Kribi Industrial Port Zone : Les premiers jalons d’un projet appelé à redessiner l’économie camerounaise
Quatre mois après le démarrage effectif de ses activités, Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) dévoile les contours de sa stratégie de développement. Présenté lors du Salon Promote 2026, ce projet industriel d’envergure, adossé au port en eau profonde de Kribi, ambitionne de devenir l’un des principaux moteurs de la transformation industrielle du Cameroun et de l’intégration économique en Afrique centrale. Entre structuration interne, mobilisation des financements, défis de connectivité et sécurisation des infrastructures énergétiques, les promoteurs affichent leur confiance malgré les nombreux défis à relever.

À peine quatre mois après sa mise en route opérationnelle, Kribi Port Industrial Zone (KPIZ) cherche déjà à convaincre les investisseurs, les opérateurs économiques et les pouvoirs publics de son potentiel transformateur. Lors d’une conférence organisée dans le cadre du Salon Promote 2026, les dirigeants de cette nouvelle société ont présenté l’état d’avancement du projet ainsi que les ambitions qui l’accompagnent. La rencontre a réuni plusieurs personnalités de premier plan, parmi lesquelles Yves Roger Melingui, directeur général de KPIZ, Patrice Melom, président du conseil d’administration de la société et directeur général du Port autonome de Kribi (PAK), ainsi que Léandre Bassolé, directeur général de la Banque africaine de développement (BAD) pour l’Afrique centrale. Le message délivré par les différents intervenants est clair : la future zone industrielle intégrée de Kribi est appelée à devenir un levier majeur de croissance, d’industrialisation et de création d’emplois pour le Cameroun et la sous-région.
Un projet en phase de consolidation
Pour ses premiers mois d’existence, KPIZ a concentré ses efforts sur la mise en place de son organisation institutionnelle et opérationnelle. Selon sa direction générale, l’objectif est d’installer les fondations administratives et techniques nécessaires au déploiement du projet. Parallèlement, l’entreprise doit gérer un héritage déjà existant. Contrairement à certains projets industriels développés à partir de terrains vierges, la zone industrielle de Kribi accueille déjà plusieurs opérateurs actifs dans les secteurs logistiques et industriels. Leur intégration progressive dans le nouveau dispositif constitue un chantier important pour la jeune structure. Une autre priorité concerne la maturation technique du projet. Les études détaillées, notamment environnementales et sociales, sont actuellement en cours afin de permettre le passage vers une phase d’exécution plus avancée. Ces travaux doivent également rassurer les bailleurs de fonds et les investisseurs potentiels sur la viabilité du programme.
L’enjeu crucial du financement
L’un des défis majeurs demeure la mobilisation des ressources financières. Le projet global représente un investissement évalué à près de 795 millions d’euros, soit plus de 521 milliards de FCFA. La première phase, estimée à environ 262 milliards de FCFA, devrait bénéficier de l’appui de plusieurs partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement, l’Union européenne à travers son initiative Global Gateway, ainsi que l’International Finance Corporation (IFC). Cette architecture financière traduit l’intérêt croissant des institutions internationales pour les infrastructures industrielles africaines. Pour les bailleurs, l’objectif n’est plus seulement de financer des équipements portuaires ou routiers, mais de soutenir des écosystèmes industriels capables de générer de la valeur ajoutée locale.
Analyse économique
Le modèle porté par KPIZ s’inscrit dans une tendance mondiale consistant à associer infrastructures portuaires et zones industrielles intégrées. Cette approche vise à réduire les coûts logistiques, attirer les investisseurs manufacturiers et favoriser la transformation locale des matières premières. Pour le Cameroun, l’enjeu est stratégique. Le pays cherche depuis plusieurs décennies à réduire sa dépendance aux exportations de produits bruts. Une zone industrielle performante pourrait permettre de développer des activités de transformation du bois, des produits agricoles, des minerais ou encore des matériaux de construction destinés aux marchés régionaux et internationaux.
Un atout foncier et logistique rare en Afrique
Pour la Banque africaine de développement, l’un des principaux avantages compétitifs de KPIZ réside dans sa proximité immédiate avec le port en eau profonde de Kribi. À l’échelle internationale, les zones économiques les plus performantes sont généralement situées à proximité directe des infrastructures de transport majeures. À Kribi, cette intégration est particulièrement poussée puisque les espaces industriels sont directement connectés au complexe portuaire.
La superficie constitue également un facteur différenciant. Alors que de nombreuses zones industrielles performantes dans le monde s’étendent sur quelques centaines d’hectares, KPIZ dispose d’un potentiel foncier de plus de 4 000 hectares, avec des possibilités d’extension à l’intérieur du vaste domaine portuaire de Kribi. Cette disponibilité foncière représente un avantage important dans un contexte où de nombreux pays africains peinent à offrir de grands espaces industriels aménagés et sécurisés.
La connectivité, condition du succès
Malgré ces atouts, plusieurs observateurs estiment que le véritable test du projet se jouera sur la qualité de ses connexions avec le reste du pays et de la sous-région. Une zone industrielle performante ne peut prospérer sans corridors logistiques efficaces. La question des routes et du chemin de fer demeure donc centrale. Les autorités misent sur plusieurs projets structurants, notamment la réhabilitation de l’axe Edéa-Kribi et la réalisation de la liaison Ebolowa-Akom II-Kribi. Ces infrastructures doivent permettre au port de renforcer sa vocation régionale en facilitant les échanges avec les pays enclavés d’Afrique centrale.
Analyse économique
L’amélioration des dessertes pourrait avoir un impact significatif sur la compétitivité du Cameroun. Une réduction des délais et des coûts de transport favoriserait l’implantation d’industries exportatrices et renforcerait l’attractivité du pays face à la concurrence d’autres plateformes logistiques africaines. À terme, Kribi pourrait devenir un point d’entrée privilégié pour les marchandises destinées au Tchad, à la République centrafricaine ou encore au nord du Congo.
L’énergie, autre pilier de la compétitivité
Les promoteurs de KPIZ considèrent la disponibilité énergétique comme un préalable indispensable au développement industriel. Les responsables du Port autonome de Kribi assurent que les capacités de production et de distribution prévues permettront de répondre aux besoins futurs des entreprises. Une puissance initiale de 120 MW serait disponible dès cette année, avec une possibilité d’extension jusqu’à 400 MW. L’approvisionnement en eau ainsi que le déploiement d’infrastructures numériques font également partie des investissements destinés à renforcer l’attractivité du site.
Vers un nouveau pôle de croissance ?
Au-delà des infrastructures, le succès de KPIZ dépendra de sa capacité à attirer durablement des industriels capables de créer des emplois et de développer des chaînes de valeur locales. Les projections avancées par les promoteurs évoquent une contribution significative à la croissance économique nationale sur les quinze prochaines années. Si ces ambitions se concrétisent, Kribi pourrait devenir l’un des principaux pôles industriels d’Afrique centrale.
Toutefois, les experts rappellent que les infrastructures, aussi performantes soient-elles, ne suffisent pas à elles seules. La qualité de la gouvernance, la stabilité réglementaire, la rapidité des procédures administratives et la compétitivité du climat des affaires demeureront des facteurs déterminants. À ce stade, KPIZ apparaît comme l’un des projets économiques les plus ambitieux lancés au Cameroun ces dernières années. Son évolution sera suivie de près, tant par les investisseurs que par les acteurs publics, car elle pourrait servir de référence pour les futures initiatives industrielles du pays.



