Maïs : Yaoundé stoppe les importations pour sauver les producteurs locaux
Face à l’accumulation de stocks invendus chez les producteurs camerounais de maïs, le gouvernement a décidé de suspendre les importations du grain. Réunis autour du ministre du Commerce, les différents acteurs de la filière ont également convenu de plusieurs mesures destinées à écouler la production nationale et à éviter une nouvelle crise de déséquilibre du marché.

Dans la filière maïs, le scénario habituel est presque immuable : baisse des disponibilités locales, flambée des prix et recours aux importations pour couvrir le déficit. Mais cette année, la situation a pris une tournure inattendue. Alors que des cargaisons de maïs importé continuent d’entrer sur le marché camerounais, de nombreux producteurs locaux peinent désormais à écouler leurs récoltes. Cette inversion de tendance a rapidement suscité des inquiétudes au sein des pouvoirs publics. Car au-delà de la crise commerciale qui menace les producteurs, la situation apparaît en contradiction avec les ambitions nationales de promotion du « produire local », inscrites dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30).
Pour tenter de désamorcer la crise, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a présidé le 13 mai 2026 à Yaoundé une réunion de concertation regroupant plusieurs administrations et opérateurs économiques de la filière. Autour de la table figuraient notamment des représentants du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), de la Direction générale des Douanes, des sociétés importatrices ainsi que des acteurs de la production et de la transformation du maïs. L’objectif de la rencontre était d’identifier les causes de cette saturation du marché et de trouver des solutions rapides pour protéger les producteurs nationaux.
Selon les explications fournies durant les échanges, des autorisations d’importation ont été accordées ces derniers mois en l’absence de données fiables sur les volumes réellement disponibles dans le pays. Les autorités ne disposaient ni d’une estimation précise de la production nationale ni d’informations actualisées sur les stocks détenus par les producteurs. Cette faiblesse du système d’information a favorisé un afflux de maïs importé au moment même où les récoltes locales arrivaient sur le marché, provoquant ainsi un engorgement inédit.
Au terme des discussions, plusieurs mesures d’urgence ont été arrêtées. La plus importante concerne la suspension immédiate des importations de maïs, mesure qui sera mise en œuvre par le ministère des Finances à travers la Direction générale des Douanes. Parallèlement, le Minader a reçu pour mission d’évaluer les stocks actuellement détenus par les producteurs afin d’identifier des solutions d’écoulement rapides.
Les autorités envisagent également de mobiliser des structures spécialisées, notamment l’Office céréalier et certains opérateurs privés comme la Compagnie Fermière Camerounaise, pour acheter et stocker une partie de la production disponible. Autre piste retenue : l’encadrement des importations de poussins d’un jour, d’œufs à couver et de parentaux. Ces segments de l’élevage avicole étant de grands consommateurs de maïs, leur dynamisation pourrait contribuer à absorber une partie des stocks accumulés.
Au-delà de la réponse immédiate à la crise, le gouvernement estime que cet épisode révèle des insuffisances structurelles dans l’organisation de la filière maïs. Les autorités pointent notamment l’absence d’un véritable cadre interprofessionnel capable de centraliser les données, de coordonner les acteurs et d’anticiper les déséquilibres du marché. Le ministre du Commerce a ainsi appelé producteurs, importateurs et distributeurs à mettre en place une interprofession forte afin d’améliorer la circulation de l’information et la régulation du secteur. À travers ces décisions, l’exécutif entend surtout renforcer sa politique d’import-substitution et réduire progressivement la dépendance du Cameroun aux marchés extérieurs pour les produits agricoles stratégiques.



