Énergie et infrastructures : Le Cameroun mise sur sept barrages pour changer d’échelle électrique
À Yaoundé, le gouvernement a dévoilé un portefeuille de projets hydroélectriques ambitieux destiné à tripler la capacité de production nationale d’ici 2030. Entre partenariats public-privé et vision régionale, le pays veut combler son déficit énergétique et se positionner comme futur exportateur d’électricité.

Le Cameroun déroule une feuille de route énergétique aux allures de chantier titanesque. À l’occasion d’une rencontre avec des bailleurs et investisseurs, les autorités ont présenté sept projets hydroélectriques structurants appelés à porter la capacité installée nationale à 5 000 MW à l’horizon 2030.
Derrière ces annonces, une conviction simple mais décisive : sans énergie abondante et fiable, l’industrialisation reste une promesse fragile. Mines, transformation locale, services modernes… tous ces secteurs dépendent d’un socle électrique robuste. Pour concrétiser cette ambition, l’État mise sur un financement hybride mêlant capitaux privés, prêts concessionnels et mécanismes innovants. L’enveloppe globale recherchée avoisine 21 000 milliards de FCFA sur trois ans, signe d’une mobilisation sans précédent.
Au cœur de ce programme se trouve le projet de Grand Eweng, véritable géant énergétique en devenir. Prévu sur la Sanaga, il devrait à lui seul fournir plus de 1 000 MW, soit une part considérable de la future capacité nationale. Son coût, estimé à près de 1 855 milliards de FCFA, en fait également le projet le plus lourd du portefeuille. Structuré sous forme de concession avec contrat d’achat d’électricité, il symbolise la volonté de l’État d’attirer des investisseurs sur des infrastructures de grande ampleur.
Deux autres projets majeurs, Chollet et Mouila Mougue, viendront renforcer le réseau interconnecté sud. Le premier, sur la Dja, vise une puissance de 600 MW, tandis que le second, sur le Nyong, devrait atteindre 420 MW. Ces aménagements s’inscrivent dans une logique de sécurisation de l’approvisionnement énergétique tout en favorisant le recours aux énergies renouvelables. Ils devraient également soutenir la croissance des zones industrielles environnantes.
D’autres sites, comme Makaï et Katsina Ala, répondent à un objectif d’équilibre du réseau. Le premier, attendu à 400 MW, reste en phase de définition, tandis que le second combine production électrique et développement d’infrastructures, notamment routières. À une échelle plus modeste mais stratégique, les projets de Njock et Ngoila complètent ce dispositif. Outre leur apport en énergie, ils intègrent des retombées locales concrètes, comme l’électrification rurale et la création de nouvelles lignes de transport d’électricité.
Au-delà des barrages, c’est toute l’architecture du réseau qui est repensée. Le gouvernement prévoit de renforcer l’alimentation des grandes villes, d’étendre les lignes haute tension vers l’ouest et de connecter le nord du pays. En ligne de mire : l’interconnexion avec le Tchad, qui ouvrirait la voie à des exportations d’électricité dans la sous-région. Soutenu par des partenaires techniques et financiers, ce virage énergétique pourrait transformer le paysage économique du Cameroun. Reste à relever le défi du financement et de l’exécution, là où se jouent souvent les véritables batailles du développement.



