Africa Forward : À Nairobi, Macron veut refonder le partenariat entre la France et l’Afrique
Le président français Emmanuel Macron prendra part, les 11 et 12 mai à Nairobi, au sommet « Africa Forward », organisé conjointement par la France et le Kenya. Cette rencontre inédite, qui réunira plusieurs dirigeants africains, marque une nouvelle tentative de Paris de redéfinir sa relation avec le continent autour des investissements, de l’innovation et des partenariats économiques, dans un contexte de recomposition géopolitique et de tensions persistantes avec certains pays africains.

Près d’une décennie après son discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron entend ouvrir un nouveau chapitre des relations entre la France et les pays africains. Le chef de l’État français participera à Nairobi au sommet « Africa Forward », une plateforme destinée à renforcer les coopérations économiques et stratégiques entre Paris et les capitales africaines. La rencontre, coorganisée avec le Kenya, constitue une première dans l’histoire des grands rendez-vous diplomatiques franco-africains : jamais auparavant un tel sommet n’avait été accueilli et coprésidé par un pays anglophone du continent. Ce choix illustre la volonté française d’élargir son influence au-delà de son espace francophone traditionnel, alors que ses relations avec plusieurs États sahéliens se sont fortement détériorées ces dernières années.
Selon l’Élysée, le forum réunira des chefs d’État, des représentants d’organisations internationales, des investisseurs privés, des entrepreneurs et des acteurs de la société civile autour d’un objectif commun : bâtir des solutions concrètes aux défis économiques et sociaux auxquels font face les pays africains.
Innovation, énergie et numérique au cœur des échanges
Placée sous le thème « Partenariats pour l’innovation et la croissance », cette édition mettra l’accent sur plusieurs secteurs jugés stratégiques. Les discussions porteront notamment sur la transition énergétique, l’industrialisation verte, la santé, l’intelligence artificielle, l’agriculture durable ou encore le développement des infrastructures numériques.
Paris souhaite également promouvoir une réforme de l’architecture financière internationale afin de faciliter l’accès des pays africains aux financements nécessaires à leur développement. Les questions liées à la souveraineté alimentaire et à la connectivité devraient aussi occuper une place importante dans les travaux. Pour la France, ce sommet représente surtout une opportunité d’encourager les investissements croisés avec le continent africain. Les autorités françaises mettent en avant un modèle de coopération davantage orienté vers les partenariats économiques que vers les approches politiques ou sécuritaires qui ont longtemps dominé les relations franco-africaines.
Une offensive diplomatique dans un contexte de concurrence accrue
L’initiative intervient à un moment où les puissances étrangères multiplient les offensives diplomatiques et commerciales en Afrique. Face à la montée en puissance de la Chine, de la Turquie, des pays du Golfe ou encore de la Russie, Paris tente de préserver ses positions économiques sur un continent devenu un terrain majeur de compétition internationale.
Les échanges commerciaux illustrent déjà ce basculement des priorités françaises. En 2024, le Nigeria est devenu le premier partenaire commercial africain de la France, devant l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. Cette évolution traduit un intérêt croissant pour les grandes économies anglophones du continent. La France cherche aussi à consolider ses liens avec des partenaires émergents. Lors de la visite du président angolais João Lourenço à Paris en 2025, plusieurs accords d’investissements avaient été annoncés pour un montant dépassant 400 millions d’euros.
Une tournée africaine aux accents géopolitiques
Le déplacement d’Emmanuel Macron en Afrique ne se limitera pas au sommet de Nairobi. Avant son arrivée au Kenya, le président français effectuera une visite en Égypte, où il inaugurera l’Université Senghor de la Francophonie à Alexandrie aux côtés du président Abdel Fattah al-Sissi.
Après le sommet, il se rendra en Éthiopie pour une visite au siège de l’Union africaine, une première depuis son accession au pouvoir en 2017. Il doit également participer à une rencontre avec les responsables de l’Union africaine et des Nations unies afin d’évoquer les crises sécuritaires et politiques qui traversent le continent. À travers cette séquence diplomatique, Paris tente de projeter l’image d’un partenaire désireux de renouer avec l’Afrique sur des bases plus pragmatiques, tournées vers la croissance, l’innovation et les intérêts mutuels. Une ambition qui devra toutefois convaincre des partenaires africains de plus en plus exigeants sur la nature de leurs alliances internationales.



