Cuivre : Pourquoi les tensions sur l’offre ne suffisent plus à faire exploser les prix
Malgré des perturbations majeures touchant plusieurs grands bassins de production, le marché mondial du cuivre reste étonnamment stable depuis le début de l’année. Entre ralentissement de la demande, crise géopolitique et pénurie d’acide sulfurique, producteurs et investisseurs évoluent désormais dans un équilibre fragile où les hausses de prix ne suivent plus automatiquement les chocs d’offre.

Le marché du cuivre traverse une phase paradoxale. Alors que les tensions s’accumulent sur l’approvisionnement mondial, les prix du métal rouge peinent à retrouver les sommets atteints en janvier dernier, lorsque la tonne avait dépassé les 14 000 dollars pour la première fois de son histoire. Depuis ce pic spectaculaire, les cours évoluent dans une relative stabilité, oscillant autour de 13 500 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME). Une situation qui contraste avec les difficultés rencontrées par plusieurs producteurs majeurs.
En Indonésie, PT Freeport Indonesia a revu à la baisse ses ambitions pour 2026. L’exploitant de la gigantesque mine de Grasberg ne vise plus qu’une production de 700 millions de livres de cuivre, contre un milliard initialement annoncé. Le site peine toujours à se remettre de la coulée de boue meurtrière survenue en septembre 2025, qui avait provoqué l’arrêt brutal des opérations. La reprise complète du complexe minier, attendue autrefois pour fin 2027, ne devrait désormais intervenir qu’au début de l’année 2028.
Au-delà des difficultés propres à Grasberg, l’industrie mondiale du cuivre doit faire face à une autre menace : la raréfaction de l’acide sulfurique, indispensable pour extraire le cuivre des minerais oxydés via la lixiviation. La fermeture quasi-totale du détroit d’Ormuz au trafic de soufre a fortement perturbé les chaînes d’approvisionnement internationales. Or, près d’un cinquième de la production mondiale dépend directement de ce procédé.
L’impact est particulièrement sensible en Afrique australe et centrale. La RDC et la Zambie, deux acteurs majeurs du cuivre africain, voient leurs approvisionnements fragilisés. Le Chili, premier producteur mondial, subit également les restrictions imposées par la Chine sur les exportations d’acide sulfurique. Dans un contexte classique, une telle accumulation de perturbations aurait provoqué une envolée des cours. Pourtant, le marché reste étonnamment contenu.
Cette résistance des prix s’explique principalement par le ralentissement attendu de la demande mondiale. Les inquiétudes liées aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et au ralentissement économique international pèsent lourdement sur les perspectives industrielles. L’International Copper Study Group (ICSG) a récemment abaissé ses prévisions de croissance de la demande mondiale de cuivre pour 2026, désormais estimée à 1,6 %, contre 2,1 % auparavant.
Dans le même temps, l’organisation ne prévoit plus de déficit majeur sur le marché du cuivre raffiné. Au contraire, elle table désormais sur un excédent proche de 96 000 tonnes cette année. Autrement dit, les craintes sur l’offre sont actuellement compensées par un essoufflement de la consommation mondiale. Un équilibre précaire qui limite mécaniquement les tensions sur les prix.
Pour les économies africaines dépendantes du cuivre, la situation représente autant une opportunité qu’un risque. La Banque mondiale prévoit une hausse moyenne des prix de 21 % en 2026 avant un recul attendu dès 2027. Des niveaux élevés qui pourraient offrir des recettes supplémentaires importantes à la RDC et à la Zambie, où le cuivre constitue une ressource stratégique pour les exportations et les finances publiques.
Mais cet avantage reste vulnérable. Les difficultés d’approvisionnement en acide sulfurique pourraient réduire les volumes produits et effacer une partie des gains liés à la hausse des cours. Le marché mondial du cuivre se retrouve ainsi suspendu entre deux forces opposées : une production fragilisée par les crises logistiques et géopolitiques, et une demande mondiale freinée par les incertitudes économiques. Un bras de fer dont dépendra l’évolution des prix dans les prochains mois.



