Financement des entreprises : Ecobank prépare une enveloppe de 2,6 milliards de dollars pour les femmes entrepreneures et l’agrobusiness africain
Le groupe bancaire panafricain veut accroître fortement son exposition aux petites et moyennes entreprises à l’horizon 2030. À Lomé, à l’occasion de la célébration de ses 40 ans, Ecobank a annoncé deux objectifs majeurs : constituer un portefeuille de 2 milliards de dollars en faveur des entreprises détenues ou dirigées par des femmes et porter à 600 millions de dollars les crédits destinés aux PME des chaînes de valeur agricoles.

Ecobank change progressivement d’échelle dans le financement du tissu productif africain. Le groupe panafricain veut mobiliser 2,6 milliards de dollars de crédits d’ici 2030 autour de deux segments considérés comme stratégiques pour la transformation économique du continent : l’entrepreneuriat féminin et l’agrobusiness. L’annonce, faite le 24 septembre à Lomé, intervient alors que les PME continuent de faire face à un accès au crédit particulièrement contraint. Pour les établissements bancaires, ces entreprises représentent à la fois un marché à fort potentiel et une catégorie de clientèle dont le risque doit être davantage mutualisé.
2 milliards de dollars pour changer d’échelle auprès des femmes entrepreneures
Le premier objectif concerne Ellever, le programme d’Ecobank consacré aux entreprises détenues ou dirigées par des femmes. Le groupe ambitionne de bâtir un portefeuille de 2 milliards de dollars à l’horizon 2030. L’enjeu n’est cependant pas uniquement financier. Après avoir accompagné plus de 110 000 entreprises féminines, Ecobank vise désormais 400 000 PME. À cela s’ajoute une cible de près d’un million de micro-entrepreneures, notamment à travers la bancarisation, la formation et l’accès aux outils numériques. Ecobank prévoit ainsi de recourir à des mécanismes de garantie proposés par des institutions de financement du développement. Une stratégie qui permettrait de réduire le risque porté directement par la banque et, par conséquent, de faciliter l’accès au crédit.
De la production agricole au financement de toute la chaîne
Le deuxième objectif porte sur 600 millions de dollars de crédits aux PME agricoles. Ici, Ecobank entend dépasser le modèle classique du financement des campagnes agricoles pour intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Producteurs, agrégateurs, transformateurs, logisticiens, commerçants et exportateurs sont ainsi concernés. Cette approche répond à une faiblesse structurelle des économies africaines : la production agricole augmente, mais une part importante de la valeur ajoutée est encore captée en dehors du continent faute de capacités suffisantes de transformation, de stockage, de transport et de commercialisation. Ecobank prévoit également de soutenir des projets liés à l’agriculture résiliente au changement climatique, aux paiements numériques en milieu rural et au financement du commerce.
Un marché potentiel considérable
Les montants annoncés restent importants, mais ils doivent être rapportés à l’ampleur du déficit de financement. La Banque africaine de développement estime à 49 milliards de dollars le besoin non couvert pour les PME détenues ou dirigées par des femmes en Afrique. Dans l’agriculture, le déficit annuel d’accès au financement atteindrait environ 96 milliards de dollars.
La ZLECAf comme accélérateur du financement
Ecobank compte également exploiter son réseau panafricain et ses infrastructures numériques pour accompagner les échanges régionaux. Sa plateforme de commerce électronique met déjà en relation plus de 60 000 entreprises et pourrait servir de passerelle entre fournisseurs et acheteurs africains. L’objectif rejoint les ambitions de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : faciliter les transactions transfrontalières, élargir les débouchés des PME et renforcer les chaînes de valeur régionales. Cette stratégie s’inscrit dans une feuille de route plus large. En mai 2026, Ecobank avait annoncé un engagement de 3 milliards de dollars sur trois ans pour soutenir le commerce intra-africain et les échanges internationaux.



