Au G7 : William Ruto défend une nouvelle doctrine financière pour l’Afrique fondée sur les garanties de risque
Face aux dirigeants des principales puissances industrialisées réunis en France, le président kényan William Ruto a plaidé pour un changement de paradigme dans les relations financières entre l’Afrique et ses partenaires internationaux. Selon lui, le continent ne manque pas de ressources financières, mais d’instruments capables de sécuriser les investissements et de transformer l’épargne disponible en projets productifs à long terme.

Lors du sommet du G7 tenu le 16 juin à Évian, le président du Kenya a porté un message qui reflète une évolution croissante de la pensée économique africaine. Plutôt que de solliciter davantage d’aide publique au développement, William Ruto a invité les pays du G7 à soutenir la mise en place de mécanismes de garanties financières permettant de réduire les risques perçus sur les investissements africains.
Cette approche repose sur un constat simple : malgré les besoins importants en infrastructures, en énergie ou en logements, l’Afrique dispose déjà d’importantes ressources financières. Selon les estimations avancées par le dirigeant kényan, les banques, compagnies d’assurance, fonds souverains et fonds de pension du continent contrôlent plus de 4 000 milliards de dollars d’actifs. Le défi consiste donc moins à trouver de nouveaux financements qu’à créer les conditions nécessaires pour orienter ces capitaux vers des investissements de long terme.
Le coût du risque, principal frein à l’investissement
L’un des obstacles majeurs à la mobilisation de cette épargne demeure la perception du risque africain sur les marchés financiers internationaux. Dans de nombreux pays du continent, les États et les entreprises continuent d’emprunter à des taux nettement supérieurs à ceux observés dans des économies présentant pourtant des fondamentaux comparables. Cette situation renchérit considérablement le financement des infrastructures et limite la capacité des gouvernements à investir dans des secteurs stratégiques.
Pour les économistes, les garanties constituent un levier efficace pour corriger cette anomalie. En couvrant une partie des risques liés à un projet, elles permettent de rassurer les investisseurs et d’abaisser le coût du capital. L’effet de levier peut être considérable : quelques millions de dollars de garanties peuvent parfois mobiliser plusieurs centaines de millions de dollars d’investissements privés.
La NAFAD, une architecture financière pensée pour l’autonomie africaine
Le plaidoyer de William Ruto s’inscrit dans la dynamique lancée lors de l’Africa Forward Summit organisé à Nairobi en mai dernier. Cette rencontre a notamment mis en avant la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), une initiative destinée à mobiliser davantage l’épargne locale grâce à des dispositifs d’assurance et de partage des risques. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance du continent aux financements extérieurs tout en renforçant le rôle des institutions financières africaines. Des structures spécialisées, à l’image de l’assureur panafricain ATIDI, sont appelées à jouer un rôle central dans ce dispositif.
Un nouveau partenariat avec les puissances mondiales
Au-delà de la question financière, le discours du président kényan traduit une volonté politique plus large : repositionner l’Afrique comme un acteur économique incontournable plutôt que comme un bénéficiaire permanent de l’assistance internationale. Cette stratégie intervient dans un contexte de concurrence accrue entre partenaires internationaux, notamment les pays occidentaux, la Chine et les États du Golfe, qui cherchent à renforcer leur présence économique sur le continent.
Toutefois, la concrétisation de cette vision dépendra de la capacité des institutions africaines à mobiliser rapidement des capitaux et à convaincre les partenaires internationaux de soutenir ces mécanismes innovants. À ce stade, aucun engagement financier majeur n’a été annoncé par le G7. Les prochains mois seront donc déterminants pour mesurer si cet appel à une finance du développement davantage fondée sur la confiance et le partage du risque se traduit par des actions concrètes. L’enjeu est considérable : permettre à l’Afrique de financer elle-même une part croissante de sa transformation économique et de faire de son abondante épargne un moteur durable de croissance.



