Commerce maritime : DP World étend son empreinte portuaire pour capter les grands corridors africains
De Dar es Salaam à Ndayane, l’opérateur émirati DP World accélère ses investissements dans les infrastructures portuaires africaines. Cette stratégie vise à améliorer la fluidité des échanges, mais aussi à sécuriser des positions sur les principaux corridors reliant les façades maritimes aux marchés enclavés du continent.

La transformation du port de Dar es Salaam illustre cette offensive logistique. DP World vient de confier à l’égyptien EDECS Group la réhabilitation de plusieurs espaces du Terminal 1, couvrant environ 90 000 m². Les travaux comprennent notamment l’aménagement des zones de manutention, la mise en place d’un dispositif de protection contre les incendies et l’installation d’un éclairage de grande portée. Cette modernisation accompagne une progression spectaculaire de l’activité. En juillet 2026, le terminal a traité 46 582 conteneurs, contre 13 779 en mai 2024. En un peu plus de deux ans, les volumes ont donc été multipliés par plus de trois. Pour les économistes, cette évolution traduit moins une simple hausse du trafic qu’un repositionnement stratégique du port. Dar es Salaam constitue une porte d’accès essentielle aux économies sans littoral de la région.
Le port concentre près de 90 % du commerce international tanzanien et alimente plusieurs marchés d’Afrique de l’Est et centrale. Rwanda, Ouganda, Burundi, République démocratique du Congo, Malawi, Zambie et Zimbabwe dépendent notamment de ses infrastructures pour une partie de leurs échanges extérieurs. La concession de 30 ans obtenue par DP World en 2023 auprès de la Tanzania Ports Authority donne ainsi à l’opérateur une position stratégique sur un vaste bassin commercial. Une première enveloppe de 250 millions de dollars est prévue, tandis que les investissements pourraient atteindre 1 milliard de dollars sur la durée de l’accord.
Cette implantation s’inscrit dans une politique continentale plus large. DP World développe également ses activités à Maputo, Luanda, Banana et Berbera, tandis que le projet de port en eau profonde de Ndayane, au Sénégal, avance rapidement. Le dragage de ce dernier a été achevé en juillet 2026 avec une avance de treize mois. L’analyse économique est claire : les opérateurs portuaires ne cherchent plus seulement à gérer des terminaux, mais à contrôler des chaînes logistiques complètes. En reliant ports, corridors routiers, plateformes de stockage et marchés intérieurs, DP World tente de capter davantage de valeur sur le commerce africain.
Cette logique répond à une faiblesse structurelle du continent : des coûts logistiques encore élevés et des infrastructures parfois insuffisamment connectées. La bataille portuaire devient donc une bataille pour les corridors. Pour les États africains, l’arrivée de grands opérateurs internationaux peut accélérer la modernisation des équipements et accroître la compétitivité commerciale. Elle pose toutefois la question de la maîtrise à long terme d’infrastructures considérées comme stratégiques. De l’Atlantique à l’océan Indien, DP World construit ainsi un réseau qui lui permet de se positionner au plus près des flux commerciaux africains. L’enjeu n’est plus seulement maritime : il concerne désormais la capacité à organiser les échanges entre les littoraux et le cœur économique du continent.



