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Exportations de bois : Le Cameroun accélère la transformation locale, mais les grumes tiennent bon

En 2025, les sciages restent le principal produit bois exporté par le Cameroun, malgré un recul sensible des volumes et des recettes. Les grumes, pourtant visées par une fiscalité de plus en plus dissuasive avant leur interdiction annoncée dans la CEMAC d’ici 2028, continuent de conserver une place importante sur les marchés internationaux. Entre baisse de la demande extérieure et volonté de renforcer la transformation locale, les résultats demeurent contrastés.

Le bois scié continue de dominer les exportations forestières camerounaises. D’après les statistiques publiées par l’Institut national de la statistique (INS) sur le commerce extérieur de 2025, le pays a expédié 762 007 tonnes de sciages, générant 157,6 milliards de FCFA de recettes. Même si cette catégorie reste la plus importante dans les ventes de bois à l’international, les performances affichent un net ralentissement.

Sur les cinq dernières années, les volumes exportés oscillaient entre près de 900 000 tonnes et 1,5 million de tonnes, avec des revenus variant entre 170 et 212 milliards de FCFA. Le recul observé en 2025 apparaît donc significatif. En comparaison avec 2024, la baisse dépasse 133 000 tonnes, tandis qu’elle atteint plus de 770 000 tonnes par rapport à 2021. Cette contraction serait principalement liée au ralentissement de la demande en Asie et en Europe, deux marchés majeurs pour les bois camerounais.

Les exportations de bois brut suivent la même tendance baissière, sans toutefois disparaître. En 2025, les ventes de grumes se sont établies à 349 611 tonnes, soit plus de 100 000 tonnes de moins qu’en 2024. Il s’agit du niveau le plus faible enregistré depuis cinq ans. Malgré cette baisse, les grumes continuent de peser dans les échanges extérieurs, alors même que les autorités cherchent depuis plusieurs années à freiner leur exportation. L’objectif est clair : pousser les opérateurs vers la deuxième et la troisième transformation du bois, afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Cette orientation s’inscrit aussi dans la perspective de l’interdiction des exportations de grumes au sein de la CEMAC, attendue au plus tard en 2028.

Pour décourager les exportations de bois brut, le gouvernement a progressivement renforcé la taxation. Entre 2017 et 2024, le droit de sortie appliqué aux grumes est passé de 17,5 % à 75 % de la valeur FOB selon les essences exportées. En valeur relative, cette évolution représente une hausse globale d’environ 350 %, selon les données relayées par le Groupement de la filière bois du Cameroun (GFBC).

Les sciages de première transformation ont également subi une augmentation fiscale, mais plus modérée, estimée à 165 % entre 2016 et 2023. Parallèlement, des mesures d’accompagnement ont été mises en place pour encourager l’investissement industriel. Depuis 2023, les équipements destinés à la transformation du bois bénéficient d’exonérations fiscales. Deux zones industrielles spécialisées, couvrant 224 hectares dans la région de l’Est, ont également été annoncées.

Les premiers effets de cette politique commencent à apparaître, mais les résultats restent nuancés. Entre 2021 et 2025, les exportations de grumes sont passées de 958 300 tonnes à 349 611 tonnes, confirmant une réduction importante. Les sciages ont eux aussi diminué, passant de 919 000 tonnes à 762 007 tonnes sur la même période. En revanche, les produits issus d’une transformation plus avancée progressent lentement. Les placages, par exemple, atteignent 53 511 tonnes en 2025, contre 50 803 tonnes en 2024 et un peu plus de 50 000 tonnes en 2021. Une progression modeste qui montre que la transformation industrielle du bois avance, mais encore à un rythme insuffisant pour compenser pleinement le recul des exportations traditionnelles.

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