A la UneIndustries

Industrie pétrolière : Dangote prépare une nouvelle bataille du raffinage à Lamu

Le groupe nigérian Dangote veut accélérer son expansion dans le raffinage africain avec un projet de 700 000 barils par jour au Kenya. Annoncée pour octobre 2026, la mise en chantier de la raffinerie de Lamu devrait coûter environ 16 milliards de dollars, contre 17 milliards initialement envisagés. Derrière cette baisse de l’investissement se joue une ambition plus vaste : faire de la côte kényane une plateforme énergétique capable d’alimenter plusieurs économies d’Afrique de l’Est.

Aliko Dangote veut désormais passer de la phase préparatoire à l’action. Le milliardaire nigérian prévoit de lancer en octobre prochain les travaux de la raffinerie de Lamu, un complexe dont la capacité projetée atteindra 700 000 barils de brut par jour. À environ 16 milliards de dollars, l’investissement demeure colossal, mais son coût a été revu à la baisse. Dangote attribue notamment cette réduction aux enseignements tirés de la construction de son complexe de Lagos, à l’amélioration du calendrier d’exécution et à des conditions de financement plus favorables. Pour les économistes, cette révision est loin d’être anodine. Elle traduit une volonté de reproduire en Afrique de l’Est un modèle industriel déjà éprouvé au Nigeria, tout en recherchant davantage d’efficacité dans les dépenses d’investissement. Dans un secteur où les dépassements budgétaires peuvent rapidement fragiliser la rentabilité d’une raffinerie, chaque milliard économisé améliore potentiellement la viabilité financière du projet.

Lamu, une porte d’entrée vers plusieurs marchés

Le principal atout de Lamu réside dans sa géographie. Le port en eaux profondes constitue l’un des maillons du corridor LAPSSET, infrastructure appelée à relier la côte kényane à l’Éthiopie et au Soudan du Sud. Cette implantation donne au futur complexe une vocation régionale. Le marché kényan ne serait qu’un premier débouché. Dangote envisage également de commercialiser ses produits en Ouganda, en Tanzanie et au Soudan du Sud. La logique consiste à transformer un investissement industriel lourd en plateforme régionale. En rapprochant la production des marchés consommateurs, le groupe pourrait réduire certains coûts logistiques et capter une partie de la valeur aujourd’hui générée par les importations de carburants raffinés. Pour les pays concernés, l’enjeu est également stratégique. Une capacité régionale de raffinage plus importante pourrait réduire l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux et aux perturbations du transport maritime.

Le Kenya cherche à renforcer sa sécurité énergétique

Le projet arrive dans un contexte particulier pour Nairobi. Le pays ne dispose plus d’une véritable capacité de raffinage du brut depuis l’arrêt de la raffinerie de Mombasa. Il reste donc largement dépendant des produits raffinés importés, alors même que sa demande énergétique augmente. La future infrastructure de Lamu pourrait ainsi constituer un levier de souveraineté énergétique. Elle s’inscrit parallèlement dans les ambitions du Kenya de développer ses propres ressources pétrolières, notamment dans le bassin de Turkana. L’effet attendu dépasse cependant le seul secteur pétrolier. Le gouvernement kényan table sur près de 60 000 emplois directs et indirects liés à la construction, à l’ingénierie, à la logistique et aux activités connexes.

Le financement reste le véritable test

Malgré l’annonce d’un démarrage en octobre, le projet devra encore franchir plusieurs obstacles. Le montage financier prévoit 30 % de fonds propres contre 70 % de dette. La capacité de Dangote et de ses partenaires à mobiliser plusieurs milliards de dollars d’emprunts sera donc déterminante. Les études géotechniques, les travaux d’ingénierie et de conception ont déjà commencé. Nairobi a également mis en place une structure dédiée au suivi du projet et prévoit un financement initial dans le cadre de son programme national d’infrastructures. Mais un investissement de cette ampleur reste exposé aux risques de taux d’intérêt, de change, de construction et de demande. La rentabilité dépendra notamment de la capacité de la raffinerie à fonctionner à un niveau élevé d’utilisation et à écouler sa production sur plusieurs marchés.

Une opération stratégique pour Dangote

Avec Lamu, Dangote ne cherche pas seulement à construire une nouvelle raffinerie. Le groupe entend consolider une position panafricaine dans une industrie longtemps dominée par les importations et les infrastructures vieillissantes.

La raffinerie nigériane de Lagos, actuellement annoncée à 650 000 barils par jour avec une perspective d’extension à 1,4 million de barils par jour, constitue déjà le socle de cette stratégie. Si le calendrier kényan est respecté, Lamu deviendra la deuxième grande plateforme de raffinage du groupe sur le continent. Surtout, elle pourrait redessiner les flux de produits pétroliers en Afrique de l’Est.

Le véritable enjeu sera donc moins la taille spectaculaire de l’investissement que sa capacité à créer un marché régional intégré du raffinage. Avec Lamu, Dangote mise sur une équation simple : produire plus près des consommateurs, exploiter les infrastructures portuaires et capter une partie de la valeur ajoutée actuellement transférée hors de la région.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 - 3 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page