UMOA : Les banques accumulent les ressources, mais le crédit peine à suivre
Le système bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine a connu en 2025 une forte progression de ses ressources, alors que les financements accordés à l’économie ont évolué à un rythme nettement plus faible. Cette situation, qui traduit une amélioration de la liquidité bancaire, pose aussi la question de la capacité des établissements à transformer cette épargne en nouveaux crédits.

Les banques de l’UMOA ont davantage collecté qu’elles n’ont prêté en 2025. Les dépôts et emprunts des établissements de crédit ont progressé de 16 %, pour atteindre 56 200,2 milliards de FCFA, selon le rapport annuel de la Commission bancaire de l’UMOA. Dans le même temps, les crédits accordés à la clientèle n’ont augmenté que de 5,5 %, à 38 731,6 milliards de FCFA. L’écart est significatif. En une année, les ressources supplémentaires mobilisées par le système bancaire ont atteint 7 770,7 milliards de FCFA, contre seulement 2 031,7 milliards de crédits additionnels. Autrement dit, les ressources bancaires ont progressé près de trois fois plus vite que les financements distribués.
Cette dynamique repose principalement sur les dépôts à vue. Ils ont bondi de 21,8 % pour atteindre 33 142,8 milliards de FCFA. Les dépôts à terme et les emprunts ont, eux, augmenté de 8,7 %, à 23 057,4 milliards. Pour un cadre économique interrogé sur cette évolution, cette progression peut traduire « une préférence accrue pour la liquidité et une attitude plus prudente des agents économiques ». Dans un environnement marqué par les incertitudes économiques et financières, les entreprises comme les ménages peuvent privilégier la conservation de leurs disponibilités plutôt que leur investissement immédiat. Les fonds propres nets des établissements ont également progressé de 11,9 %, à 7 765,8 milliards de FCFA. Les autres ressources ont enregistré une hausse encore plus importante, de 37,1 %. Au total, les ressources du système bancaire ont augmenté de 16,5 %, contre 10,4 % pour les emplois.
Le ralentissement relatif du crédit apparaît plus nettement lorsqu’on observe sa répartition. Les financements à court terme ont retrouvé une dynamique positive, avec une hausse de 8,9 %, à 17 833,1 milliards de FCFA. Les crédits à moyen terme n’ont progressé que de 3 %, tandis que les financements à long terme sont restés presque stables, avec une croissance limitée à 0,8 %. Cette structure préoccupe les économistes, car le financement de la transformation productive repose largement sur des ressources de moyen et long terme. « Une économie peut disposer d’un système bancaire liquide sans pour autant bénéficier d’un financement suffisant de ses investissements », analyse un cadre du secteur financier. La hausse de 17,1 % des autres emplois bancaires confirme d’ailleurs que les établissements ont accru leurs placements dans d’autres actifs plutôt que d’augmenter leurs crédits au même rythme.
La distribution du crédit reste par ailleurs très inégale entre les pays de l’Union. La Côte d’Ivoire a enregistré la plus forte progression en valeur, avec 1 590 milliards de FCFA supplémentaires, soit 11,9 %. Le Bénin suit avec 283 milliards de FCFA, tandis que la Guinée-Bissau affiche la plus forte progression en pourcentage, à 23,1 %. À l’inverse, les crédits ont diminué au Burkina Faso et au Niger. Cette concentration se retrouve également dans les actifs bancaires. La Côte d’Ivoire concentre 37,9 % du total de l’UMOA, contre 19,2 % pour le Sénégal. À eux seuls, ces deux marchés représentent donc plus de la moitié des actifs du système bancaire communautaire.
La question centrale pour 2026 sera désormais celle de la transformation de cette abondance de ressources en financements productifs. Le commerce, les restaurants et l’hôtellerie captent déjà 30 % des crédits, devant les services collectifs et sociaux (24 %) et l’industrie manufacturière (12 %). Pour les analystes, l’enjeu dépasse donc la seule progression des encours bancaires. Il s’agit surtout de savoir si l’accumulation de dépôts pourra déboucher sur davantage d’investissements, notamment dans l’industrie, les infrastructures et les secteurs créateurs d’emplois. Avec 161 établissements de crédit agréés et un bilan global de 82 298,8 milliards de FCFA, le système bancaire de l’UMOA dispose désormais d’une capacité financière importante. Mais en 2025, cette capacité s’est davantage exprimée par l’accumulation de ressources que par l’expansion du crédit. Le défi consiste désormais à transformer cette liquidité en moteur de croissance économique.



