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GPE : Le Cameroun relance son école des politiques économiques à l’ère de la data

Fragilisé par le retrait de ses bailleurs historiques et plusieurs années de ralentissement, le Programme de formation en gestion de la politique économique (GPE) amorce une nouvelle phase de son développement. L’institution basée à l’Université de Yaoundé II veut désormais redevenir un centre régional de référence grâce à la digitalisation de ses formations, au renforcement des compétences en analyse des données et à une stratégie d’ouverture vers l’Afrique centrale et les Grands Lacs.

Créé en 1999 avec le soutien de partenaires internationaux, le Programme de formation en gestion de la politique économique du Cameroun tente aujourd’hui de retrouver sa place dans le paysage académique sous-régional. Réunis le 6 mai 2026 à Yaoundé, les responsables de l’institution ont dévoilé les grandes lignes d’un plan stratégique couvrant la période 2025-2029, destiné à moderniser son fonctionnement et à renforcer son attractivité. Longtemps identifié comme un vivier de cadres spécialisés en politiques économiques pour l’Afrique francophone, le GPE a traversé une période délicate après l’arrêt des financements extérieurs en 2017. Dès 2018, l’État du Cameroun a repris seul le financement du programme, dans un contexte marqué par une baisse de visibilité et un ralentissement des activités académiques.

Cette phase de transition a profondément affecté le rayonnement de l’établissement entre 2018 et 2021. La nouvelle direction entend désormais tourner cette page en repositionnant le GPE autour des enjeux liés au numérique, à l’analyse des données et à l’évaluation des politiques publiques.

Le numérique comme levier de relance

Au cœur de cette stratégie figure une transformation digitale ambitieuse. Les responsables du programme annoncent la création d’un campus numérique ainsi que la dématérialisation progressive des procédures administratives et académiques.

Une plateforme interactive devrait également être déployée afin de faciliter l’accès aux cours, le suivi des auditeurs et la gestion des ressources pédagogiques. Le GPE prévoit par ailleurs d’étendre les formations hybrides, mêlant enseignement présentiel et cours à distance, afin de toucher un public plus large dans la sous-région. Cette mutation s’accompagne d’un important chantier infrastructurel. De nouveaux espaces d’apprentissage connectés, une médiathèque numérique et un environnement technologique intégré doivent prochainement voir le jour pour accompagner les nouvelles méthodes de formation.

Miser sur la data pour former les futurs décideurs

L’autre axe majeur de cette relance concerne l’évolution de l’offre académique. Le programme veut désormais répondre à la montée des besoins en compétences analytiques au sein des administrations publiques africaines. Le Master « Data, Economics and Development Policy » occupe une place centrale dans ce repositionnement. Cette formation ambitionne de préparer des cadres capables de collecter, traiter et exploiter les données pour la conception et l’évaluation des politiques publiques. Cinq certificats spécialisés devraient également être introduits afin de diversifier l’offre et de mieux répondre aux attentes des administrations et institutions régionales confrontées à l’accélération de la transformation numérique.

Une ambition régionale réaffirmée

Au-delà du Cameroun, le GPE souhaite renouer avec son ancrage régional. L’institution couvre actuellement douze pays, incluant les six États de la Cemac et plusieurs pays de la région des Grands Lacs. Dans cette dynamique, des partenariats académiques sont annoncés, notamment avec l’IEF du Gabon. Le programme entend aussi renforcer son réseau d’anciens auditeurs et multiplier les collaborations avec les institutions publiques et les partenaires techniques.

Cette stratégie intervient dans un contexte où plusieurs pays de la Cemac s’engagent dans des réformes économiques appuyées par le Fonds monétaire international. Pour le GPE, cette conjoncture pourrait accroître la demande en experts capables d’accompagner les transformations économiques et budgétaires en cours. Placée sous la direction du Pr Viviane Ondoua Biwolé depuis 2024, cette nouvelle orientation sera mise en avant lors de la cérémonie de remise des diplômes prévue le 22 mai 2026 à Yaoundé. Un rendez-vous que l’institution veut transformer en vitrine de son ambition retrouvée dans un environnement régional devenu plus compétitif et largement dominé par les enjeux liés à la donnée et à l’innovation numérique.

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