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RDUE : À quatre mois de l’échéance, le Cameroun accélère les contrôles sur la filière cacao

Alors que le Règlement européen sur la déforestation (RDUE) doit entrer en application dans quatre mois, le Cameroun veut s’assurer que ses exportateurs de cacao disposent de tous les outils nécessaires pour maintenir leurs débouchés dans l’Union européenne. Réunis le 25 août 2026 à Yaoundé, les principaux acteurs de la filière ont évalué leur niveau de préparation, avec en toile de fond une autre exigence : obtenir une meilleure valorisation économique des efforts de conformité.

Le gouvernement camerounais veut désormais passer de la préparation à la vérification. À l’initiative du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC), une concertation réunissant une vingtaine d’exportateurs et de transformateurs s’est tenue à Yaoundé sous la présidence du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. La rencontre avait pour objectif d’identifier les éventuelles failles dans les dispositifs mis en place par les opérateurs et de rechercher des solutions avant le démarrage de la campagne cacaoyère 2026/2027. Le CICC, l’Office national du cacao et du café (ONCC) et le Fonds de développement des filières cacao et café (FODECC) ont également participé aux échanges. Pour les autorités, l’enjeu n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, la filière travaille sur la traçabilité, la légalité des exploitations et la localisation des plantations. Le gouvernement estime ainsi avoir déjà constitué une partie importante de l’architecture technique nécessaire à la conformité européenne.

La traçabilité devient un actif commercial

L’identification des producteurs et la géolocalisation des parcelles constituent désormais des éléments déterminants de la compétitivité du cacao camerounais. Le Forum sur l’état de préparation du pays, organisé en juillet 2025, faisait état d’une couverture proche de 99 % des bassins de production de cacao et de café par les systèmes de géolocalisation et de traçabilité. Les Cocoa Days de juillet 2026 et le forum organisé les 5 et 6 août ont ensuite permis de poursuivre la mise à niveau du dispositif. « Nous sommes prêts, absolument prêts, catégoriquement prêts », a assuré le ministre du Commerce. Derrière cette affirmation, les pouvoirs publics cherchent surtout à rassurer les opérateurs et à éviter qu’une insuffisance de conformité ne perturbe les exportations vers l’un des principaux marchés du cacao camerounais.

L’analyse des cadres économiques souligne toutefois que la conformité ne doit pas être considérée uniquement comme une contrainte réglementaire. Elle peut aussi devenir un avantage commercial. Une traçabilité plus fine permet en effet de mieux documenter l’origine du cacao, de sécuriser les transactions et, potentiellement, de différencier le produit camerounais sur les marchés exigeant davantage de garanties environnementales.

Le coût de la conformité au cœur des préoccupations

Pour les opérateurs, le défi sera néanmoins de transformer les dispositifs nationaux en capacités opérationnelles pleinement fonctionnelles. Collecte de données, géolocalisation, contrôle des parcelles, systèmes informatiques et transmission des informations aux acheteurs représentent des investissements et des coûts récurrents.

C’est précisément ce qui explique la seconde bataille engagée par le gouvernement : celle du prix. Le ministre du Commerce estime que les efforts imposés aux producteurs et aux entreprises doivent se traduire par une rémunération supérieure. « La seule chose que nous attendons et espérons, évidemment, c’est qu’il y ait une contrepartie », a-t-il déclaré, en appelant le marché à « récompenser la vertu » et le travail accompli.

Pour les économistes, cette question est déterminante. Si les exigences environnementales augmentent les coûts de production et de commercialisation sans amélioration du revenu des planteurs, la transition vers une filière plus durable pourrait perdre une partie de son intérêt économique. À l’inverse, un mécanisme de prime lié à la traçabilité et à la conformité pourrait encourager les producteurs à maintenir des pratiques compatibles avec les nouvelles règles.

Préserver les volumes, mais surtout la valeur

L’enjeu du RDUE dépasse donc la seule continuité des exportations. Le Cameroun doit simultanément préserver son accès au marché européen et éviter que les coûts supplémentaires de mise en conformité ne soient supportés principalement par les producteurs. La campagne 2026/2027 constituera ainsi un premier test grandeur nature. La capacité des exportateurs à fournir les données exigées, la fiabilité des systèmes de traçabilité et la reconnaissance économique de ces efforts permettront de mesurer la solidité du dispositif camerounais.

À terme, la réussite du RDUE ne se mesurera donc pas seulement au volume de cacao qui continuera d’entrer en Europe. Elle se mesurera aussi à la capacité de la filière à convertir la conformité environnementale en avantage commercial et en revenus supplémentaires pour les producteurs. C’est sur cette équation que se jouera désormais une partie de la compétitivité du cacao camerounais.

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