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Jacques Jonathan NYEMB : « TOKS 27 ne sera pas un événement stand alone, mais la matérialisation de 18 mois de travail dans les territoires et auprès de la diaspora »

Prévu comme l’aboutissement de 18 mois de travaux dans les territoires et auprès de la diaspora, le Okwelians Summit 2027 (TOKS 27) ambitionne de dépasser le cadre des débats pour impulser une nouvelle dynamique économique au Cameroun. Pour Jacques Jonathan Nyemb, avocat d’affaires et président du Think Do Tank The Okwelians, ce rendez-vous doit favoriser la convergence entre l’État, le secteur privé et la société civile autour d’une feuille de route commune, axée sur l’industrialisation, le développement des PME et la création d’une prospérité partagée.

Le Cameroun affiche une croissance résiliente, mais encore éloignée de la cible de 8,5% fixée par la SND30. Quel diagnostic tirez-vous de cette situation ?

Le diagnostic tient en trois mots : matières premières, dette et sous-emploi. Primo, nous exportons peu cher et importons cher. Dans le top 10 de nos exportations, il n’y a qu’un seul produit manufacturé à savoir le savon de ménage. Résultat, notre déficit commercial s’est creusé de 351 milliards en 2025. Notre balance commerciale restera structurellement déficitaire tant que nous exporterons notre cacao à 1 et que nous importerons du chocolat à 10. Secundo, nos investissements publics – souvent peu matures et mal exécutés – sont financés par une dette peu compétitive. Au 1er trimestre 2026, le taux d’exécution de l’investissement public au Cameroun est de 2,2% soit 45 milliards sur 2031 milliards FCFA prévu. Résultat, 40% de notre budget est affecté au service de la dette, contre 23% seulement pour l’investissement. Tertio, nous avons une croissance sans création significative d’emplois durables, ce qui conduit à une paupérisation grandissante. Résultat, le revenu par habitant recule et nous sommes passés de 6,2 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en 2001 à 10,3 millions en 2022.

Vous évoquez la nécessité de créer les conditions d’une croissance de 10%. Qu’est-ce qui doit concrètement changer pour atteindre une telle ambition ?

Le changement de paradigme attendu requiert trois ruptures nécessaires de la part des acteurs publics et privés. Tout d’abord, nous devons réinventer le dialogue public-privé au Cameroun et bâtir un cadre de dialogue permanent, inclusif, concerté et consensuel. L’entreprise ne peut plus être la caution silencieuse d’un jeu dont elle ne construit pas les règles. Ensuite, nous devons poser les fondations d’une industrialisation durable au Cameroun, c’est-à-dire une industrialisation par les savoirs endogènes, les chaînes de valeurs locales et les PMEs. Enfin, notre pays doit replacer le capital humain au cœur de notre projet de société. Le bien-être des populations doit être au cœur de notre ambition. Et, cela passe par des réformes nécessaires en matière de santé ou encore d’éducation. Nous devons notamment passer d’une culture du diplôme à celle de la compétence.

The Okwelians parle beaucoup de « prospérité partagée ». Que signifie concrètement ce concept dans le contexte camerounais ?

La prospérité partagée est notre définition de la valeur : une valeur qui est partagée à la source et non redistribuée après coup. La prospérité partagée appelle une augmentation significative du pouvoir d’achat des camerounais. A titre d’exemple, pour seulement 75 tonnes de savon de ménage exportées en 2025, c’est près de 54 milliards de francs CFA de valeur créée. Et si la valeur est créée localement, elle est dépensée localement. La prospérité partagée se manifeste aussi par le plein emploi. Aujourd’hui, 6 jeunes sur 10 veulent quitter le Cameroun et cela s’explique car 87,7% des emplois sont informels. Or, une chaîne de valeur partagée créé des emplois à chaque maillon. Enfin, la prospérité partagée repose sur des communautés actives. Lorsqu’une communauté vit de son capital matériel et immatériel, elle le protège et le transmet. A la clé, le bien-être des camerounais par les camerounais pour les camerounais.

Après le premier The Okwelians Summit en 2025, qu’est-ce qui a réellement changé dans votre approche ?

En 2025, notre expérience nous a également une vérité fondamentale : nous devons territorialiser l’économie. Si l’économie ne descend pas au cœur de nos territoires, elle se résume à une statistique. La prospérité partagée ne peut pas rester une abstraction macroéconomique ; elle doit s’incarner dans la valorisation de nos filières locales, le financement de nos PMEs et le déploiement d’infrastructures au plus près des réalités de nos communes. C’est ainsi que la croissance cessera d’être un chiffre pour devenir une réalité vivante.

Vous souhaitez faire du TOKS2027 un rendez-vous économique de référence. Comment éviter qu’il ne devienne un forum supplémentaire produisant des recommandations sans lendemain ?

Le Okwelians Summit 2027 ne sera pas un forum de plus parce qu’il n’est justement pas un forum mais un Sommet ! Rires ! Plus sérieusement, un Sommet demande un continuum : TOKS 27 ne sera pas un événement stand alone, mais la matérialisation de 18 mois de travail dans les territoires et auprès de la diaspora. Un Sommet requiert également de la convergence. TOKS27 ne se limite pas à réunir des acteurs dans une même salle pour débattre, il travaille à faire converger toutes les parties prenantes autour d’une vision commune mais surtout d’une feuille de route partagée. Enfin, un Sommet requiert de l’expérimentation. Une recommandation sans mise en œuvre est une illusion.

Vous insistez sur le rôle des PME. Pourquoi leur place est-elle aussi centrale dans votre vision du Cameroun à l’horizon 2035 ?

Bâtir des chaînes de valeurs durables en Afrique, c’est connecter des PMEs robustes à des investisseurs internationaux. La territorialisation de notre ambition économique repose sur un tissu de PMEs compétitives. A titre d’exemple, en Asie du Sud-Est, les PMEs représentent 97% des entreprises, 45% du PIB et 85% de l’emploi total. La PME apporte trois choses : d’abord de l’innovation parce qu’elle est obligée d’innover pour survivre ; des emplois car 90% des emplois de demain sont dans les PMEs ; de la RSE car la PME ne fait pas de RSE en marge, elle est la RSE. Défendre la PME, ce n’est pas faire du social, c’est le cœur de notre stratégie de puissance.

Quelle place accordez-vous aux territoires et à la décentralisation dans cette nouvelle stratégie de transformation économique ?

Bâtir la prospérité partagée, c’est replacer le Vivant au cœur du projet. Il ne peut y avoir de prospérité partagée sans communautés et donc sans territoires. Nos efforts actuels de décentralisation tardent à porter leurs fruits car nous décentralisons les charges sans décentraliser la valeur. Le territoire ne doit pas être un lieu où on applique la politique nationale mais un lieu où on créé la valeur nationale. Nous devons bâtir dans les territoires des clusters, véritables pôles de compétitivité autour de chaînes de valeurs structurantes.

À quelques mois du TOKS2027, quel message souhaitez-vous adresser aux pouvoirs publics, aux entreprises, aux partenaires au développement et à la société civile que vous invitez à cette démarche ?

Notre pays se trouve aujourd’hui face à son moment de vérité. Pour refonder notre modèle économique, l’État, le secteur privé et la société civile doivent impérativement changer de paradigme. Cette refondation repose sur deux piliers majeurs. D’une part, une nouvelle vision : passer de la simple résilience à la prospérité partagée. La résilience nous permet de survivre ; la prospérité partagée nous fera vivre et bâtir un héritage pour les générations futures. D’autre part, une nouvelle méthode : substituer aux privatisations ou aux nationalisations « forcées » des partenariats public-privé (PPP) vertueux. La transformation de notre économie ne viendra ni du tout-État, ni du tout-marché, mais d’une co-construction équilibrée. TOKS27 doit être la plateforme où celles et ceux qui veulent écrire les pages du futur économique du Cameroun réfléchissent, décident et agissent ensemble.

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