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Investissements au Cameroun : L’API revendique 1 900 milliards FCFA, mais les emplois promis tardent à suivre

Dix ans après la mise en œuvre du régime des incitations à l’investissement privé, l’Agence de promotion des investissements dresse un bilan contrasté. Si les projets agréés affichent un volume global de près de 1 900 milliards de FCFA, les retombées concrètes sur l’emploi et l’équilibre territorial restent en deçà des attentes. Face aux critiques, le gouvernement mise désormais sur un nouveau cadre légal pour renforcer le contrôle des engagements pris par les investisseurs.

Le Cameroun continue d’attirer des investisseurs, mais les chiffres dévoilés par l’Agence de promotion des investissements (API) révèlent un décalage important entre les promesses initiales et les réalisations effectives. Présenté le 26 mai 2026 à Douala, le bilan décennal de l’institution fait état de 453 projets privés agréés depuis 2014, pour un montant total estimé à près de 1 900 milliards de FCFA.

Derrière cette performance apparente se cache toutefois une réalité plus nuancée. Les promoteurs des différents projets avaient annoncé environ 180 000 créations d’emplois au moment de la signature de leurs conventions avec l’État. Or, seulement 40 000 postes auraient effectivement vu le jour à ce jour, soit un taux de réalisation de 22 %. Cet écart alimente les interrogations autour de l’efficacité du dispositif d’incitation mis en place par les autorités camerounaises. Plusieurs observateurs estiment que les avantages fiscaux et douaniers accordés dès la phase d’agrément ne garantissent pas toujours l’exécution réelle des engagements pris par les investisseurs.

Les statistiques communiquées par l’API montrent également une forte dépendance du Cameroun aux investissements directs étrangers. Sur les 1 900 milliards de FCFA recensés, environ 1 250 milliards proviennent de capitaux étrangers, contre seulement 650 milliards injectés par des investisseurs nationaux.

Cette prédominance des IDE traduit les difficultés persistantes du secteur privé camerounais à mobiliser des ressources suffisantes pour porter des projets de grande envergure. Les multinationales et groupes étrangers restent ainsi les principaux moteurs des investissements structurants dans le pays. Pour plusieurs acteurs économiques, cette situation souligne l’urgence de renforcer les mécanismes de financement des entreprises locales afin de favoriser l’émergence d’un tissu industriel national plus compétitif.

Comme lors des précédents exercices, la région du Littoral concentre la majorité des projets validés par l’API. Douala continue de bénéficier de son statut de capitale économique grâce à ses infrastructures portuaires, sa concentration bancaire et la présence des principaux sièges d’entreprises. Cette centralisation des investissements accentue cependant les déséquilibres entre les régions. Malgré les discours officiels sur la décentralisation économique, plusieurs zones du pays peinent encore à attirer des projets industriels d’envergure. Des opérateurs économiques réunis à la Chambre de commerce, d’industrie, des mines et de l’artisanat ont plaidé pour une meilleure répartition géographique des investissements afin de réduire les fractures territoriales et stimuler l’activité économique dans les régions moins industrialisées.

Face aux limites observées, le gouvernement camerounais a adopté, le 18 juillet 2025, une nouvelle ordonnance destinée à réformer le cadre des incitations à l’investissement. Les autorités souhaitent désormais conditionner davantage les avantages accordés aux investisseurs à la réalisation effective de leurs engagements, notamment en matière d’emplois, de transfert de compétences et de technologies. L’API a engagé une campagne de sensibilisation auprès des entreprises afin d’expliquer les nouvelles dispositions. L’objectif affiché est de passer d’une logique centrée sur les intentions d’investissement à une approche fondée sur les résultats concrets.

Mais pour de nombreux investisseurs, l’amélioration du climat des affaires demeure indispensable. Lenteurs administratives, difficultés d’accès au foncier, instabilité réglementaire et pression fiscale figurent encore parmi les principales contraintes évoquées par les opérateurs économiques. Dans un contexte où plusieurs pays africains multiplient les réformes pour séduire les capitaux internationaux, le Cameroun devra convaincre au-delà des annonces. Car désormais, ce ne sont plus les montants agréés qui feront la différence, mais la capacité réelle des projets à transformer durablement l’économie et à créer des emplois.

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