Coton : La Sodecoton parie sur une récolte historique malgré la pression climatique
La Société de développement du coton (Sodecoton) table sur une production de 440 000 tonnes de coton graine pour la campagne 2025-2026. Une ambition inédite pour la filière camerounaise, portée par les objectifs de la SND30. Mais entre pluies destructrices, invasion de jassides et baisse des rendements, le secteur reste exposé à de fortes turbulences qui pourraient freiner cette dynamique.

Le Cameroun pourrait franchir un cap historique dans sa production cotonnière. Selon les projections de la Sodecoton, la campagne 2025-2026 pourrait s’achever sur une récolte de 440 000 tonnes de coton graine. Un volume jamais enregistré jusque-là dans le pays et supérieur de près de 100 000 tonnes à celui de l’année précédente. Cette perspective s’inscrit dans la stratégie de montée en puissance de la filière voulue par les autorités publiques.
À travers la Stratégie nationale de développement 2020-2030, le gouvernement vise une production de 600 000 tonnes à l’horizon 2029 afin de renforcer les exportations agricoles et consolider les revenus ruraux dans les régions septentrionales. Avec plusieurs centaines de milliers de producteurs impliqués dans la culture du coton, la filière demeure un pilier économique du nord du pays. Elle contribue significativement aux recettes d’exportation hors hydrocarbures et constitue une source essentielle de revenus pour de nombreuses familles rurales.
Derrière ces ambitions se cache toutefois une réalité plus fragile. La Sodecoton alerte sur l’impact croissant des dérèglements climatiques dans les bassins de production. Les fortes précipitations enregistrées entre août et septembre provoquent régulièrement des inondations qui détruisent des parcelles entières. Lors d’une présentation consacrée à la filière à Garoua, le directeur de la production agricole de l’entreprise, M. Nadama, a rappelé que les dégâts observés ces dernières années ont considérablement réduit les superficies exploitées. Entre 2023 et 2025, les surfaces cultivées sont passées de 234 000 à 197 000 hectares. La campagne 2024 a été particulièrement difficile. Environ 11 000 hectares ont été totalement ravagés, tandis que 17 000 autres ont subi des dommages partiels.
À ces difficultés climatiques s’ajoute la prolifération des jassides, des insectes ravageurs qui attaquent directement les plants de coton. Leur progression affecte fortement les rendements agricoles et fragilise davantage les producteurs. Le rendement moyen est ainsi tombé de 1 600 kilogrammes à 1 300 kilogrammes par hectare. Cette baisse de productivité représente un manque à gagner estimé à plus de 10 milliards de FCFA chaque année pour la filière. Les conséquences se répercutent également sur le financement agricole. De nombreux producteurs éprouvent des difficultés à rembourser les crédits obtenus au début des campagnes. Les impayés cumulés atteignent désormais près de 2 milliards de FCFA.
Malgré ces contraintes, le coton conserve une place centrale dans l’économie camerounaise. La culture cotonnière représente environ 6 % des exportations hors pétrole et plus de 14 % du produit intérieur brut de la branche agriculture d’exportation. Pour la Sodecoton, le défi consiste désormais à sécuriser durablement la production face aux chocs climatiques et phytosanitaires. Car dans les plaines cotonnières du nord Cameroun, chaque saison agricole ressemble désormais à une course contre les caprices du ciel et les armées invisibles d’insectes.



