Emploi et protection sociale : L’emploi domestique reste précaire, 15 ans après l’adoption de la convention de l’OIT
Malgré l’existence de normes internationales destinées à protéger les travailleurs domestiques, l’informalité, la prédominance des contrats verbaux et les lacunes de la couverture sociale continuent de limiter l’accès effectif à leurs droits sur le continent. La formalisation des relations de travail demeure l’un des principaux défis soulevés par l’Organisation internationale du travail.

Quinze ans après l’adoption de la Convention n° 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT), la protection des travailleurs domestiques reste un chantier inachevé en Afrique. Essentiel au fonctionnement des ménages et à l’organisation de la vie économique, ce secteur demeure largement marqué par l’informalité. Une situation qui fragilise les droits des personnes employées, notamment en matière de rémunération, de temps de repos et de protection sociale.
La difficulté tient en partie à la nature même de cette activité. Exercé au sein des domiciles privés, le travail domestique échappe souvent aux mécanismes classiques de contrôle des relations professionnelles. La reconnaissance juridique de ces emplois ne suffit donc pas à garantir l’application effective des règles, particulièrement lorsque les relations entre employeurs et employés ne sont pas formalisées.
Cette problématique était au centre du forum sous-régional consacré au travail domestique, ouvert le 19 octobre 2026 à Dakar, au Sénégal. À cette occasion, Samira Daoud, directrice de l’équipe technique d’appui au travail décent de l’OIT, a insisté sur le poids de l’économie informelle et sur la nécessité de sensibiliser les employeurs aux avantages de la formalisation.
L’informalité, principal obstacle à la protection des travailleurs
« Plus de 80 % des personnes qui travaillent dans le secteur du travail domestique travaillent dans le secteur informel », a déclaré Samira Daoud. Si le périmètre géographique de cette estimation reste à préciser, plusieurs données nationales mettent en évidence l’ampleur du phénomène. Au Bénin, selon les chiffres de l’OIT, 98,4 % des emplois domestiques étaient informels en 2025. Le secteur représentait alors 1,4 % de l’emploi total et 2,3 % de l’emploi féminin. Les données préparatoires de l’initiative TRADOM, lancée par l’organisation en février 2025, soulignent également la prédominance des accords verbaux, qui compliquent la preuve de la relation de travail et la défense des droits des employés.
Au Kenya, les difficultés sont également documentées dans les activités d’accompagnement des personnes handicapées. Une évaluation de l’OIT publiée en février 2026 relève que sept travailleurs domestiques sur dix concernés travaillent sur la base d’accords oraux. Moins d’un sur dix dispose d’un contrat écrit, tandis que plus de la moitié ne bénéficie d’aucune forme de protection sociale. Ces constats illustrent un problème structurel : en l’absence de documents formalisant les engagements des parties, les travailleurs disposent de moyens plus limités pour faire valoir leurs droits en cas de litige. La précarité contractuelle peut également compliquer leur accès aux dispositifs de sécurité sociale et aux mécanismes de recours.
Des normes internationales encore inégalement appliquées
Adoptée le 16 juin 2011 et entrée en vigueur le 5 septembre 2013, la Convention n° 189 de l’OIT établit un cadre international spécifique pour les travailleurs domestiques. Elle prévoit notamment des garanties relatives aux conditions de travail, à la rémunération, au repos et à la protection sociale. À ce jour, le texte a été ratifié par 40 pays. L’enjeu est d’autant plus important que le secteur occupe une place significative dans l’emploi féminin. Selon les estimations de l’OIT publiées en juin 2025, environ 9,6 millions de personnes âgées de plus de 15 ans exercent un emploi domestique en Afrique. Des estimations statistiques portant sur 2019 indiquaient par ailleurs que ces emplois représentaient 15,8 % des femmes salariées du continent.
Toutefois, l’adoption de normes internationales et leur transposition dans les législations nationales ne garantissent pas automatiquement leur mise en œuvre. L’effectivité des droits dépend également des capacités de contrôle, de l’information des employeurs et des travailleurs ainsi que de l’accès aux dispositifs de protection. L’Afrique du Sud fournit un exemple de mécanisme institutionnel : depuis 2003, les travailleurs domestiques y sont couverts par le fonds d’assurance chômage, l’Unemployment Insurance Fund (UIF), selon l’OIT. Cette couverture démontre la possibilité d’intégrer cette catégorie professionnelle aux dispositifs sociaux, sans pour autant établir que tous les travailleurs bénéficient effectivement des prestations prévues.
La formalisation, un levier pour réduire la précarité
La sensibilisation des employeurs constitue un axe important de progrès. La formalisation des relations de travail, notamment par des contrats écrits, permettrait de clarifier les obligations de chaque partie et de faciliter l’accès aux droits prévus par la réglementation.
Mais cette évolution suppose également de renforcer les mécanismes d’application des textes et de rendre les dispositifs de protection sociale accessibles aux travailleurs concernés. L’étude publiée par l’OIT en décembre 2025 au Kenya, menée auprès de 331 travailleurs domestiques et de 70 employeurs dans le domaine de l’accompagnement des personnes handicapées, confirme notamment la persistance des lacunes contractuelles et sociales.
Quinze ans après l’adoption de la Convention n° 189, le défi pour les pays africains consiste ainsi à dépasser la reconnaissance juridique du travail domestique pour en assurer la protection concrète. Un enjeu de travail décent, mais aussi de formalisation de l’emploi et d’élargissement de la couverture sociale sur le continent.



