Finance : Access Holdings porte ses actifs verts à 92,14 milliards de nairas et mise sur une croissance plus inclusive
Le groupe financier nigérian Access Holdings Plc accentue son virage vers une finance davantage orientée vers les enjeux environnementaux et sociaux. Dans son rapport de développement durable 2025, le groupe revendique une progression significative de ses financements verts, une baisse de près de 30 % de ses émissions opérationnelles depuis 2022 et un élargissement de l’accès au crédit pour plusieurs millions de personnes à faibles revenus. Au-delà des indicateurs ESG, cette stratégie traduit une évolution du modèle économique des grandes banques africaines, désormais contraintes de concilier rentabilité, gestion des risques climatiques et financement d’une croissance plus inclusive.

Le principal enseignement du rapport est l’accélération du financement consacré aux activités présentant un bénéfice environnemental. Le portefeuille d’actifs verts d’Access Holdings atteignait 92,14 milliards de nairas à fin décembre 2025, contre 72,32 milliards un an auparavant et seulement 22 milliards en 2021. Cette progression rapproche progressivement le groupe de son ambition de constituer un portefeuille vert de 475 milliards de nairas à long terme. L’objectif est particulièrement significatif dans un contexte africain où les besoins d’investissement liés à l’énergie, aux infrastructures résilientes, aux transports propres et à l’adaptation au changement climatique sont considérables.
Le groupe indique également avoir engagé 72,3 milliards de nairas dans son programme de financement durable au cours de l’exercice. Les prêts cumulés associés au développement durable atteignent désormais 1,269 milliard de dollars. Pour les économistes, cette évolution est révélatrice d’un changement dans la fonction même du secteur bancaire. Le financement climatique n’est plus seulement présenté comme une composante de la responsabilité sociale des entreprises. Il devient progressivement un segment commercial susceptible de générer de nouveaux marchés, notamment dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’agriculture durable et les infrastructures à faible intensité carbone.
La réduction des émissions devient un enjeu financier
Access Holdings affirme avoir réduit de 28,47 % ses émissions opérationnelles de gaz à effet de serre par rapport à 2022. En 2025, celles-ci se sont établies à 49 352 tonnes équivalent CO₂, contre 57 176 tonnes en 2024. Une partie de cette amélioration résulte de mesures très concrètes dans le réseau bancaire. Le groupe indique avoir équipé 263 agences de solutions solaires et déployé 323 distributeurs automatiques fonctionnant à l’énergie solaire, principalement au Nigeria.
L’intérêt économique de cette transformation dépasse la seule réduction de l’empreinte carbone. Dans un environnement marqué par des coûts énergétiques élevés et une alimentation électrique parfois instable, la production solaire peut aussi réduire la dépendance des agences aux sources conventionnelles d’électricité et aux dispositifs de secours. La stratégie environnementale devient ainsi une question de compétitivité opérationnelle. Pour les banques disposant de vastes réseaux physiques, les dépenses énergétiques, la résilience des installations et la continuité des services constituent des variables directement liées à la performance.
Deux millions et demi de personnes ciblées par l’inclusion financière
L’autre dimension forte du rapport concerne l’inclusion financière. Environ 2,53 millions de personnes à faibles revenus ont bénéficié d’un accès facilité au financement en 2025, tandis que 78 438 nouvelles micro, petites et moyennes entreprises ont rejoint la plateforme de financement du groupe. Ces chiffres revêtent une importance particulière dans les économies africaines, où les MPME constituent une source majeure d’emplois et d’activité, mais restent confrontées à un accès limité au crédit bancaire.
Le financement de cette clientèle présente toutefois un double enjeu. D’un côté, il ouvre aux établissements financiers un marché considérable encore insuffisamment exploité. De l’autre, il exige une gestion fine du risque de crédit, particulièrement lorsque les emprunteurs disposent de revenus irréguliers ou d’un accès limité aux garanties classiques. La digitalisation des services financiers constitue ici un levier essentiel. Les 2,8 milliards de transactions traitées par le groupe en 2025 illustrent l’ampleur prise par les infrastructures financières numériques dans l’économie africaine. La banque ne se limite donc plus à collecter l’épargne et à distribuer des crédits. Elle devient progressivement une infrastructure de circulation de l’argent et de formalisation des activités économiques.
Le financement des femmes progresse également
Le rapport met aussi en évidence une orientation croissante du crédit vers les femmes et les entreprises détenues par des femmes. Quelque 354 156 prêts leur ont été accordés, pour une enveloppe globale de 67,4 milliards de nairas. Cette politique répond à une problématique économique bien identifiée : une partie importante du potentiel entrepreneurial africain demeure sous-financée. Faciliter l’accès des femmes au crédit peut donc avoir un effet multiplicateur sur les revenus, l’emploi et l’activité des petites entreprises. L’enjeu consiste désormais à déterminer si ces mécanismes d’inclusion peuvent être transformés en relations bancaires durables. L’objectif économique n’est pas seulement d’accroître le nombre de bénéficiaires, mais de faire émerger une clientèle solvable, capable de développer progressivement ses activités et de rejoindre les circuits financiers formels.
Les critères ESG entrent dans la décision de crédit
L’une des évolutions les plus structurantes du modèle d’Access Holdings réside dans l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans la gestion des risques. Le groupe indique que son dispositif d’approbation des crédits comprend désormais une boîte à outils ESG permettant d’évaluer certains financements à l’aune des normes de performance de la Société financière internationale et des Principes de l’Équateur.
Cette approche traduit une transformation profonde de la gestion bancaire. Le risque climatique peut en effet devenir un risque financier classique lorsqu’une entreprise financée dépend fortement d’une ressource vulnérable au changement climatique, d’une infrastructure exposée à des événements extrêmes ou d’un modèle économique appelé à être affecté par la transition énergétique. Pour les banques africaines, la difficulté sera de disposer de données suffisamment fiables pour mesurer ces risques. Le groupe prévoit justement d’améliorer la qualité de ses informations sur les émissions financées et les émissions de portée 3 grâce à l’adoption de la méthodologie PCAF.
Une mobilisation de capitaux qui dépasse le seul bilan bancaire
Access Holdings indique avoir mobilisé 185,38 millions de dollars, soit 266,83 milliards de nairas, de financements concessionnels auprès d’institutions de financement du développement au cours de l’exercice. Cette capacité à attirer des ressources extérieures constitue un élément stratégique. Les institutions de développement disposent généralement de ressources destinées à accompagner des projets présentant des bénéfices économiques, sociaux ou environnementaux mais dont le financement peut être difficilement supporté par les mécanismes bancaires classiques.
Pour les groupes africains, l’enjeu est donc de plus en plus de jouer le rôle d’intermédiaire entre ces capitaux et les besoins des entreprises et des ménages. La banque peut ainsi démultiplier sa capacité de financement sans reposer exclusivement sur ses ressources propres. Cette évolution est particulièrement importante à un moment où les besoins d’investissement du continent en infrastructures et en transition énergétique dépassent largement les capacités budgétaires des États.



