Cameroun : Le prêt commercial de 100 milliards FCFA adossé à Natixis reste suspendu à l’aval de la Banque mondiale
Malgré l’inscription du dossier dans les circuits internes de la MIGA, la ligne de financement négociée entre l’État camerounais et la banque française Natixis n’a toujours pas franchi l’étape décisive de validation. Ce mécanisme de trésorerie, conçu pour soutenir des paiements liés à plusieurs secteurs prioritaires, devait initialement être mobilisé sur une courte période avant remboursement rapide.

Le Cameroun attend encore le feu vert définitif pour mobiliser une ligne de financement commercial d’environ 100 milliards de Fcfa auprès de la banque française Natixis. L’opération repose sur une garantie de l’Agence multilatérale de garantie des investissements, bras du Groupe de la Banque mondiale chargé de couvrir les risques liés aux investissements et financements internationaux. Alors que plusieurs documents internes de la MIGA évoquent depuis des mois ce montage financier, le processus n’a pas encore abouti. Selon Elisabeth Howton, responsable de la communication pour le pôle pauvreté et équité de la Banque mondiale, le projet n’a ni n’été approuvé par le conseil d’administration de l’institution ni signé avec les autorités camerounaises.
Le dispositif envisagé s’apparente à une facilité de « trade finance », généralement utilisée pour soutenir des transactions commerciales internationales ou le règlement de fournisseurs. Dans le cas camerounais, les ressources devaient permettre de financer des dépenses liées notamment à l’agriculture, aux infrastructures hydrauliques, à l’approvisionnement en eau et aux transports. D’après les documents consultés auprès de la MIGA, l’objectif est également d’aider le ministère des Finances à mieux gérer ses besoins de liquidité dans un contexte marqué par un accès plus difficile aux financements extérieurs. La garantie de la MIGA devait ainsi sécuriser l’exposition de Natixis en couvrant le risque de défaut de paiement de l’État.
Contrairement à un emprunt souverain classique, cette facilité financière était conçue comme un instrument de trésorerie à durée limitée. Le schéma initial prévoyait un remboursement avant la fin de l’année 2025, avec une maturité maximale d’un an et la possibilité de prolongations sous conditions. En 2025, Samuel Tela, directeur de la trésorerie au ministère des Finances, expliquait publiquement que cette ligne devait permettre de combler une tension temporaire de trésorerie observée entre mai et août, période de fortes sollicitations budgétaires et de moindres recettes fiscales. Mais le calendrier semble désormais dépassé. Plus d’un an après l’apparition du projet dans les documents de la MIGA, aucun décaissement n’a encore été officialisé.
La confusion autour du dossier provient notamment d’une date d’approbation mentionnée dans certaines publications de la MIGA, fixée au 25 mai 2025. Cette indication a alimenté l’idée d’un accord déjà validé. En réalité, le projet reste répertorié sous le statut « Proposed », une catégorie qui correspond à des opérations encore en cours d’examen interne. Dans la mécanique institutionnelle du Groupe de la Banque mondiale, cela signifie que le dossier a atteint un niveau avancé d’instruction, sans toutefois avoir franchi toutes les étapes juridiques et administratives nécessaires à sa mise en œuvre. Pour Yaoundé, ce retard prolonge l’attente autour d’un financement présenté comme stratégique pour soutenir la gestion de la trésorerie publique dans un environnement international où les conditions de financement deviennent de plus en plus serrées.



