A la UneMines & énergies

Transition énergétique : Le cuivre, nouveau point de tension pour les véhicules électriques

L’essor des véhicules électriques ne devrait pas buter sur une pénurie physique de minerais, mais plutôt sur la capacité de l’industrie minière à produire suffisamment vite. Selon une analyse de Wood Mackenzie, le cuivre pourrait devenir, d’ici 2040, le principal facteur limitant de l’électrification des transports, devant le cobalt. Une perspective qui place la RDC et la Zambie au cœur des futurs arbitrages mondiaux sur les métaux stratégiques.

La transition vers la mobilité électrique change progressivement la hiérarchie des risques dans le secteur minier. Alors que les batteries concentrent depuis plusieurs années l’attention sur le lithium et le cobalt, un autre métal pourrait désormais s’imposer comme le maillon sensible de la chaîne : le cuivre. Dans son rapport Electric Shock : How electric vehicles could hit the accelerator, publié en août 2026, Wood Mackenzie estime que les ressources mondiales disponibles seraient suffisantes pour accompagner une accélération de la mobilité électrique. Le problème se situe ailleurs : les mines et leurs infrastructures pourraient ne pas être développées assez rapidement pour répondre à la demande.

Le scénario de référence du cabinet prévoit que les véhicules électriques représenteraient 25 % du parc mondial de véhicules particuliers et commerciaux en 2040, contre seulement 4 % en 2025. Dans une hypothèse d’adoption encore plus rapide, le parc électrique mondial pourrait être supérieur de moitié à celui anticipé dans le scénario de base. Cette évolution exercerait une pression supplémentaire sur les producteurs de cuivre. L’industrie devrait porter sa capacité annuelle moyenne de nouvelles productions d’environ 850 000 tonnes à près de 960 000 tonnes jusqu’en 2040. Wood Mackenzie évalue à 25 milliards de dollars les investissements additionnels nécessaires, en plus des quelque 250 milliards de dollars déjà attendus dans le secteur.

Des projets miniers confrontés à des délais incompressibles

Pour les économistes du secteur, cette équation illustre une difficulté classique des matières premières : entre la découverte d’un gisement et l’arrivée des premiers volumes commerciaux, le temps peut être considérable. Études de faisabilité, mobilisation des capitaux, obtention des autorisations, construction des routes et des réseaux électriques, accès à l’eau et montée en puissance des installations constituent autant d’étapes susceptibles de retarder l’offre. Une hausse de la demande peut donc être beaucoup plus rapide que la réponse minière. « Le risque ne vient pas d’une disparition du cuivre dans le sous-sol, mais du décalage entre le rythme de consommation et celui de développement des capacités », analyse un cadre économique du secteur. Cette contrainte pourrait devenir particulièrement importante alors que le cuivre est indispensable à de nombreux équipements électriques, aux réseaux et aux infrastructures de recharge.

Le cobalt moins exposé à un choc d’offre

La situation apparaît différente pour le cobalt. Wood Mackenzie le classe, avec le manganèse, parmi les minerais moins susceptibles de provoquer un blocage majeur de l’offre dans son scénario d’accélération. Une partie des volumes supplémentaires pourrait notamment provenir indirectement d’activités minières déjà consacrées au cuivre en République démocratique du Congo (RDC) ou au nickel en Indonésie. Cette possibilité réduit le risque d’un déficit brutal lié à la seule progression de la mobilité électrique. Cette différence est importante pour les investisseurs. Le cobalt demeure stratégique pour certaines technologies de batteries, mais son approvisionnement pourrait bénéficier de la croissance d’autres filières minières. Le cuivre, lui, nécessite une augmentation directe et massive des capacités de production.

L’Afrique appelée à jouer un rôle central

Cette perspective renforce les positions de la RDC et de la Zambie dans la nouvelle géographie mondiale des minerais critiques. Les deux pays disposent déjà de ressources considérables et figurent parmi les producteurs susceptibles d’accroître fortement leurs volumes au cours de la prochaine décennie. Dans son Global Critical Minerals Outlook 2026, l’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs réduit son estimation du déficit potentiel de cuivre à l’horizon 2035, de 30 % à environ 25 % de la demande mondiale. Cette amélioration tient notamment aux nouvelles capacités attendues en RDC et en Zambie.

L’AIE estime que les deux pays pourraient ajouter ensemble environ 650 000 tonnes de capacités supplémentaires en 2035 par rapport à ses projections précédentes. En RDC, cette évolution s’appuie notamment sur l’augmentation attendue de la production de minerais oxydés et sur l’extension de plusieurs opérations, dont Kisanfu. En Zambie, l’agrandissement de Lumwana et plusieurs projets de taille plus réduite doivent contribuer à l’augmentation de l’offre.

Des milliards à mobiliser, mais aussi des infrastructures à sécuriser

Pour les analystes économiques, l’enjeu africain ne se résume toutefois pas à la disponibilité des gisements. Le financement, l’électricité, les infrastructures de transport, la disponibilité des intrants et la stabilité des opérations seront déterminants. Les perturbations enregistrées récemment autour de Kamoa-Kakula ainsi que les difficultés d’approvisionnement en acide sulfurique en RDC et en Zambie illustrent cette vulnérabilité. Une mine peut disposer de réserves importantes sans être en mesure de livrer les volumes attendus.

La compétition pour le cuivre pourrait ainsi accélérer les investissements dans les pays africains disposant de ressources importantes, mais également pousser les investisseurs à arbitrer entre rendement et risque. Wood Mackenzie estime que les difficultés persistantes rencontrées pour développer de nouveaux projets au Chili, au Pérou ou aux États-Unis pourraient renforcer l’intérêt pour des juridictions considérées comme plus risquées, notamment auprès de groupes chinois soutenus par l’État.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 - 5 = ?
Recharger

Veuillez saisir les caractères affichés dans le CAPTCHA pour vérifier que vous êtes humain.

Bouton retour en haut de la page