Cohésion nationale : Le Minpostel renforce son front anti-haine avec l’entrée de One Nation dans sa coalition digitale
À quelques jours de la célébration du 20 mai, le ministère des Postes et Télécommunications et l’association One Nation ont officialisé un partenariat destiné à lutter contre les discours tribalistes et discriminatoires sur Internet. À travers campagnes numériques, formations et contenus viraux, les deux partenaires veulent déplacer la bataille de l’unité nationale au cœur des réseaux sociaux, devenus l’un des principaux foyers de tensions communautaires au Cameroun.

Le combat contre les discours haineux en ligne franchit une nouvelle étape au Cameroun. Le 12 mai 2026 à Yaoundé, le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) et l’association One Nation ont signé une convention de partenariat visant à intensifier la lutte contre les contenus tribalistes, discriminatoires et stigmatisants qui prolifèrent sur les plateformes numériques. Cette alliance intervient dans un contexte marqué par une montée des affrontements verbaux sur les réseaux sociaux, où les débats politiques, sociaux ou identitaires dégénèrent régulièrement en attaques communautaires. Pour les autorités, il devient urgent de contenir ces dérives avant qu’elles ne fragilisent davantage le tissu social.
Avec cette convention, One Nation rejoint officiellement la coalition nationale mise en place par le Minpostel pour promouvoir un usage responsable des réseaux sociaux. L’organisation apporte dans ce dispositif une expertise déjà construite autour de la prévention des discours de haine. Son président, François Bambou, explique que l’objectif est d’occuper le même terrain que les auteurs de contenus toxiques : celui du numérique. L’association prévoit notamment la diffusion de capsules digitales courtes, de campagnes virales et de messages de sensibilisation adaptés aux usages des internautes camerounais.
Facebook, TikTok, WhatsApp et plusieurs plateformes communautaires seront au cœur de cette stratégie de communication. L’idée est simple : utiliser les codes des réseaux sociaux pour promouvoir la tolérance, la responsabilité et le vivre-ensemble, plutôt que laisser l’espace numérique devenir une caisse de résonance des fractures sociales. Les initiateurs du projet misent surtout sur des formats rapides et facilement partageables, capables de toucher les jeunes publics, particulièrement exposés aux contenus polarisants.
Au sein de la coalition, One Nation se voit attribuer une mission précise : combattre les discours à caractère tribal, ethnique ou discriminatoire. L’association ne prétend pas couvrir l’ensemble des problématiques liées à la cybersécurité, mais concentre son action sur les messages qui alimentent les divisions communautaires. Pour le Minpostel, le danger dépasse désormais le simple cadre des échanges virulents entre internautes. Les autorités considèrent que certains contenus diffusés en ligne participent à la fragmentation du corps social en opposant régions, langues ou appartenances ethniques.
Dans cette perspective, les réseaux sociaux apparaissent comme un nouvel espace où se joue la cohésion nationale. Les campagnes de désinformation, les insultes identitaires et les appels à la stigmatisation y circulent à grande vitesse, amplifiés par les mécanismes de viralité propres aux plateformes numériques. Le partenariat signé à Yaoundé traduit ainsi une volonté de répondre à ces phénomènes par des actions préventives plutôt que par la seule répression.
Au-delà des campagnes digitales, le programme prévoit un important volet éducatif. Les actions cibleront les élèves, les étudiants, les jeunes internautes, les professionnels des médias, les leaders communautaires ainsi que les organisations de la société civile. Des ateliers, séminaires et sessions de sensibilisation seront organisés dans plusieurs espaces éducatifs et sociaux. Le partenariat prévoit également des activités de plaidoyer auprès des autorités publiques et des responsables religieux afin de promouvoir un discours plus apaisé dans l’espace public. Pour One Nation, cette approche pédagogique reste essentielle. L’association estime que la lutte contre la haine en ligne ne peut produire des résultats durables sans un travail de fond sur les comportements numériques et la responsabilité citoyenne.
La signature de cette convention intervient à la veille de la 54e édition de la Fête nationale, célébrée cette année sous le thème de l’unité nationale comme socle du développement du Cameroun. Le timing n’a rien d’anodin. Au cours de la cérémonie, les responsables ont rappelé que les appels à la vigilance contre le tribalisme ne datent pas de l’ère numérique. Une citation du président Paul Biya, prononcée en 1983 à Douala, a été remise au centre des échanges pour souligner la permanence des menaces pesant sur la cohésion nationale.
Quatre décennies plus tard, les outils ont changé, mais les tensions demeurent. Désormais, elles se propagent à la vitesse d’un partage, d’une vidéo virale ou d’un message relayé dans des groupes de discussion. Face à cette nouvelle réalité, le gouvernement et ses partenaires associatifs veulent installer un contre-discours capable de défendre l’unité nationale jusque dans les arènes numériques où se forgent aujourd’hui les opinions et les clivages.



