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ZLECAf : Le Cameroun veut transformer ses corridors en moteurs du commerce transfrontalier

Lancé à Yaoundé avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Projet d’appui à la mobilisation de la ZLECAf au profit du commerce transfrontalier (PAMOZ) entend rapprocher les ambitions du marché continental des réalités des commerçants opérant aux frontières. Pour le Cameroun, l’enjeu est autant commercial que logistique : mieux exploiter ses corridors vers le Tchad et la République centrafricaine afin de renforcer son rôle de plateforme des échanges en Afrique centrale.

Le Cameroun cherche désormais à passer d’une participation institutionnelle à la Zone de libre-échange continentale africaine à une exploitation plus concrète des opportunités qu’elle offre. Le lancement du PAMOZ, le 6 octobre 2026 à Yaoundé, marque une nouvelle étape dans cette orientation. Financé par la BAD et exécuté par l’OIM, le projet entend agir à l’intersection de trois problématiques : le commerce transfrontalier, la mobilité des populations et l’inclusion économique. Ses interventions doivent notamment cibler certains corridors stratégiques et les catégories d’acteurs qui restent souvent en marge des grands dispositifs commerciaux, notamment les femmes, les jeunes et les petits commerçants.

Douala-N’Djamena et Douala-Bangui au cœur de l’équation

Le Cameroun dispose d’un avantage géographique singulier en Afrique centrale. Son ouverture sur l’Atlantique et ses infrastructures portuaires et routières en font une porte d’accès naturelle aux marchés des pays enclavés de la sous-région. Les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui apparaissent ainsi comme des actifs stratégiques pour la mise en œuvre de la ZLECAf. Ils relient le principal pôle portuaire camerounais à deux marchés dépourvus d’accès direct à la mer et constituent, au-delà du transport de marchandises, des espaces d’activité pour une multitude de petits opérateurs économiques.

L’enjeu sera donc de transformer ces corridors en véritables chaînes de valeur régionales. Une meilleure circulation des marchandises peut favoriser l’approvisionnement des marchés tchadien et centrafricain en produits camerounais, mais aussi faciliter l’entrée au Cameroun de productions provenant de ces pays. Cette dynamique pourrait également soutenir les activités de transformation locale. En élargissant les débouchés régionaux, la ZLECAf offre aux entreprises camerounaises la possibilité d’amortir leurs investissements sur un marché dépassant largement la seule demande nationale.

Les petits commerçants, maillon à sécuriser

L’un des principaux intérêts du PAMOZ tient à son attention portée au commerce de petite échelle. Dans les zones frontalières, celui-ci représente une source importante de revenus et constitue souvent le premier niveau d’intégration économique entre les populations. Mais ce commerce reste confronté à plusieurs contraintes : faible accès au financement, informalité, difficultés liées aux procédures administratives, manque d’informations sur les règles commerciales et vulnérabilité particulière des femmes et des jeunes. La question est donc moins de créer de nouveaux commerçants que de permettre à ceux qui existent déjà de changer d’échelle.

Une ZLECAf qui doit se traduire sur le terrain

Le lancement du PAMOZ intervient dans un contexte où le potentiel du marché continental reste considérable, mais où les obstacles pratiques à l’intégration demeurent importants. La création d’un espace commercial africain ne suffit pas à elle seule à stimuler les échanges. Encore faut-il que les infrastructures, les procédures et les mécanismes de mobilité suivent. C’est précisément sur ce terrain que le projet BAD-OIM peut présenter un intérêt pour le Cameroun. La prise en compte simultanée de la mobilité humaine, du développement économique et de la gouvernance des frontières permet d’élargir la réflexion au-delà de la seule question tarifaire. Cette approche rejoint d’ailleurs les ambitions de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui mise sur la transformation locale et la création de davantage de valeur ajoutée. Pour les entreprises camerounaises, l’ouverture du marché africain peut devenir un levier supplémentaire à condition que l’offre productive nationale soit suffisamment compétitive.

Le défi sera celui de la compétitivité

Le principal risque serait de considérer la ZLECAf comme un simple débouché supplémentaire. L’ouverture commerciale expose aussi les producteurs locaux à une concurrence accrue en provenance d’autres économies africaines. Le Cameroun devra donc convertir son avantage logistique en avantage industriel et commercial. Cela suppose d’améliorer les infrastructures sur les corridors, de réduire les coûts de transaction, de fluidifier les procédures frontalières et de renforcer l’accès des PME au financement et à l’information commerciale. Le PAMOZ apporte une réponse ciblée à une partie de ces enjeux, mais son impact dépendra de sa capacité à s’articuler avec les politiques nationales et les mécanismes d’intégration de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

À terme, la réussite du dispositif se mesurera moins au nombre d’activités organisées qu’à son effet sur les flux commerciaux. Davantage de marchandises camerounaises vers les marchés voisins, des délais et coûts de transport réduits, une participation accrue des femmes et des jeunes et une formalisation progressive du commerce frontalier constitueraient autant d’indicateurs de réussite.

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