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Industrie cimentière : Dangote prépare un nouveau pari industriel au Cameroun malgré un marché du ciment toujours en perte de vitesse

Alors que Dangote Cement réaffirme son ambition de doubler sa capacité de production au Cameroun pour atteindre 3 millions de tonnes par an d’ici 2028, les performances commerciales de sa filiale locale continuent de s’inscrire dans une tendance baissière. Entre un marché de la construction encore peu dynamique, une dépendance persistante au clinker importé du Nigeria et des incertitudes sur la nature du futur investissement, le projet soulève autant de questions industrielles qu’économiques.

La filiale camerounaise de Dangote Cement traverse une nouvelle période de ralentissement. Les résultats semestriels non audités publiés fin juillet 2026 montrent que l’entreprise a commercialisé 596 800 tonnes de ciment entre janvier et juin, soit une diminution de 13,1 % par rapport au premier semestre 2025. Après avoir écoulé 300 000 tonnes au premier trimestre, l’entreprise n’a vendu que 296 800 tonnes entre avril et juin, confirmant un léger tassement de son activité d’un trimestre à l’autre. Cette évolution contraste avec les perspectives d’expansion affichées par le groupe, qui prévoit de porter sa capacité de production au Cameroun de 1,5 à 3 millions de tonnes par an. Si le rythme actuel devait se maintenir jusqu’à la fin de l’année, les ventes annuelles atteindraient environ 1,2 million de tonnes, un niveau proche de celui enregistré en 2025. Ce volume représenterait certes une utilisation commerciale importante de la capacité actuelle, mais resterait très éloigné du niveau nécessaire pour absorber les futures capacités annoncées. En pratique, atteindre trois millions de tonnes supposerait plus que doubler les volumes actuellement commercialisés, ce qui implique une profonde transformation du marché ou une conquête significative de nouvelles parts de marché.

Le marché camerounais peine encore à retrouver son dynamisme

Dangote explique cette contre-performance par le ralentissement des activités de construction observé après les échéances électorales, auquel s’ajoutent les retards dans les dépenses publiques et une exécution plus lente des grands projets d’infrastructures. Cette analyse paraît cohérente avec l’évolution récente des investissements publics. Les travaux financés par l’État constituent en effet une part importante de la demande en ciment. Lorsque les décaissements ralentissent, l’ensemble de la chaîne de valeur des matériaux de construction en subit les conséquences. Pour autant, les données actuellement disponibles ne permettent pas d’attribuer exclusivement la baisse des ventes à la faiblesse de la demande. L’absence de statistiques consolidées sur l’ensemble des producteurs opérant au Cameroun empêche d’évaluer précisément l’évolution de la consommation nationale ou les éventuels transferts de clientèle entre cimentiers. Le recul de Dangote ne signifie donc pas automatiquement que le marché camerounais s’est contracté dans les mêmes proportions.

Une ambition industrielle confrontée aux réalités du marché

L’annonce d’une nouvelle cimenterie à Douala intervient dans un contexte particulier. En juillet 2026, à l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre Joseph Dion Ngute, un responsable du groupe Dangote a confirmé l’intention de construire une nouvelle usine dans la capitale économique. Cette déclaration reste toutefois au stade des intentions. Aucun terrain n’a encore été officiellement retenu, aucun calendrier détaillé des travaux n’a été rendu public et les caractéristiques techniques du futur complexe demeurent inconnues.Ces incertitudes entretiennent une interrogation majeure : le groupe prévoit-il simplement une nouvelle unité de broyage ou envisage-t-il une véritable cimenterie intégrée capable de produire localement son clinker ? Cette distinction est déterminante pour l’économie camerounaise.

Le Cameroun demeure dépendant du clinker nigérian

Contrairement à une cimenterie intégrée, l’usine actuelle de Dangote à Douala fonctionne essentiellement comme une unité de broyage. Le clinker, principal composant entrant dans la fabrication du ciment, est produit au Nigeria avant d’être transporté au Cameroun où il est mélangé à du gypse et à de la pouzzolane locale. Cette organisation industrielle répond à une stratégie régionale du groupe Dangote consistant à concentrer la production du clinker dans ses grandes usines nigérianes tout en alimentant plusieurs marchés africains via des terminaux de broyage. Au premier semestre 2026, les installations nigérianes ont ainsi expédié plus de 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana. Le groupe ne détaille toutefois pas la part destinée à chacun des deux pays. D’un point de vue économique, cette organisation permet d’optimiser les investissements industriels et d’améliorer les économies d’échelle réalisées au Nigeria. En revanche, elle maintient les pays importateurs dans une position de transformation finale plutôt que de production complète.

Un enjeu industriel qui dépasse le simple doublement des capacités

La question dépasse désormais les seules capacités de production de ciment. Si le futur investissement consiste uniquement à installer une seconde unité de broyage, le Cameroun continuera d’importer des volumes croissants de clinker afin d’alimenter les nouvelles installations. Or les importations de cette matière première progressent déjà rapidement. En 2025, le pays a acheté plus de 3,1 millions de tonnes de clinker pour une valeur dépassant 97 milliards de FCFA, soit une hausse significative aussi bien en volume qu’en valeur par rapport à l’année précédente. Cette évolution illustre une dépendance structurelle qui pèse sur la balance commerciale et expose davantage le secteur aux fluctuations des coûts logistiques internationaux ainsi qu’aux variations des taux de change. À l’inverse, l’installation d’une cimenterie intégrée comprenant un four de cuisson et exploitant une carrière de calcaire locale modifierait sensiblement la chaîne de valeur nationale. Un tel investissement favoriserait une plus forte intégration industrielle, créerait davantage d’emplois directs et réduirait progressivement la dépendance aux importations de clinker.

Un projet ancien qui reste à concrétiser

L’objectif de porter les capacités camerounaises à trois millions de tonnes n’est pas nouveau. Dès l’inauguration de l’usine en 2015, Dangote évoquait déjà cette perspective à moyen terme. Plus d’une décennie après, la capacité officiellement installée demeure pourtant de 1,5 million de tonnes par an. L’accord signé début 2026 entre Dangote Cement et le groupe chinois Sinoma International Engineering, portant sur plus d’un milliard de dollars d’investissements répartis dans plusieurs pays africains, confirme certes que le Cameroun figure parmi les marchés prioritaires du groupe. Toutefois, aucun document public ne précise la part exacte des financements destinée au projet camerounais, ni la nature des infrastructures qui seront effectivement réalisées.

En définitive, Dangote fait aujourd’hui face à une double équation économique. D’une part, l’entreprise devra retrouver une dynamique commerciale suffisamment forte pour justifier un doublement de ses capacités. D’autre part, elle devra préciser si son futur investissement permettra simplement d’accroître les volumes de ciment produits localement ou s’il contribuera également à renforcer la souveraineté industrielle du Cameroun en réduisant sa dépendance aux importations de clinker. Tant que ces éléments ne seront pas clarifiés, l’objectif des trois millions de tonnes restera avant tout une ambition stratégique plutôt qu’une réalité industrielle en cours de réalisation.

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