L’ECO : La CEDEAO accélère la cadence pour sauver l’échéance de 2027
Après des années de reports, le projet de monnaie unique ouest-africaine entre dans une phase où les décisions politiques devront prendre le relais des travaux techniques. La CEDEAO vient d’enjoindre à sa Task Force présidentielle de reprendre rapidement le dossier, avec l’objectif de trancher les principaux points encore en suspens avant décembre 2026. L’organisation continue de considérer une mise en circulation de l’ECO en 2027 comme possible, mais cette échéance dépendra surtout de la capacité des États à dépasser leurs divergences.

Le projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) connaît une nouvelle accélération. Réuni le 7 septembre par visioconférence, le Conseil de convergence de l’organisation a demandé à la Commission de convoquer rapidement la Task Force présidentielle consacrée à l’ECO.
Cette instruction intervient moins de deux mois après le sommet de Freetown du 19 juillet. Les dirigeants ouest-africains avaient alors maintenu l’objectif d’une introduction de la monnaie commune en 2027, tout en abandonnant implicitement l’idée d’un démarrage nécessairement simultané pour l’ensemble des membres. Le principe retenu est celui d’une participation initiale limitée aux pays présentant les conditions requises. Ce choix constitue un changement pragmatique. Il permettrait de dissocier le calendrier de l’ECO du rythme de convergence de l’ensemble des économies de la région. Autrement dit, les pays prêts pourraient avancer sans attendre que les plus fragiles aient achevé leur mise à niveau macroéconomique.
L’appel à une réunion politique intervient après une nouvelle séquence de travaux techniques. Du 31 août au 2 septembre, les instances spécialisées de la CEDEAO et de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (AMAO) ont examiné la situation macroéconomique des États membres. Les gouverneurs des banques centrales se sont ensuite réunis le 4 septembre, avant que le Conseil de convergence ne reprenne le dossier trois jours plus tard. Cette succession de réunions traduit une volonté de faire progresser le projet par étapes : analyse technique, évaluation de la convergence, puis arbitrage politique.
La CEDEAO estime toujours que 2027 demeure atteignable. Mais cette appréciation doit être interprétée avec prudence. L’organisation n’a pas rendu publics les résultats détaillés de sa dernière évaluation et ne précise pas quels pays remplissent actuellement les conditions permettant d’intégrer le premier cercle de l’ECO. Cette absence de visibilité entretient une inconnue majeure : la composition du groupe initial. Or, elle sera déterminante pour la crédibilité du projet et pour la perception qu’en auront les marchés financiers et les opérateurs économiques.
Le principal défi ne relève toutefois pas uniquement des indicateurs économiques. La future monnaie devra être portée par une architecture institutionnelle acceptée par des pays dont les systèmes monétaires sont très différents.
Huit membres de la CEDEAO appartiennent à l’UEMOA et utilisent déjà le franc CFA, tandis que le Nigeria, le Ghana, la Gambie, la Sierra Leone, le Liberia et la Guinée disposent de monnaies nationales. Le futur dispositif devra donc organiser la transition entre ces configurations sans créer de déséquilibres susceptibles de fragiliser les économies participantes. La gouvernance de la future autorité monétaire figure ainsi parmi les sujets sensibles. Les mécanismes de décision, les conditions d’admission des premiers pays et la répartition des responsabilités institutionnelles devront faire l’objet d’un compromis politique. C’est précisément à ce stade que la Task Force présidentielle devient essentielle. Les techniciens peuvent mesurer les écarts de convergence et proposer des scénarios, mais ils ne peuvent pas résoudre seuls les divergences de souveraineté monétaire.
Le calendrier est d’autant plus contraint que les chefs d’État avaient fixé la réunion de la Task Force avant leur sommet ordinaire de décembre 2026. L’instruction du Conseil de convergence vise donc à éviter que le dossier ne s’enlise une nouvelle fois dans les consultations institutionnelles. L’intégration de la Guinée à cette instance, décidée lors du sommet de juillet, élargit par ailleurs le périmètre politique des discussions. La configuration de la Task Force devra désormais permettre de concilier les positions des différents blocs monétaires et des États ayant des niveaux de préparation différents. Après plusieurs annonces et reports depuis le lancement du projet, l’enjeu n’est donc plus seulement de maintenir l’ambition d’une monnaie commune. Il consiste désormais à transformer cette ambition en décisions opérationnelles.
Pour la CEDEAO, le scénario d’un ECO lancé en 2027 reste envisageable. Mais cette fois, le véritable test sera politique. Si les chefs d’État parviennent à arrêter une architecture consensuelle, à définir les premiers participants et à lever les dernières réserves institutionnelles, le projet pourrait entrer dans une phase irréversible. Dans le cas contraire, l’échéance de 2027 risque de rejoindre la longue liste des dates déjà repoussées de l’intégration monétaire ouest-africaine.



