Aéroports camerounais : MTN et ITGStore remportent un marché de 1,38 milliard pour les réseaux Wi-Fi
Le groupement ITGStore-MTN Cameroon a été retenu par le Patnuc pour moderniser la connectivité numérique de six plateformes aéroportuaires du pays. L’opération, financée par la Banque mondiale, comprend également un second marché destiné à installer des bornes de recharge. Mais le lancement effectif des travaux reste suspendu à la signature des contrats et à la notification des ordres de service.

Le numérique s’apprête à changer de dimension dans les principaux aéroports du Cameroun. Le Projet d’accélération de la transformation numérique au Cameroun (Patnuc) vient de sélectionner le groupement ITGStore-MTN Cameroon pour fournir et déployer des infrastructures WLAN et SD-WAN dans six plateformes aéroportuaires. La valeur du marché atteint 1,377 milliard de FCFA TTC. Les sites concernés sont ceux de Douala, Yaoundé, Bafoussam, Garoua, Maroua et Ngaoundéré. L’exécution est prévue sur six mois, mais ce délai ne court qu’à partir de la notification de l’ordre de service donnant effectivement le coup d’envoi aux prestations. À cette première composante s’ajoute un marché de 260,70 millions de FCFA attribué à Central Achat Cameroun-Bercotech pour l’installation de bornes de recharge dans les mêmes aéroports. Au total, les deux contrats représentent ainsi près de 1,64 milliard de FCFA.
Une infrastructure qui dépasse le simple Wi-Fi
L’enjeu de l’opération ne se limite pas à fournir un accès sans fil aux voyageurs. Le choix d’une architecture combinant WLAN et SD-WAN traduit une volonté de renforcer plus largement l’environnement numérique des plateformes concernées. Le WLAN constitue le socle des réseaux locaux sans fil, tandis que le SD-WAN permet d’administrer de manière centralisée les communications entre différents sites et d’optimiser la circulation des données. Pour les aéroports, cette architecture peut notamment faciliter la gestion des connexions, la supervision des infrastructures et l’interconnexion des différents services.
Pour autant, les documents d’attribution ne permettent pas encore de mesurer précisément l’ampleur du futur service. Le nombre de points d’accès, la capacité des équipements, les débits envisagés ou encore les modalités d’accès des passagers ne sont pas détaillés. Cette absence d’informations empêche notamment de déterminer si l’investissement vise prioritairement l’amélioration de l’expérience numérique des voyageurs ou la modernisation des communications internes des plateformes aéroportuaires. Dans les deux cas, l’enjeu économique reste important : une meilleure connectivité constitue désormais une composante de la qualité de service et de l’attractivité d’une infrastructure aéroportuaire.
Près de trois mois de retard sur le calendrier initial
L’attribution intervient toutefois dans un calendrier déjà décalé. La programmation des marchés publics pour 2026 prévoyait initialement une attribution au début du mois de juin, une signature des contrats en juillet et un démarrage des prestations avant la fin de ce même mois. Au 9 septembre, les contrats n’étaient toujours pas finalisés. Le Patnuc indique que leur signature est encore en cours et demande aux entreprises retenues de se rapprocher de son unité de gestion. Ce décalage a une conséquence directe sur le calendrier de livraison. Même si les six mois prévus pour le marché WLAN/SD-WAN sont respectés, la date de réception initialement envisagée ne pourra plus être maintenue. Le même raisonnement vaut pour les bornes de recharge, dont le délai contractuel est de quatre mois.
Cette situation illustre surtout une difficulté récurrente des projets financés sur ressources extérieures : l’attribution administrative ne constitue pas encore une dépense productive. Entre la sélection du prestataire, la contractualisation, la notification et l’installation effective, plusieurs étapes peuvent repousser l’impact économique réel de l’investissement.
MTN s’impose dans une compétition marquée par plusieurs exclusions
Le choix du tandem ITGStore-MTN intervient à l’issue d’un appel d’offres international lancé en mars 2026. La sélection accordait une importance dominante à la qualité technique, avec une pondération de 70 %, contre 30 % pour le prix. Plusieurs concurrents n’ont pas franchi le filtre de conformité. Camtel a notamment été sanctionnée pour l’absence d’un module de formation et pour des incohérences relevées entre les équipements proposés et certaines formations prévues. Yoomee Cameroon a, pour sa part, été écartée en raison d’un dispositif de transfert de compétences jugé incompatible avec les exigences du dossier. D’autres candidats ont été éliminés pour des insuffisances touchant à l’architecture technique, au support ou aux autorisations des fabricants. Ces motifs montrent que le Patnuc a privilégié une logique de capacité technique et de pérennité de la solution plutôt qu’une simple comparaison des prix. Sur le marché des bornes de recharge, l’offre gagnante de Central Achat Cameroun-Bercotech s’est établie à 260,70 millions de FCFA, soit 16,30 millions de moins que celle du deuxième candidat, 2L Technologie. L’écart représente environ 5,9 %.
Une composante numérique qui doit encore accélérer
L’opération intervient alors que la composante « Connectivité et inclusion numériques » du Patnuc avait accumulé du retard. Dotée initialement de 48 millions de dollars, soit environ 27 milliards de FCFA, elle est financée par un crédit de la Banque mondiale. Dans son évaluation de juillet 2025, l’institution avait qualifié la performance de cette composante de « modérément insatisfaisante ». À cette date, moins de 5 % des ressources qui lui étaient consacrées avaient été consommées et plusieurs déploiements destinés notamment aux entités publiques n’avaient pas encore été engagés.
L’attribution des marchés a donc une portée qui dépasse les six aéroports. Elle constitue un test de la capacité du Patnuc à transformer des financements disponibles en infrastructures numériques concrètes. Pour le Cameroun, le véritable indicateur de performance ne sera ainsi pas le montant des marchés attribués, mais le nombre d’infrastructures effectivement mises en service, leur niveau d’utilisation et la qualité du service fourni. Dans un contexte où l’État cherche à accélérer la transformation numérique de son administration et de ses infrastructures, les six aéroports pourraient ainsi servir de vitrine à cette nouvelle génération de réseaux publics connectés.



