Riz en Afrique : La bataille de la productivité s’intensifie pour réduire la dépendance aux importations
Malgré un potentiel agricole considérable, l’Afrique continue d’importer une part importante du riz consommé sur son territoire. Face à une demande alimentée par la croissance démographique et l’évolution des habitudes alimentaires, la recherche, l’innovation technologique et la mécanisation apparaissent comme les principaux leviers pour renforcer la production locale et limiter la facture des importations.

Le riz s’impose progressivement comme un aliment incontournable dans de nombreux pays africains. Cette évolution des habitudes de consommation, combinée à une forte croissance démographique, exerce une pression croissante sur les systèmes agricoles du continent. Or, l’offre locale peine encore à suivre le rythme. Entre 2023 et 2025, l’Afrique a consommé en moyenne 45,3 millions de tonnes de riz par an, alors que sa production s’est limitée à 27,6 millions de tonnes. Ce déficit structurel oblige les pays africains à s’approvisionner massivement sur les marchés internationaux, principalement auprès des grands exportateurs asiatiques comme l’Inde, la Thaïlande, le Vietnam ou encore le Pakistan. Cette dépendance expose les économies africaines aux fluctuations des prix mondiaux, aux restrictions commerciales et aux variations des taux de change, autant de facteurs susceptibles d’alourdir la facture des importations alimentaires et de fragiliser la sécurité alimentaire.
La recherche comme moteur de la transformation
Dans ce contexte, le partenariat conclu entre le Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice) et la Fondation africaine pour les technologies agricoles (AATF) ouvre une nouvelle étape dans la modernisation de la filière. L’accord, prévu pour cinq ans, vise à accélérer le transfert des innovations scientifiques vers les exploitations agricoles afin d’améliorer durablement les rendements. L’approche consiste à rapprocher les résultats de la recherche des réalités du terrain. Les nouvelles variétés de riz, plus résistantes et plus productives, devront être accompagnées d’un meilleur accès aux semences certifiées, aux techniques culturales modernes ainsi qu’à des solutions adaptées aux contraintes climatiques africaines. L’objectif est d’augmenter une productivité qui demeure inférieure aux standards internationaux. En 2025, les rendements moyens du riz sur le continent restaient en dessous de deux tonnes par hectare, contre près de trois tonnes à l’échelle mondiale. Ce retard représente un important potentiel de progression sans qu’il soit nécessaire d’étendre massivement les surfaces cultivées.
La mécanisation, un levier encore sous-exploité
Au-delà des semences améliorées, les deux partenaires misent également sur la diffusion d’équipements agricoles adaptés aux réalités des petites exploitations. Dans de nombreuses régions africaines, les opérations de préparation des terres, de récolte et de transformation reposent encore largement sur le travail manuel. Une mécanisation progressive pourrait réduire les pertes post-récolte, améliorer la qualité du riz commercialisé et accroître la rentabilité des exploitations. Elle contribuerait également à limiter la pénibilité des travaux agricoles, un facteur qui freine souvent le renouvellement des générations dans le secteur. Cependant, cette modernisation suppose un accès plus large au crédit agricole, aux services de maintenance et aux infrastructures rurales, sans lesquels les équipements demeurent difficilement accessibles pour les petits producteurs.
Une équation économique déterminante
Les projections de l’OCDE et de la FAO montrent que la consommation moyenne de riz en Afrique devrait atteindre près de 30 kilogrammes par habitant d’ici 2035, contre environ 26 kilogrammes actuellement. Cette progression, portée essentiellement par la dynamique démographique, laisse présager une augmentation continue des besoins. Pour les États africains, la question dépasse désormais le seul cadre agricole. La réduction des importations de riz constitue également un enjeu de souveraineté économique. Chaque tonne produite localement permet de limiter les sorties de devises, d’améliorer la balance commerciale et de renforcer les revenus des producteurs ruraux. À l’échelle continentale, le développement de la filière rizicole pourrait également stimuler l’industrie agroalimentaire, favoriser la création d’emplois dans les chaînes de transformation et encourager l’émergence de marchés régionaux plus intégrés.
Transformer l’innovation en résultats concrets
Si la recherche agricole multiplie les avancées, leur impact dépendra de leur adoption effective par les exploitants. Les spécialistes s’accordent à considérer que les innovations ne produiront pleinement leurs effets qu’à condition d’être accompagnées d’investissements dans les systèmes semenciers, les infrastructures de stockage, les réseaux d’irrigation, les services de vulgarisation et le financement agricole. L’avenir de la riziculture africaine se jouera ainsi moins dans les laboratoires que dans la capacité des politiques publiques et des partenaires techniques à diffuser ces innovations à grande échelle. C’est à cette condition que le continent pourra progressivement réduire sa dépendance aux importations, améliorer sa sécurité alimentaire et faire du riz un véritable moteur de développement économique.



