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Nexttel Cameroun : Viettel Global porte plus de 200 milliards de FCFA de créances dépréciées

Le groupe vietnamien fait face à une exposition financière de près de 202 milliards de FCFA sur son opérateur camerounais, dont les créances et les prêts sont presque intégralement provisionnés. Depuis novembre 2018, l’actionnaire majoritaire affirme ne plus recevoir les comptes de sa filiale, une situation qui fragilise la transparence financière du groupe et maintient l’incertitude sur l’issue du conflit entre actionnaires.

Les difficultés de gouvernance de Nexttel Cameroun continuent de peser sur Viettel Global Investment. Dans ses états financiers consolidés arrêtés au 30 juin 2026, le groupe vietnamien fait apparaître une exposition cumulée d’environ 9 050 milliards de dongs vietnamiens (VND), équivalant à près de 202 milliards de FCFA, au titre des créances commerciales et des prêts accordés à sa filiale camerounaise. Cette situation illustre les conséquences financières d’un désaccord entre actionnaires qui perdure depuis plusieurs années, au détriment de la visibilité sur les actifs et les performances de l’opérateur.

Des créances dont le recouvrement paraît très compromis

L’exposition de Viettel Global se répartit entre une créance commerciale de 4 675 milliards de VND, soit environ 104 milliards de FCFA, et un prêt de 4 375 milliards de VND, représentant près de 98 milliards de FCFA. La quasi-totalité de la première créance, soit 99,9 %, est couverte par une provision, tandis que le prêt est intégralement provisionné. En comptabilité, ces dépréciations traduisent la faible probabilité de récupérer les montants concernés. Elles ne constituent cependant pas une annulation des dettes de Nexttel, dont les montants bruts restent inscrits dans les comptes de son actionnaire vietnamien.

Les provisions existaient déjà pour l’essentiel à la clôture de 2025. Leur maintien au premier semestre 2026 ne signifie donc pas que Viettel Global a subi une nouvelle perte de 202 milliards de FCFA sur la période. Il confirme plutôt la persistance d’un risque financier ancien. Le groupe a également cessé de comptabiliser certains intérêts et pénalités de retard liés aux impayés de sa filiale.

Huit ans sans comptes : un risque de gouvernance majeur

Au-delà des créances, le principal problème réside dans l’impossibilité pour Viettel Global d’accéder aux informations financières de Viettel Cameroon depuis le 1er novembre 2018. Pourtant, le groupe vietnamien détient 70 % du capital de l’opérateur, lancé en 2014 sous la marque Nexttel pour concurrencer MTN et Orange sur le marché camerounais. Dans une correspondance adressée le 21 avril 2026 à la Bourse de Hanoï, Viettel Global explique cette situation par des divergences avec son partenaire local concernant l’organisation, la gestion et le fonctionnement de la société. Des démarches juridiques ont été engagées, mais leur aboutissement demeure incertain. La participation de Viettel Global dans Nexttel, évaluée à 583,66 millions de VND dans ses comptes, est elle-même entièrement dépréciée. Cette écriture comptable ne signifie pas que le groupe a cédé ses parts, mais qu’il considère leur valeur recouvrable comme nulle dans les conditions actuelles.

Les comptes vietnamiens sous pression

Les conséquences dépassent les frontières camerounaises. Faute de données fiables sur Nexttel, Viettel Global a cessé d’intégrer les résultats de sa filiale dans ses comptes consolidés. Les auditeurs avaient déjà formulé une réserve sur les états financiers de 2025. Dans leur examen du premier semestre 2026, Deloitte Vietnam indique de nouveau ne pas disposer des éléments permettant d’évaluer les éventuels ajustements liés à cette absence de consolidation. Le 7 avril 2026, la Bourse de Hanoï a maintenu les actions du groupe sous avertissement en raison des réserves des auditeurs pendant au moins trois exercices consécutifs. Le titre reste négociable, mais cette mesure constitue un signal de risque pour les investisseurs. D’un point de vue financier, une telle situation peut renchérir le coût du capital en augmentant l’incertitude sur la qualité de l’information publiée. Elle complique aussi l’évaluation de la rentabilité réelle des activités internationales du groupe.

Des garanties bancaires qui prolongent l’exposition

Viettel Global demeure également exposé aux financements bancaires contractés par Nexttel auprès de la BICEC, de Société Générale Cameroun et d’Ecobank. Au 30 juin 2026, les engagements couverts par ces garanties atteignaient environ 9,32 milliards de FCFA. Le groupe fait parallèlement état d’un passif d’environ 321 milliards de VND, soit 7,2 milliards de FCFA, lié aux obligations découlant de ces garanties. Ces montants doivent être analysés séparément, car ils peuvent correspondre à des obligations communes et ne sauraient être additionnés mécaniquement.

Cette exposition montre que le risque ne se limite pas aux créances déjà dépréciées. En cas de défaillance de Nexttel, les garanties pourraient entraîner des décaissements supplémentaires pour Viettel Global. Selon Africa Intelligence, le 25 août 2026, le dirigeant de Viettel, Tao Duc Thang, a sollicité la protection de ses investissements auprès du président Paul Biya, en mettant notamment en avant sa participation de 70 % dans l’opérateur camerounais.

L’enjeu est désormais autant économique que juridique. Sans clarification de la gouvernance et rétablissement d’un accès régulier aux comptes, Nexttel restera confronté à une incertitude susceptible de peser sur sa capacité à mobiliser des financements, à investir et à défendre ses parts de marché. Pour le Cameroun, la résolution de ce différend représente aussi un enjeu de confiance des investisseurs étrangers dans la prévisibilité de l’environnement des affaires.

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