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APE : Le Cameroun accélère la baisse des droits de douane sur les importations européennes

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la mise en œuvre de son Accord de partenariat économique avec l’Union européenne et le Royaume-Uni. Depuis le 4 août 2026, les droits de douane appliqués à plusieurs produits à fort rendement fiscal ont été réduits de 70 %. Cette nouvelle décote, qui concerne notamment les véhicules utilitaires, les carburants, le ciment, les peintures et certains emballages industriels, rapproche progressivement le pays de la libéralisation totale prévue à l’horizon 2030. Un processus qui soulève à la fois des enjeux de compétitivité pour les entreprises et de préservation des recettes publiques.

Le démantèlement tarifaire prévu par l’APE entre dans sa onzième phase. Pour les marchandises relevant du troisième groupe, le Cameroun applique désormais une réduction de 70 % des droits de douane à l’importation en provenance de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Cette catégorie présente une particularité pour les finances publiques : elle rassemble des marchandises qui génèrent traditionnellement d’importantes recettes douanières. Les véhicules utilitaires, les carburants, les ciments, les peintures ou encore certains emballages industriels figurent notamment parmi les produits concernés. La réduction ne constitue toutefois pas une rupture brutale. Le mécanisme prévoit une diminution progressive des tarifs, à raison de 10 % par an, jusqu’à leur suppression complète en 2030.

Deux catégories déjà totalement libéralisées

Les produits des deux autres groupes ont, eux, déjà achevé leur parcours de démantèlement. Pour le deuxième groupe, le processus avait commencé en août 2017 avec une réduction annuelle de 15 %. Depuis août 2023, ces marchandises ne supportent donc plus de droits de douane dans le cadre de l’APE. Cette liste comprend notamment le plâtre, la chaux, le clinker, certains intrants destinés à l’industrie agroalimentaire, les groupes électrogènes, plusieurs équipements industriels ainsi que différentes catégories de véhicules et de pièces détachées. Le premier groupe avait connu un calendrier encore plus rapide. Engagée en 2016 avec une baisse annuelle de 25 %, sa libéralisation est complète depuis août 2019. Les engrais, certains produits pharmaceutiques et chimiques, les pesticides, le gaz, les ordinateurs, les tracteurs ou encore certains équipements spécialisés font partie de cette catégorie.

Une pression maîtrisée sur le Trésor

L’une des principales interrogations liées à l’APE concernait son impact sur les finances publiques. Le démantèlement des barrières tarifaires devait mécaniquement réduire les recettes provenant des importations européennes. D’après les données citées dans le texte de référence, le manque à gagner cumulé depuis la mise en œuvre de l’accord atteint environ 103 milliards de FCFA, soit un peu plus de 10 milliards de FCFA par an en moyenne. Pour les cadres économiques, cette évolution doit cependant être analysée au regard de la dynamique générale du commerce extérieur. La progression des recettes douanières montre que la baisse des prélèvements sur certains produits n’a pas nécessairement entraîné une contraction générale des recettes. L’élargissement de la base des échanges et la diversification des fournisseurs jouent ici un rôle déterminant. Les recettes douanières ont ainsi dépassé pour la première fois 1 000 milliards de FCFA en 2023. Autrement dit, l’APE modifie la composition des recettes davantage qu’il ne provoque, à lui seul, leur effondrement.

La Chine redistribue les cartes

Cette transformation s’explique notamment par la montée en puissance de la Chine dans les échanges camerounais. Alors que l’Union européenne reste un partenaire économique majeur, Pékin a considérablement renforcé sa présence sur le marché camerounais. Dans le secteur des machines et équipements, les données du Comité de compétitivité montrent une progression particulièrement spectaculaire. La part de la Chine dans les importations est passée de 23,8 % en 2016 à 52,5 % en 2024. Sur la même période, la part de l’Union européenne est passée de 50,1 % à 32,3 %, après avoir atteint 29,3 % en 2023. Cette évolution atténue mécaniquement l’effet budgétaire du démantèlement tarifaire de l’APE : les importations ne provenant pas des partenaires bénéficiant du tarif préférentiel restent soumises au régime douanier applicable.

Des avantages encore concentrés L’autre enseignement majeur concerne la répartition des bénéfices de l’accord. Sur les 1 021 entreprises recensées comme bénéficiaires des APE au 31 décembre 2023, moins de 5 % auraient capté environ 75 % des avantages fiscaux générés par le dispositif. La concentration est également visible selon la taille des entreprises. Les grandes sociétés auraient bénéficié de 80 % des gains, contre seulement 20 % pour les PME. Pour les analystes économiques, ce déséquilibre constitue l’un des principaux défis de la prochaine phase de l’APE. La baisse des droits de douane peut réduire le coût de certains approvisionnements et améliorer la compétitivité, mais encore faut-il que ces avantages se diffusent dans l’ensemble du tissu productif.

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