Hausse ciblée des tarifs de l’électricité : Yaoundé prépare un nouveau virage pour les entreprises énergivores
Le gouvernement camerounais envisage une augmentation de 15% du prix de l’électricité pour certains abonnés professionnels en basse tension consommant plus de 220 kWh. Inscrite dans le plan de restructuration de l’ex-Eneo, devenue Socadel, cette mesure vise à réduire les déséquilibres financiers du secteur électrique tout en limitant l’impact sur les ménages et les petites activités économiques.

Le Cameroun pourrait bientôt engager une nouvelle étape dans la réforme de son secteur électrique. Selon des orientations élaborées par le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), une hausse de 15% des tarifs de l’électricité est envisagée pour certains professionnels raccordés en basse tension dont la consommation excède 220 kWh. Le projet, présenté fin avril 2026 aux partenaires financiers du secteur, notamment aux bailleurs impliqués dans le financement du barrage de Nachtigal, s’inscrit dans le vaste chantier de redressement financier de l’ex-Eneo, aujourd’hui rebaptisée Socadel. Les autorités justifient cette option par la nécessité de rapprocher progressivement les tarifs du coût réel de production et de distribution de l’énergie. Depuis 2012, les prix appliqués aux abonnés basse tension n’ont connu aucune révision, alors même que les charges d’exploitation du secteur ont fortement progressé.
Le gel tarifaire a entraîné une hausse continue des compensations supportées par l’État. D’après les projections officielles, celles-ci atteindraient 79 milliards de FCFA en 2025, avant de redescendre à 39 milliards en 2026. Dans le même temps, l’opérateur du secteur ferait face à un déficit structurel estimé à 13 milliards de FCFA chaque mois. Pour le Minee, l’ajustement tarifaire envisagé constituerait un levier essentiel afin d’améliorer les équilibres financiers du secteur. À l’horizon 2028, cette mesure pourrait générer près de 8,7 milliards de FCFA de recettes additionnelles mensuelles. Le gouvernement insiste toutefois sur le caractère ciblé de cette hausse. Les ménages ne seraient pas concernés, tout comme les petits garages, salons de beauté, centres de santé de proximité ou petits commerces considérés comme des consommateurs modestes.
Cette réforme s’inscrit dans une dynamique amorcée depuis plusieurs années sur les segments de moyenne et haute tension. Depuis 2023, l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) mène un ajustement graduel des tarifs appliqués aux industriels afin de les aligner davantage sur les coûts de service. Selon des données proches du dossier, ces révisions auraient déjà permis de dégager plusieurs milliards de FCFA de trésorerie supplémentaire entre 2023 et 2024. Depuis janvier 2024, certains industriels supportent déjà des augmentations comprises entre 5% et 10% selon leur niveau de consommation.
Le calendrier exact de la future hausse en basse tension n’a pas encore été dévoilé. Les autorités évoquent plutôt une montée en charge progressive, accompagnée d’engagements sur la qualité du service. Le plan prévoit notamment une réduction de la durée moyenne des coupures d’électricité par client, mesurée par l’indicateur SAIDI, qui devrait passer de 51,5 heures à 45,8 heures par an d’ici 2027. La fréquence des interruptions, suivie par le SAIFI, devrait également diminuer. Malgré l’augmentation des capacités de production ces dernières années, le patronat continue de dénoncer les difficultés persistantes d’approvisionnement. Le président du Gecam, Célestin Tawamba, souligne que les délestages et l’instabilité du réseau demeurent l’un des principaux freins à l’activité des entreprises camerounaises.
Au-delà de la question tarifaire, le plan de restructuration prévoit d’autres mesures pour restaurer la viabilité financière du secteur. Les autorités misent notamment sur le raccordement de nouveaux industriels, le renforcement de la lutte contre la fraude et l’amélioration du recouvrement des créances publiques. Le document propose également l’introduction, dans la loi de finances 2027, d’un taux nul de TVA sur les consommations allant jusqu’à 220 kWh. Cette disposition permettrait de réduire durablement les charges fiscales supportées par l’opérateur électrique et de limiter les compensations dues par l’État.



