Coton : Le rebond des cours ouvre une fenêtre de tir pour les exportateurs africains
Après plusieurs années de pression sur les prix, le marché mondial du coton connaît un redressement qui pourrait profiter aux producteurs africains. Mais, selon Afreximbank, cette embellie ne suffira pas à elle seule à renforcer durablement les revenus du continent. La faiblesse des rendements, les contraintes logistiques et le faible niveau de transformation locale risquent de limiter les gains, notamment au Cameroun, au Mali et au Tchad.

Le marché mondial du coton offre de nouveau des perspectives favorables aux producteurs africains. Après une longue phase de repli des cours amorcée en 2023, les prix ont repris de la hauteur au cours du premier semestre 2026. En juillet, le contrat à terme sur le coton pour livraison le mois suivant se négociait autour de 80,5 cents de dollar la livre, soit environ 35 % de plus que son niveau plancher observé en février.Pour Afreximbank, cette remontée constitue une opportunité que les économies africaines exportatrices ne devraient pas laisser passer. Dans son rapport consacré aux perspectives du marché cotonnier, la banque estime que l’amélioration des cours peut contribuer à accroître les recettes d’exportation, à condition que les pays producteurs soient en mesure d’augmenter leur offre et surtout de capter une plus grande partie de la valeur créée au-delà de la fibre brute.
Un marché mondial redevenu plus favorable aux producteurs
La reprise des cours repose d’abord sur un changement de configuration entre l’offre et la demande. Après deux campagnes marquées par des récoltes mondiales particulièrement abondantes, la production devrait diminuer au cours de la saison 2026/27. Les projections du département américain de l’Agriculture (USDA) tablent ainsi sur une production mondiale d’environ 116 millions de balles, contre 122,7 millions lors de la campagne précédente. Dans le même temps, la consommation des industries textiles devrait progresser pour atteindre près de 122 millions de balles.
Cette situation pourrait réduire sensiblement les stocks disponibles à la fin de la campagne. Selon les projections, ceux-ci devraient atteindre leur niveau le plus faible depuis 2018/19. Pour les économistes, ce resserrement du marché constitue traditionnellement un facteur de soutien aux prix. La Chine restera déterminante dans cette équation. Avec plus d’un tiers de la consommation mondiale des filatures, elle constitue le principal débouché pour la fibre. Sa consommation industrielle pourrait atteindre 41,5 millions de balles en 2026/27, un sommet qui n’avait plus été observé depuis la campagne 2010/11.
Le pétrole redonne aussi un avantage relatif au coton
Le redressement du coton ne s’explique cependant pas uniquement par les fondamentaux agricoles. Afreximbank relève également l’influence croissante du marché de l’énergie.Le coton est en effet en concurrence directe avec les fibres synthétiques, particulièrement le polyester. Or, la fabrication de ce dernier dépend de produits issus de la chaîne pétrolière, notamment le naphta. Une augmentation du coût de l’énergie peut donc réduire l’avantage-prix traditionnel des fibres synthétiques.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont ainsi contribué en 2026 à renchérir certains coûts énergétiques, améliorant temporairement la position concurrentielle du coton. Cette évolution rappelle néanmoins une réalité importante : la compétitivité du coton africain dépend désormais de facteurs qui dépassent largement les seules performances agricoles. Les infrastructures, les coûts énergétiques, la logistique et l’organisation industrielle jouent un rôle croissant dans la capacité à conquérir les marchés internationaux.
Cameroun, Mali et Tchad : une production encore trop limitée
Pour l’Afrique, le principal risque est de ne pas disposer de volumes suffisants pour profiter pleinement de l’embellie des cours. Dans plusieurs grands bassins cotonniers, notamment au Cameroun, au Mali et au Tchad, la production connaît une stagnation ou une tendance baissière. Ces trois pays devraient produire ensemble environ 1,3 million de balles au cours de la campagne actuelle, contre près de 1,9 million en 2021/22. Les difficultés sont multiples. Les épisodes climatiques défavorables affectent les rendements, tandis que l’augmentation du coût des engrais, des produits phytosanitaires et des autres intrants pèse sur les producteurs. À cela s’ajoutent les contraintes structurelles qui limitent la productivité des exploitations.
Pour les économies fortement dépendantes des exportations agricoles, cette situation réduit mécaniquement l’effet positif d’une remontée des prix. Un pays peut vendre sa fibre plus cher, mais voir ses recettes progresser moins fortement si les volumes disponibles pour l’exportation diminuent. L’enjeu est donc double : restaurer les capacités de production et améliorer les rendements à l’hectare. Sans cette combinaison, l’Afrique risque de rester davantage spectatrice que bénéficiaire de la reprise mondiale.
La qualité africaine reste un argument commercial
Le continent dispose toutefois d’atouts importants. Le coton produit dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Mali, conserve une bonne réputation auprès des filateurs asiatiques. Sa qualité, sa traçabilité et son faible niveau de contamination constituent des avantages commerciaux recherchés par les industriels. Ces caractéristiques pourraient permettre aux producteurs africains de défendre leurs parts de marché malgré la concurrence croissante des grands producteurs internationaux.
Le Brésil constitue à cet égard un concurrent particulièrement sérieux. Grâce à une agriculture fortement mécanisée, des exploitations de grande taille, des infrastructures logistiques performantes et des coûts compétitifs, le pays est devenu le premier exportateur mondial de coton devant les États-Unis. Avec des perspectives de récolte et d’exportation encore élevées pour 2026/27, le Brésil pourrait accroître la pression sur les fournisseurs africains. La question ne sera donc pas seulement de produire davantage, mais de pouvoir livrer rapidement, régulièrement et à des coûts compétitifs.
De la fibre brute au vêtement : le véritable levier de revenus
Pour Afreximbank, la réponse africaine doit surtout passer par la transformation locale. L’exportation de coton sous forme de fibre laisse une grande partie de la valeur ajoutée aux industriels situés dans les pays importateurs. La banque recommande ainsi d’agir simultanément sur trois leviers : accroître les rendements agricoles, fluidifier les chaînes d’approvisionnement et développer les capacités industrielles de transformation.
L’objectif est de construire une chaîne allant du champ à la filature, puis au textile et à la confection. Une telle stratégie permettrait non seulement d’augmenter les recettes d’exportation, mais aussi de créer davantage d’emplois industriels, de stimuler les investissements et de réduire la dépendance à l’exportation de matières premières peu transformées. L’expérience béninoise de la zone industrielle de Glo-Djigbé illustre le potentiel de cette approche. Sur un espace de 1 640 hectares, le pays cherche à intégrer progressivement les différentes étapes de la chaîne textile. Selon les estimations reprises par Afreximbank, la valeur des exportations pourrait passer d’environ 40 millions de dollars lorsque le coton est vendu sous forme de fibre brute à près de 800 millions de dollars lorsque celui-ci est transformé en vêtements finis.



