vert qu’elle possède les garanties institutionnelles, juridiques et financières nécessaires pour gérer des ressources internationales dans le respect des meilleures pratiques internationales.

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