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Industrie des engrais : OCP mise 450 millions $ sur une nouvelle usine de phosphates aux États-Unis

Le marocain OCP Group et la coopérative agricole américaine CHS projettent d’investir 450 millions de dollars dans une unité de production d’engrais phosphatés en Louisiane. Au-delà de l’augmentation des capacités américaines, le projet doit permettre au groupe marocain de consolider sa présence sur un marché stratégique, alors que Washington a récemment assoupli temporairement les restrictions commerciales visant ses produits.

OCP North America et CHS veulent franchir une nouvelle étape dans leur rapprochement avec la création d’une coentreprise chargée de construire et d’exploiter une usine d’engrais phosphatés à Waggaman, près de La Nouvelle-Orléans. L’investissement annoncé atteint 450 millions de dollars. Installée au Cornerstone Energy Park, l’unité devrait produire plus d’un million de tonnes par an. Sa construction nécessiterait environ deux ans après l’obtention des différentes autorisations et la sécurisation du financement. Le chantier pourrait générer quelque 500 emplois, tandis qu’une soixantaine de postes permanents seraient créés après la mise en service. Le schéma industriel repose sur la complémentarité des deux partenaires. OCP fournirait l’acide phosphorique, tandis que CHS et sa filiale américaine distribueraient les produits finis auprès des agriculteurs et des réseaux coopératifs.

Pour les économistes, l’intérêt du projet dépasse la seule implantation d’un producteur étranger. Il répond à une préoccupation devenue stratégique pour Washington : sécuriser l’approvisionnement en intrants agricoles. Les États-Unis restent dépendants des importations pour une part importante de leurs besoins en engrais phosphatés. L’érosion des ressources nationales de phosphate et les perturbations du commerce international rendent cette dépendance plus coûteuse et plus risquée. Selon les promoteurs, la nouvelle installation pourrait contribuer à réduire de plus de 48 % la dépendance américaine aux importations de ces engrais. Une production localisée permettrait également de raccourcir les chaînes logistiques et de limiter l’exposition aux fluctuations du fret maritime.

Le projet intervient surtout dans un contexte de détente commerciale entre OCP et les États-Unis. Depuis 2021, les engrais phosphatés marocains étaient frappés par des droits antidumping et compensateurs après une plainte du producteur américain Mosaic. Leur niveau avait dépassé 16 % à partir de novembre 2024, pénalisant fortement la compétitivité du groupe marocain. La suspension temporaire d’une partie de ces droits, décidée fin juin par l’administration Trump, a toutefois rouvert une fenêtre commerciale. OCP North America a notamment annoncé en août l’arrivée à La Nouvelle-Orléans d’une cargaison d’environ 54 000 tonnes de triple superphosphate marocain. L’investissement en Louisiane peut ainsi être lu comme une stratégie de localisation. En produisant directement sur le territoire américain, OCP réduit son exposition aux barrières tarifaires et transforme une partie du risque commercial en présence industrielle.

L’opération illustre une évolution du modèle des grands groupes miniers et chimiques : plutôt que de miser uniquement sur l’exportation de matières transformées, ils cherchent à se rapprocher des marchés finaux. Pour OCP, cette stratégie est d’autant plus pertinente que le Maroc dispose d’une position exceptionnelle dans le phosphate mondial, avec près de 70 % des réserves connues. Le groupe peut donc valoriser son avantage minier tout en développant des capacités industrielles au plus près des consommateurs. Le projet reste néanmoins conditionné aux autorisations réglementaires, aux études techniques et au financement. Les partenaires ont déjà sollicité le programme américain FIELDS, destiné à soutenir le développement de capacités domestiques de production d’engrais.

Si elle aboutit, l’usine de Louisiane pourrait donc constituer davantage qu’un nouvel outil de production : elle serait un point d’ancrage industriel pour OCP sur le marché américain et un instrument de sécurisation des approvisionnements agricoles des États-Unis.

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