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Banques : L’État camerounais prend les commandes de Société Générale Cameroun et prépare la mutation vers GBC

Le rachat par l’État du Cameroun de la majorité des parts de Société Générale Cameroun marque un tournant majeur dans le paysage bancaire national. Rebaptisée General Bank of Cameroon (GBC), l’ancienne filiale du groupe français entre dans une nouvelle phase de son histoire, sur fond de recomposition stratégique du secteur financier et de montée en puissance de l’actionnariat public.

Le secteur bancaire camerounais vient de franchir une nouvelle étape avec la finalisation du rachat de Société Générale Cameroun par l’État. L’opération, officialisée le 12 mai 2026 lors d’une cérémonie présidée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, consacre le passage sous contrôle public de l’une des principales banques du pays. À l’issue de cette transaction, la banque change d’identité et devient officiellement General Bank of Cameroon (GBC). Le gouvernement camerounais détient désormais 83,68 % du capital, après avoir acquis les 58,08 % jusque-là détenus par le groupe français Société Générale. Cette opération, évaluée à 129 milliards de FCFA TTC, vient s’ajouter aux parts que l’État possédait déjà dans l’établissement. Le reste du capital demeure entre les mains de SanlamAllianz.

Les autorités camerounaises insistent sur le caractère maîtrisé de cette transition. Selon le ministère des Finances, l’objectif principal est d’éviter toute perturbation des activités de la banque et de préserver la confiance des déposants. Les responsables gouvernementaux assurent ainsi que les services bancaires continueront de fonctionner normalement, sans interruption pour les clients. Les systèmes informatiques, les plateformes numériques ainsi que les opérations courantes devraient être maintenus dans les mêmes conditions durant toute la période de transition. Cette prise de contrôle intervient après l’approbation de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), qui avait délivré son avis de non-objection à la fin du mois d’avril 2026, ouvrant la voie à la conclusion définitive du processus engagé depuis plus d’un an.

Avant cette cession, Société Générale Cameroun affichait encore des indicateurs financiers jugés robustes. L’établissement revendiquait des fonds propres nets de 138 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, avec un ratio de couverture des risques supérieur aux exigences réglementaires imposées aux banques systémiques de la Cemac. La banque présentait également un niveau de liquidité largement au-dessus du minimum requis par le régulateur. Des éléments que les autorités mettent en avant pour rassurer les marchés et les clients sur la stabilité de l’institution. Cependant, malgré cette solidité financière, la banque a progressivement perdu du terrain sur le marché local. En 2025, elle a cédé sa place de deuxième banque du pays en matière de dépôts au profit d’AFG Bank Cameroun. Ses dépôts ont enregistré une baisse notable, même si leur volume reste supérieur à 1 000 milliards de FCFA. Sur le segment du crédit, l’établissement conserve néanmoins une position importante avec environ 12 % de parts de marché.

Si l’État devient aujourd’hui l’actionnaire ultra-majoritaire de GBC, plusieurs signaux indiquent que cette présence pourrait ne pas être définitive. Dès la signature de l’accord de cession en juillet 2025, le gouvernement évoquait déjà la possibilité d’ouvrir ultérieurement le capital à des investisseurs stratégiques, nationaux comme internationaux. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où certains partenaires financiers du Cameroun encouragent une réduction progressive de la présence de l’État dans les banques commerciales. Ces dernières années, Yaoundé est déjà intervenu dans plusieurs établissements financiers afin d’en stabiliser l’activité, notamment UBC, NFC Bank et CBC.

Avec le dossier GBC, l’exécutif semble donc privilégier une logique de transition : sécuriser le retrait du groupe Société Générale, préserver la continuité des opérations, puis préparer, à moyen terme, une nouvelle recomposition de l’actionnariat. Une séquence qui pourrait redéfinir durablement les équilibres du système bancaire camerounais.

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