Méditerranée orientale : La ratification de l’accord maritime avec la Turquie relance les tensions régionales
La Chambre des représentants libyenne, basée à Benghazi, a approuvé à l’unanimité, le 20 octobre 2026, l’accord de délimitation maritime conclu en 2019 entre Ankara et le gouvernement de Tripoli. Cette décision ouvre de nouvelles perspectives de coopération dans les hydrocarbures offshores, mais ravive les différends avec la Grèce, l’Égypte et l’Union européenne sur le partage des espaces maritimes et l’accès aux ressources énergétiques.
Le rapprochement entre la Turquie et les autorités de l’Est libyen pourrait modifier les équilibres géopolitiques et énergétiques en Méditerranée orientale. Mardi 20 octobre 2026, la Chambre des représentants libyenne, installée à Benghazi, a approuvé à l’unanimité l’accord de délimitation maritime signé en novembre 2019 entre Ankara et le Gouvernement d’union nationale (GNU), reconnu par les Nations unies et basé à Tripoli.
Cette validation constitue un tournant dans un dossier longtemps paralysé par les divisions politiques libyennes. Conclu sous l’impulsion du gouvernement de Tripoli, le texte n’avait pas été ratifié par le Parlement de l’Est, alors engagé dans une confrontation politique et militaire avec les autorités occidentales du pays. Le camp de Benghazi est notamment associé au maréchal Khalifa Haftar, dont les forces avaient tenté de prendre Tripoli, face à un gouvernement soutenu militairement par Ankara.
Le vote intervient dans un contexte de réchauffement des relations entre la Turquie et les autorités de l’Est libyen. Il rapproche ainsi les deux pôles institutionnels rivaux sur une question stratégique, sans pour autant effacer les divisions politiques qui persistent en Libye.
Des perspectives pour l’exploitation des hydrocarbures offshore
Cet accord constitue un levier supplémentaire dans sa stratégie d’affirmation en Méditerranée orientale. Le tracé maritime retenu permet à la Turquie de défendre ses revendications sur des espaces maritimes susceptibles de présenter un intérêt énergétique. Il pourrait également faciliter des opérations conjointes de prospection sismique et de forage avec la Libye, sous réserve des autorisations nécessaires et du règlement des différends juridiques.
Pour la Libye, qui cherche à restaurer ses infrastructures et à consolider ses recettes publiques, un partenariat énergétique avec la Turquie pourrait apporter des capacités techniques et opérationnelles utiles au développement des ressources offshore. La concrétisation de ces perspectives dépendra toutefois des investissements mobilisés, des conditions de sécurité et de la capacité des autorités libyennes à coordonner leurs décisions. L’enjeu dépasse donc la seule délimitation des frontières maritimes. Dans une région où plusieurs États cherchent à valoriser leurs ressources en gaz naturel et en pétrole, le contrôle des espaces maritimes conditionne aussi l’implantation des infrastructures, les itinéraires d’exportation et les possibilités de coopération entre producteurs.
La Grèce et l’Union européenne contestent la légalité du texte
La ratification suscite cependant une vive opposition chez plusieurs pays riverains. La Grèce considère que l’accord méconnaît ses droits souverains, notamment ceux attachés aux îles grecques situées entre les côtes turques et libyennes, dont la Crète, Karpathos et Rhodes. Dans un communiqué publié après le vote, le ministère grec des Affaires étrangères a estimé que le texte violait le droit international de la mer. Athènes conteste notamment la possibilité de délimiter les espaces maritimes entre les deux pays sans tenir suffisamment compte des droits que les îles peuvent générer sur les espaces maritimes environnants.
L’Union européenne a également réaffirmé son opposition. Sur le réseau social X, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a jugé l’accord contraire au droit de la mer et attentatoire aux droits souverains d’États tiers. Le 21 octobre, l’Égypte a, à son tour, rejeté la ratification, tandis que Chypre n’avait pas encore officiellement réagi. Au-delà de la controverse juridique, le tracé revendiqué par Ankara et Tripoli pourrait compliquer la réalisation de certains projets énergétiques régionaux. Les initiatives de coopération entre la Grèce, Chypre, l’Égypte et Israël pourraient se heurter à des revendications maritimes concurrentes, même si leur concrétisation dépend également de facteurs économiques, techniques et commerciaux.
Un accord qui ne règle pas les différends maritimes
L’approbation du Parlement libyen renforce la position politique de la Turquie et élargit les possibilités de coopération entre les autorités libyennes et Ankara. Elle ne signifie toutefois pas que les contestations internationales sont levées, ni que les activités d’exploration pourront être engagées sans obstacles. La question centrale demeure celle de la reconnaissance juridique du tracé et de ses conséquences sur les droits des autres États. Dans cette région stratégique, la ratification pourrait ainsi favoriser de nouveaux projets énergétiques tout en accentuant la rivalité diplomatique autour de l’accès aux ressources de la Méditerranée orientale.



