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Mines : Quand l’or devient un butin de guerre des djihadistes

Si les attentats terroristes sont réguliers en Afrique de l'ouest depuis un an, la frontière entre Conakry et Bamako est désormais une source de revenus insoupçonnés.

Jusqu’à présent la Guinée n’a pas encore connu les attaques terroristes qui frappent régulièrement le Mali ou la côte d’ivoire en 20166.  Seulement, près de la frontière du Nord, les groupes terroristes gagnent du terrain, tandis que les trafics dont l’orpaillage clandestin et la circulation illicite de marchandises pourraient leur offrir de nouveaux moyens de s’implanter.  Un risque particulièrement visible en Haute-Guinée à la frontière avec le Mali. En mars dernier, les autorités guinéennes annonçaient l’arrestation de 11 personnes soupçonnées d’appartenir à des réseaux terroristes dans les préfectures de Siguiri, Mandiana et Kankan : sept Maliens, deux Nigériens, un Burkinabè et un Guinéen.

Suivi frontalier très compliqué

La ligne commune entre Conakry et Bamako dépasse 854 kilomètres et reste insuffisamment balisée. Une zone où les flux de personnes, de marchandises et d’or traversent sans grandes difficultés une multitude de points de passage. Pourtant les abords de la frontière, affichent des signes interpellateurs pour Conakry.

Beaucoup se souviennent encore de la situation sécuritaire avant l’avènement du COVID, à l’heure de la MINUSMA. Allusion faite à l’attaque de Siby où 3 soldats guinéens ont été tués dans une embuscade le 22 février 2019.Le convoi qui transportait des casques bleus en permission dans la zone de Siby, à la sortie de Bamako semble avoir été filé depuis Kidal où se trouvait le camp Nimba sous couleurs onusiennes. Hélas depuis 2 ans, les attaques visant des postes de police, de douane ou des sites miniers chinois se multiplient dans le Mandé. Déjà le 16 mars 2026 un poste de contrôle à Yanfolila dans le Wasulu malien fut attaqué à moins de cinquante kilomètres de la frontière guinéenne, ; le 4 juillet dernier c’était la prison de Kéniéroba qui était prise pour cible, avec en son sein divers détenus d’actes terroristes, .

Lors du blocus sur la capitale malienne au second semestre de l’année, après les attentats du 25 avril 2026, les groupes terroristes ont eu à perturber la circulation des marchandises sur l’axe Bamako-Kourémalé. Il s’agit de la principale route menant à la Guinée où la nébuleuse djihadiste se rapproche de la Guinée, profite d’une frontière difficile à contrôler, où les passages clandestins facilitent la circulation d’individus non identifiés, des armes et de revenus issus de trafics. Considérant le potentiel minier des lieux, ceux-ci cherchent à contrôler certaines zones aurifères ou à imposer des prélèvements aux exploitants, sous forme de taxes ou de zakat. Conakry se doit d’éviter de faire l’erreur d’attendre qu’un groupe terroriste contrôle directement une mine d’or pour commencer à considérer le métal jaune comme un problème sécuritaire.

Conakry dans le viseur terroriste

Si tout semble indiquer que la Guinée est en passe de devenir un Etat policier à certains niveaux, ce n’est nullement pour des raisons politiques.  La sûreté du sommet de l’administration prévaut vu que depuis septembre 2025, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a commencé à s’attaquer aux convois de carburant qui approvisionnent Bamako depuis les pays voisins. Une phase test, qui si elle prospère, sera répandue aux pays où les plus néfastes des musulmans s’en donneront à cœur joie, sachant qu’ils entendent créer ultérieurement un khalifat.

L’axe reliant Dakar à Bamako par la région de Kayes, a été particulièrement touchée par ce blocus. Idem pour le corridor en provenance de la Côte d’Ivoire par Sikasso qui n’a pas échappé ; Entre le 13 et 14 septembre 2025, le JNIM a attaqué une soixantaine de camions citernes sur les axes Diédiéni-Kolokani et Kayes-Nioro-du-Sahel ; Le 17 octobre 2025, des dizaines de camions citernes furent détruits dans la région de Bougouni, perturbant les approvisionnements : des files d’attente ont pris forme dans toutes les stations d’essence du Mali. C’est fort de ces assauts répétés qu’en avril dernier, après les attentats qui ont d’ailleurs coûté la vie au général Sadio Camara non moins ministre de la défense, que fut annoncé le blocus de Bamako. Un embargo de 2 mois qui cibla plusieurs des principaux axes menant à la capitale du Mali.

De quoi donner au trajet Conakry-Bamako une importance particulière. Alors que les routes passant par Kayes à l’Ouest et par Sikasso au Sud sont sous pression, l’axe guinéen devient l’une des principales voies alternatives pour ravitailler Bamako. Mais à mesure que le blocus s’étendait, assez de convois ont été attaqués sur cet axe. Il a fallu que l’armée classe toutes les forêts classées de la zone (région du Mandé) pour qu’elle reprenne la main via un méga ratissage.

Pour le JNIM, cette voie représente donc une cible :  si les autres corridors sont perturbés, alors l’essentiel des marchandises et du carburant destinés à Bamako dépendra du port Conakry. Les attaques contre les convois ne visent pas que les transporteurs : elles permettent de perturber l’économie locale et représentent des sources de financements insoupçonnées.  Finalement la Guinée dont le leader vient de vivre un évènement heureux dans son foyer, risque deux choses : voir la menace djihadiste se rapprocher de son territoire, et subir qu’un corridor commercial qui détient le marché du coton malien, soit une cible privilégiée.

KEITA IDRISSA

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