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Épargne retraite : La BAD invite le Cameroun à mieux transformer l’épargne retraite en capital productif

Alors que les besoins de financement de l’économie camerounaise restent importants, la Banque africaine de développement (BAD) identifie les réserves accumulées par les régimes de retraite comme une source potentielle de capitaux de long terme. L’institution encourage une meilleure orientation de cette épargne vers les infrastructures et les secteurs productifs, sans compromettre la sécurité financière des futurs retraités.

Le Cameroun dispose d’une ressource financière qui pourrait davantage contribuer au financement de son développement : l’épargne constituée au titre des retraites. Dans son Rapport Pays 2026, la Banque africaine de développement estime que les fonds de pension africains représentent un gisement encore insuffisamment exploité pour soutenir les investissements de long terme. L’enjeu est particulièrement important dans un contexte où les États africains font face à des besoins considérables en infrastructures, en industrialisation et en transformation économique. Pour la BAD, il ne s’agit pas de détourner l’épargne destinée aux retraités, mais de mieux l’allouer à des investissements capables de générer des rendements sur une période compatible avec les obligations futures des régimes de retraite.

La réflexion dépasse largement le cas camerounais. Selon les estimations de la BAD, le déficit annuel de financement du développement en Afrique atteint environ 400 milliards de dollars, alors que les fonds de pension du continent administrent près de 700 milliards de dollars d’actifs. Pour Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, cette situation traduit un paradoxe : le continent dispose d’une masse importante de ressources financières internes, mais celles-ci ne sont pas suffisamment transformées en capitaux de long terme. L’institution plaide donc pour une mobilisation accrue des assurances et des fonds de pension afin de réduire la dépendance aux ressources extérieures. Cette orientation repose sur une logique économique simple. Les engagements des caisses de retraite s’étalent sur plusieurs années, ce qui leur permet, sous certaines conditions, de privilégier des placements de long terme. Ces ressources peuvent ainsi contribuer au financement d’infrastructures, d’entreprises industrielles ou de projets structurants dont la rentabilité se construit progressivement.

Au Cameroun, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) constitue l’un des principaux acteurs concernés par cette stratégie. Les cotisations sociales collectées par l’institution sont passées de 217,4 milliards de FCFA en 2024 à 224,9 milliards en 2025, soit une progression de 3,5 %. Cette hausse accompagne l’élargissement de la base contributive. Le nombre de travailleurs télédéclarés a atteint 751 384 en 2025, contre 694 837 un an auparavant, soit une progression de 8 %. Les cotisations affichent ainsi une tendance haussière depuis plusieurs années : 190,8 milliards de FCFA en 2021, 204 milliards en 2022 et environ 209,8 milliards en 2023.

Pour des économistes, cette dynamique renforce mécaniquement la capacité de la CNPS à constituer un portefeuille d’investissement plus important. Mais l’enjeu ne réside pas uniquement dans l’accumulation des ressources. Il porte surtout sur leur allocation et sur leur capacité à produire des rendements tout en restant suffisamment liquides et sécurisés pour honorer les prestations futures.

La CNPS a déjà commencé à diversifier ses interventions. En septembre 2025, elle a conclu avec Arise Integrated Industrial Platforms un protocole d’investissement destiné à accompagner la création de CamTex, un projet industriel consacré à la transformation locale du coton. La même période a été marquée par des discussions avec Canyon Resources Limited autour d’un financement d’environ 20 milliards de FCFA pour le développement du projet de bauxite de Minim-Martap. Ces opérations illustrent une volonté de rapprocher progressivement une partie des placements de la CNPS des activités productives.

Mais la structure du portefeuille montre que cette mutation reste à ses débuts. En 2025, les produits issus de la gestion des placements ont atteint 43 milliards de FCFA, pour seulement 450,5 millions de FCFA de charges, dégageant un solde positif de 42,6 milliards. Les obligations demeurent la principale source de ces revenus, avec 56,9 % du total. Les intérêts sur les dépôts à terme représentent 18,6 %, les prêts et autres produits 17,7 %, tandis que les dividendes comptent pour 6,8 %.

L’analyse de la BAD ne constitue donc pas un appel à prendre davantage de risques. Elle pose plutôt la question de la diversification d’une épargne dont l’horizon temporel est naturellement long. Pour les cadres économiques, le défi consiste à trouver un équilibre entre rendement, sécurité et impact économique. Une exposition excessive à des projets risqués pourrait fragiliser les ressources destinées aux retraités. À l’inverse, une concentration trop importante sur des placements très liquides et peu rémunérateurs limite la capacité de cette épargne à participer au financement de l’économie productive.

Le développement d’une stratégie adaptée supposerait ainsi de renforcer la gouvernance des fonds, l’évaluation des risques, la transparence des investissements et la diversification sectorielle. Les infrastructures, l’énergie, l’industrie ou encore certains projets agricoles peuvent constituer des supports pertinents, à condition de disposer de mécanismes solides de sélection et de suivi.

Pour le Cameroun, la question est désormais de savoir comment faire évoluer progressivement l’épargne retraite d’un simple instrument de préservation financière vers un véritable levier de transformation économique. La CNPS en possède déjà une partie des moyens. Reste à créer les conditions permettant à ces capitaux de financer davantage l’économie réelle, sans que les futurs retraités ne deviennent les garants involontaires de projets trop risqués.

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