Transformation agricole : La CONFEJES mise sur l’agri-numérique pour renforcer les capacités des entrepreneures
Réunis du 21 au 23 octobre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, 71 participantes ont pris part au Salon de l’entrepreneuriat féminin agri-numérique, organisé par la CONFEJES avec l’appui du gouvernement camerounais. Entre formations, rencontres d’affaires et concours de pitch, cette initiative entend faciliter l’accès des femmes aux marchés et aux financements, tout en encourageant l’intégration du numérique dans leurs activités.

L’entrepreneuriat féminin agricole cherche de nouveaux leviers de croissance au Cameroun. Du 21 au 23 octobre 2026, le Palais des Congrès de Yaoundé a accueilli le Salon de l’entrepreneuriat féminin agri-numérique, une initiative de la Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la Francophonie (CONFEJES), organisée avec l’appui du gouvernement camerounais et l’accompagnement technique du cabinet Scope Consulting & Services.
L’événement avait pour objectif de renforcer les compétences des jeunes entrepreneures, de mieux faire connaître les dispositifs publics d’accompagnement et de faciliter les connexions avec les institutions financières et les débouchés commerciaux. Il s’inscrit dans un contexte où la transformation agroalimentaire constitue une voie de valorisation des productions locales, tandis que les outils numériques offrent de nouvelles possibilités de gestion, de promotion et de commercialisation.
Sur les 158 candidatures enregistrées, 100 porteuses de projets ont été sélectionnées. Au total, 71 participantes ont effectivement pris part aux activités. Ces chiffres traduisent l’intérêt suscité par ce type d’accompagnement, mais aussi l’importance de mettre en place des mécanismes permettant aux entrepreneures de transformer leurs initiatives en entreprises plus structurées et économiquement viables.
Formation, financement et accès aux marchés au cœur du programme
Pendant trois jours, le salon a articulé ses activités autour du renforcement des capacités, de l’information sur les dispositifs d’appui et du développement des relations d’affaires. Le 21 octobre, les participantes ont été formées à la construction d’un modèle économique, puis aux techniques de transformation agricole, à la qualité et au packaging. Ces modules visaient notamment à améliorer la structuration des projets et la présentation des produits, deux dimensions essentielles pour renforcer leur compétitivité.
Le lendemain, les représentantes du ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), de l’Agence de promotion des PME (APME), du ministère de la Jeunesse et de l’Éducation civique (MINJEC), du ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (MINPROFF) et du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (MINADER) ont présenté les mécanismes d’accompagnement relevant de leurs institutions. Des rencontres d’affaires entre participantes et acteurs économiques ont ensuite permis d’explorer des possibilités de collaboration.
Le 23 octobre, les échanges ont porté sur l’accès au financement, avec une session animée par Afriland First Bank, et sur la comptabilité simplifiée. Le programme s’est achevé par l’évaluation des stands, un concours de présentation de projets, puis la cérémonie de clôture. Présidant les cérémonies d’ouverture et de clôture au nom du ministre des Relations extérieures, Joël Hervé Nguenkam Keumini, directeur de la Francophonie au ministère, a souligné le rôle de l’agri-numérique dans l’autonomisation économique des femmes. Il a également rappelé les initiatives de coopération entre le Cameroun et la Francophonie, notamment « Francophonie avec Elles », D-CLIC et l’initiative Bassin du Congo.
Pour Louisette-Renée Thobi, secrétaire générale de la CONFEJES, le développement de l’entrepreneuriat des jeunes nécessite une complémentarité entre les institutions publiques, les partenaires techniques et financiers et les structures d’accompagnement. Cette approche est également au cœur du Programme de promotion de l’entrepreneuriat des jeunes (PPEJ), qui associe formation, accompagnement technique, financement et suivi des projets.
Le numérique, un maillon encore faible des entreprises exposées
Au-delà des formations dispensées, les enseignements tirés du salon mettent en évidence plusieurs défis structurels. Selon la note d’information de l’événement, les entreprises présentées sont principalement actives dans la transformation agroalimentaire et recourent largement à des pratiques relevant de l’économie circulaire. En revanche, l’intégration des outils numériques demeure limitée. Ce constat souligne un décalage entre le potentiel de l’agri-numérique et les pratiques des entrepreneures. L’utilisation du commerce électronique, des outils numériques de gestion ou des solutions de communication commerciale pourrait contribuer à élargir leur clientèle, à améliorer le suivi des activités et à renforcer la visibilité des produits locaux.
La question du financement reste tout aussi centrale. Les difficultés de gestion, la formalisation des entreprises et l’accès aux ressources financières figurent parmi les principaux obstacles à leur développement. Pour les porteuses de projets, la formation doit donc se prolonger par un accompagnement pratique, adapté aux besoins de chaque activité. À la clôture, le représentant du ministre des Relations extérieures a appelé à transformer les échanges en partenariats opérationnels, les compétences acquises en gains de productivité et les produits « Made in Cameroun » en débouchés commerciaux. Il a également insisté sur la nécessité de renforcer les réseaux d’entrepreneures et de rapprocher les productrices, les institutions financières, les acteurs du numérique et les marchés.
Dix projets sélectionnés pour un financement de la CONFEJES
Le salon a également servi de cadre à la remise de chèques à de jeunes bénéficiaires du PPEJ. Selon l’allocution de la secrétaire générale de la CONFEJES, dix projets portés par des entrepreneurs camerounais ont été retenus à l’issue des travaux du Comité technique de sélection et d’orientation, organisés du 13 au 17 juillet 2026 à Antananarivo, à Madagascar. L’enveloppe globale annoncée s’élève à 17,82 millions de FCFA, dont 16,82 millions de FCFA destinés au financement du démarrage des dix projets et un million de FCFA consacré à leur suivi et à leur accompagnement par la coordination nationale du programme au Cameroun.
Parmi les entreprises figurent FEAM SHOP, Agro Green, Fermière de Dioum, DH Baobab, AFRICA NEW GENERATION, Agritech, Africa Nature, GIC Champignons, Agro Exploit et Labomode Coop CA. Les scores communiqués pour les projets s’échelonnent de 72,4 à 90,4 points. FEAM SHOP obtient la note la plus élevée, avec 90,4 points, devant Agro Green (83,6 points), Fermière de Dioum (81,6 points) et DH Baobab (81 points). Cette remise de chèques illustre le volet financier du dispositif de la CONFEJES, qui entend soutenir l’émergence d’entreprises capables de générer des revenus, de créer des emplois et de répondre aux besoins des populations. La secrétaire générale a toutefois rappelé aux bénéficiaires que le financement constitue le début d’un engagement, impliquant une gestion rigoureuse des ressources et un suivi régulier des activités.
Des équipements agricoles pour les lauréates et un suivi à consolider
En complément des dotations financières, les lauréates du salon bénéficient d’un appui matériel offert par le MINADER. Celui-ci comprend deux motopompes, un tricycle, deux moulins à céréales, six pulvérisateurs, un atomiseur et dix kits de protection composés notamment de combinaisons, de bottes, de casques et de gants. Ces équipements doivent contribuer à renforcer les capacités opérationnelles des bénéficiaires, même si leur impact dépendra de leur adéquation avec les besoins des activités soutenues et de leur utilisation effective.
Pour prolonger les acquis du salon, les organisateurs préconisent un suivi post-événement des participantes et des lauréates, le renforcement des formations pratiques au numérique, notamment en commerce électronique et en gestion, ainsi que la création de passerelles durables avec les institutions financières. La pérennisation du rendez-vous figure également parmi les pistes envisagées, avec une attention particulière à l’appui au déplacement des participantes venant de l’intérieur du Cameroun et des autres pays membres.
L’enjeu est désormais de dépasser le cadre événementiel pour inscrire l’accompagnement dans la durée. Car si les candidatures enregistrées témoignent d’une demande réelle, la consolidation des entreprises nécessitera des financements accessibles, un encadrement technique régulier et une meilleure intégration des technologies dans les chaînes de valeur agricoles. C’est à cette condition que l’agri-numérique pourra contribuer davantage à la compétitivité des entreprises féminines et à la valorisation des productions locales.



