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Afrique-Chine : Le déficit commercial atteint 80 milliards de dollars en huit mois

Les échanges entre le continent africain et la Chine accélèrent en 2026, mais cette dynamique profite davantage aux exportations chinoises. Entre janvier et août, les ventes de produits chinois en Afrique ont progressé plus rapidement que les achats de matières premières africaines par Pékin, portant le déficit commercial du continent à plus de 80 milliards de dollars. Derrière cette détérioration se dessine un enjeu plus profond : la faible capacité de l’Afrique à transformer ses ressources et à capter davantage de valeur dans ses échanges avec la deuxième économie mondiale.

Le commerce sino-africain connaît une nouvelle poussée en 2026. Selon les données de l’administration générale des douanes chinoises, les échanges bilatéraux ont atteint 273,94 milliards de dollars au terme des huit premiers mois de l’année, soit une progression de 23,3 % sur un an. Mais cette expansion masque un déséquilibre grandissant. Les exportations chinoises à destination de l’Afrique se sont établies à environ 177 milliards de dollars, en hausse de 25,8 %. Dans le même temps, les importations chinoises depuis le continent ont atteint 96,93 milliards de dollars, soit une progression de 19 %.

Le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine s’est établi à 80,07 milliards de dollars, contre un niveau sensiblement inférieur sur la même période de 2025. Il s’est ainsi accru de 34,48 % en un an. Ces chiffres ne traduisent donc pas seulement une accélération du commerce. Ils révèlent surtout la persistance d’une asymétrie dans la structure des échanges. L’Afrique vend principalement ce qu’elle extrait, tandis que la Chine vend davantage ce qu’elle fabrique.

Pékin trouve en Afrique un nouveau débouché

Cette évolution intervient dans un environnement international marqué par la multiplication des tensions commerciales. Le durcissement des politiques tarifaires sur certains marchés occidentaux et les excédents de production dans plusieurs branches de l’industrie chinoise poussent les entreprises de Pékin à rechercher de nouveaux débouchés. L’Afrique figure parmi ces marchés de diversification, au même titre que l’Asie du Sud-Est et l’Amérique latine. La progression de 25,8 % des exportations chinoises vers le continent illustre cette dynamique.

Les produits manufacturés, les équipements industriels, les appareils électroniques, les machines ainsi que les technologies destinées aux infrastructures et aux énergies renouvelables occupent une place importante dans ces flux. Cette présence croissante répond également à la demande africaine en biens d’équipement et en produits accessibles pour les ménages et les entreprises. Le problème est que cette hausse des importations peut également exercer une pression supplémentaire sur les industries locales lorsque celles-ci ne disposent pas encore de capacités suffisantes pour rivaliser en coûts, en volume ou en gamme.

L’Afrique exporte davantage, mais surtout des ressources

La progression de 19 % des importations chinoises en provenance d’Afrique constitue néanmoins un signal positif. Elle traduit notamment la vigueur de la demande chinoise pour les minerais, les hydrocarbures et d’autres matières premières. Mais l’amélioration des volumes exportés ne suffit pas à modifier la nature du déséquilibre. Une tonne de minerai, un baril d’hydrocarbures ou une matière première agricole génèrent généralement moins de valeur ajoutée qu’un produit industriel transformé.

C’est précisément cette différence qui explique pourquoi l’augmentation des exportations africaines peut coexister avec une aggravation du déficit. Le continent peut vendre davantage sans nécessairement gagner davantage. L’enjeu dépasse donc la simple question du niveau des droits de douane. Il concerne la capacité des économies africaines à transformer localement leurs ressources avant leur exportation.

Le tarif zéro ne suffit pas à changer la donne

La politique commerciale chinoise apporte pourtant de nouvelles opportunités. Pékin a progressivement étendu le traitement tarifaire préférentiel accordé aux produits africains. Depuis le 1er mai 2026, son dispositif d’exemption des droits de douane a notamment été élargi aux pays africains non classés parmi les moins avancés avec lesquels la Chine entretient des relations diplomatiques. Cette mesure pourrait favoriser l’accès des produits africains au vaste marché chinois. Mais son effet reste difficile à mesurer sur les huit premiers mois de l’année. La hausse des échanges dépend aussi des cours internationaux, des volumes de matières premières et de l’évolution de la demande chinoise.

Surtout, la suppression des droits de douane ne crée pas, à elle seule, les usines capables de transformer le cacao, le coton, le cuivre, la bauxite ou les produits agricoles africains. Le diagnostic d’Afreximbank va dans ce sens. Pour la banque panafricaine, le traitement tarifaire préférentiel ne pourra produire tout son potentiel que si les économies africaines lèvent les contraintes qui empêchent leurs entreprises d’exporter des produits davantage transformés.

Industrialisation et logistique, le véritable chantier

Pour les cadres économiques, le principal enseignement de cette nouvelle détérioration du déficit est donc moins commercial qu’industriel. L’Afrique doit transformer son avantage comparatif en avantage industriel. Cela suppose d’abord de développer des chaînes de valeur capables de convertir les matières premières en produits intermédiaires ou finis. L’agro-industrie, la transformation des minerais, l’industrie légère et les biens de consommation constituent à cet égard des secteurs prioritaires.

La question logistique est tout aussi déterminante. Des ports plus performants, des corridors ferroviaires intégrés, des zones industrielles connectées aux infrastructures portuaires, des ports secs et des capacités de stockage adaptées peuvent réduire le coût final des exportations africaines. À cela s’ajoute la nécessité de mieux comprendre les exigences du marché chinois. L’accès au marché ne garantit pas automatiquement l’accès au consommateur. Les producteurs africains doivent adapter leurs normes, leur qualité, leur conditionnement et leurs circuits de distribution aux préférences de la clientèle chinoise.

Enfin, le financement demeure un maillon essentiel. Le développement de mécanismes d’assurance-crédit à l’exportation et l’utilisation accrue d’instruments commerciaux libellés en yuan pourraient faciliter l’entrée de davantage d’entreprises africaines sur le marché chinois.

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