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Commerce des engrais : L’Inde élargit son carnet d’adresses en Afrique pour sécuriser ses approvisionnements

Les tensions qui perturbent les routes maritimes autour du détroit d’Ormuz accélèrent la recomposition du marché mondial de l’urée. Face aux risques pesant sur ses fournisseurs traditionnels du Golfe, l’Inde augmente ses achats auprès de plusieurs producteurs africains, notamment l’Égypte, l’Algérie et le Nigeria. Pour ces pays, cette nouvelle demande constitue une opportunité commerciale, mais aussi un test de compétitivité sur un marché stratégique.

Le premier trimestre de l’exercice budgétaire indien 2026/2027 marque un changement notable dans les flux d’engrais. Sur les 2,5 millions de tonnes d’urée importées par New Delhi entre avril et juin, près de 1,1 million provenaient d’Égypte, d’Algérie et du Nigeria. L’Égypte s’est particulièrement distinguée avec 609 000 tonnes livrées à l’Inde. L’Algérie en a fourni 245 000 tonnes et le Nigeria 244 000 tonnes. À eux trois, ces pays africains ont ainsi pesé lourd dans les approvisionnements indiens du trimestre, aux côtés de la Géorgie, qui a expédié 211 000 tonnes. Cette évolution contraste avec la situation observée un an plus tôt, lorsque ces trois fournisseurs africains n’avaient pratiquement pas participé aux achats indiens sur la même période. Le mouvement confirme donc une accélération plutôt qu’un simple phénomène ponctuel.

Pour les économistes, l’enjeu dépasse les seules perturbations logistiques. L’Inde cherche surtout à réduire le risque lié à une trop forte concentration géographique de ses importations. Le pays dispose d’une industrie nationale importante, avec 33 unités de production et une capacité d’environ 26,9 millions de tonnes. Pourtant, ses besoins restent supérieurs à sa production, ce qui l’oblige à recourir au marché international. Environ un cinquième de sa consommation annuelle d’engrais doit ainsi être couvert par les importations.

Dans ce contexte, les difficultés autour d’Ormuz rendent les fournisseurs africains plus attractifs. L’éloignement géographique, les coûts du transport maritime et la disponibilité des cargaisons restent déterminants, mais la diversification devient désormais une priorité stratégique. Un cadre économique interrogé sur cette évolution estime que « la crise agit comme un accélérateur de diversification : l’Inde ne cherche pas nécessairement à remplacer ses fournisseurs du Golfe, mais à éviter qu’une perturbation sur une seule route compromette son approvisionnement agricole ».

Le Nigeria apparaît déjà comme un bénéficiaire de cette recomposition. Ses exportations d’urée vers l’Inde avaient atteint 447 090 tonnes durant l’exercice 2025/2026. L’Algérie et l’Égypte avaient, pour leur part, expédié respectivement 217 059 et 194 830 tonnes sur la même période. L’intérêt indien pourrait également concerner d’autres producteurs africains. Dès le printemps, le Maroc et le Togo figuraient parmi les pays identifiés par New Delhi comme des sources potentielles de diversification. Pour les industriels africains, l’enjeu est désormais de transformer des commandes favorisées par la conjoncture géopolitique en partenariats commerciaux réguliers. La capacité à garantir des volumes, des prix compétitifs et une logistique maritime fiable sera déterminante.

Cette redistribution des flux intervient cependant dans un environnement de coûts élevés. En Inde, le prix d’un sac d’engrais de 45 kg serait passé d’environ 30 à 45 dollars. Face à cette pression, le gouvernement envisage d’augmenter fortement les subventions consacrées aux engrais, jusqu’à 37,1 milliards de dollars, contre 18,6 milliards initialement prévus. Parallèlement, les prévisions de consommation ont été légèrement abaissées. Les besoins totaux sont désormais évalués à 38,39 millions de tonnes, tandis que la demande d’urée devrait atteindre environ 19 millions de tonnes.

Les retombées potentielles ne se limitent pas au marché indien. Le secteur africain des produits agrochimiques devrait continuer à progresser, avec un marché évalué à 12,21 milliards de dollars en 2025 et susceptible d’atteindre 15,08 milliards en 2031. Les engrais représentent déjà plus de la moitié de cette valeur. Pour les producteurs africains, la recomposition actuelle peut donc servir de tremplin. Elle offre la possibilité de diversifier leurs débouchés, d’améliorer l’utilisation de leurs capacités industrielles et de renforcer leur présence dans le commerce mondial des intrants agricoles. Mais les analystes préviennent : l’effet Ormuz ne suffira pas à lui seul. Pour s’imposer durablement en Inde, les fournisseurs africains devront démontrer qu’ils peuvent livrer régulièrement, à des conditions compétitives et avec une chaîne logistique suffisamment robuste. La crise géopolitique ouvre la porte ; la compétitivité décidera de ceux qui pourront la franchir.

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