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Afrique de l’Ouest : Les grandes IMF de l’UMOA sortent du rouge, mais la rentabilité reste fragile

Après une perte de 1,9 milliard FCFA en 2024, les institutions de microfinance (IMF) de grande taille de l’Union monétaire ouest-africaine ont dégagé 35,6 milliards FCFA de bénéfices en 2025. Une embellie qui traduit une amélioration de l’activité, mais dont la portée doit être relativisée, une part importante du résultat provenant de la récupération d’anciennes créances.

Les grandes institutions de microfinance de l’UMOA ont retrouvé le chemin des bénéfices en 2025. Selon les données de la Commission bancaire de l’UMOA, leur résultat net s’est établi à 35,6 milliards FCFA, soit environ 63,3 millions de dollars, contre une perte de 1,9 milliard FCFA l’année précédente. À première vue, le redressement est spectaculaire. Il intervient dans un contexte de progression des activités et d’amélioration du résultat d’exploitation. Mais les analystes du secteur invitent à ne pas confondre sortie de pertes et retour à une rentabilité solide. « Le chiffre du résultat net est encourageant, mais il faut regarder sa composition », analyse un économiste spécialisé dans le secteur financier ouest-africain. Le résultat exceptionnel a en effet apporté 31,2 milliards FCFA, dont 22,4 milliards issus de créances qui avaient déjà été amorties. Sans cette contribution, la performance aurait été nettement moins spectaculaire.

Une activité qui accélère, mais à un coût élevé

L’amélioration des comptes repose néanmoins sur une progression réelle du volume d’activité. Le produit net financier a atteint 453,5 milliards FCFA, en hausse de 10,8 % sur un an. Le produit global d’exploitation s’est également apprécié de 9,3 %, à 470,9 milliards FCFA. Le résultat brut d’exploitation a, lui, bondi de 21,1 %, à 85 milliards FCFA. Cette dynamique traduit une capacité accrue des institutions à générer des revenus à partir de leurs opérations. Le problème se situe davantage du côté des coûts. Les frais généraux ont progressé de 7,5 %, pour atteindre 360,5 milliards FCFA. Même si cette progression reste inférieure à celle du produit d’exploitation, elle continue d’absorber une part considérable des revenus. Le coefficient d’exploitation s’est ainsi amélioré, passant de 81,9 % à 79,5 %. « La tendance est favorable, mais le niveau reste très élevé au regard des standards prudentiels », observe un spécialiste du secteur. Autrement dit, près de huit francs sur dix de produit net financier continuent d’être mobilisés pour couvrir les frais généraux.

La croissance du portefeuille ne suffit pas

Le bilan des grandes IMF s’est étoffé de 11,5 %, à 4 661,5 milliards FCFA. Les crédits à la clientèle ont progressé de 4,8 %, pour atteindre 2 532,3 milliards FCFA. Cette progression confirme le rôle croissant de la microfinance dans le financement des ménages et des petites entreprises. Mais elle ne s’accompagne pas encore d’une amélioration suffisamment forte de la productivité. La rentabilité des fonds propres est certes redevenue positive, à 2,1 %, après -2,6 % en 2024. Elle reste toutefois très éloignée du seuil de 15 %. Le rendement des actifs ne dépasse que 0,3 %, alors que la référence réglementaire est de 3 %. Pour les économistes, cette situation révèle un paradoxe : les IMF développent leur activité sans parvenir à transformer suffisamment cette croissance en profits récurrents. « Le défi n’est plus seulement de distribuer davantage de crédit, mais de le faire avec une structure de coûts et de risques compatible avec une rentabilité durable », estime l’un d’eux.

Le risque de crédit demeure le principal point de vigilance

Autre signal positif, les créances en souffrance brutes ont diminué de 7,5 %, à 141,4 milliards FCFA. Mais le taux de dégradation du portefeuille demeure élevé, à 5,5 %, contre une référence de 3 %. Les écarts entre pays sont également importants. Le Togo affiche le niveau le plus élevé, à 8,8 %, devant le Niger (6,8 %), le Burkina Faso (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,3 %) et le Mali (6,2 %). Le Bénin se situe à 5,3 %, tandis que le Sénégal atteint 3 %. Cette hétérogénéité reflète des environnements économiques et des profils de risque différents. Elle rappelle surtout que l’amélioration du résultat ne doit pas conduire à relâcher la surveillance du portefeuille.

Convertir l’embellie en performance durable

La concentration géographique constitue enfin un élément structurant. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso concentrent à eux seuls 71,9 % des actifs des grandes IMF de l’Union. L’exercice 2025 apparaît donc comme une année de transition. Les grandes institutions ont quitté la zone des pertes, leurs revenus progressent et certains indicateurs de risque s’améliorent. Mais la faiblesse du rendement des actifs et des fonds propres, le poids des charges et la persistance d’un taux élevé de créances dégradées montrent que le redressement reste incomplet. Pour les cadres économiques, la priorité est désormais de faire évoluer le modèle : améliorer l’efficacité opérationnelle, renforcer le recouvrement et mieux maîtriser le coût du risque. C’est à cette condition que les 35,6 milliards FCFA de bénéfices enregistrés en 2025 pourront être considérés non comme un rebond ponctuel, mais comme le début d’un véritable cycle de rentabilité.

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